Mike Cahill Another Earth

Science-fiction dramatique

Note :
4/5
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Synopsis

Rhoda, 17 ans, fête son diplôme et son admission dans une prestigieuse université pour des études d’astrophysique. Sur la route du retour, la radio annonce l’apparition d’une planète semblable à la Terre. Rhoda cherche à l’apercevoir par la fenêtre de la voiture. Distraite par le ciel nocturne, elle ne voit pas son véhicule dévier de sa route.  Et elle percute avec violence une autre voiture arrêtée où devisait joyeusement une petite famille. Des trois occupants, seul s’en sortira le père, John Burroughs. Et Rhoda, anéantie par les deux vies qu’elle a fauchées, est emprisonnée pour 4 ans. Une fois libérée, elle doit vivre avec ce qu’elle a fait, tandis que la Terre 2 se révèle être un double de la Terre et qu’un concours est organisé pour remporter un billet vers cette planète-miroir. Rhoda, qui est rongée de culpabilité, part se recueillir sur les lieux du drame. Où elle croise l’unique survivant, toujours endeuillé. Germe alors en la jeune femme le besoin de faire ce qu’elle peut pour aider, dans la mesure du possible, cet homme à surmonter les pertes qu’elle a provoquées. Dans le même temps, elle tente sa chance au concours, se demandant si son double de Terre 2 a commis la même tragédie…

Bande-annonce

Critique personnelle

Rares sont les films de science-fiction intimistes, dramatiques. En particulier les bons. Et c’est à cette catégorie qu’appartient Another Earth. Premier film réalisé par Mike Cahill, il a été doublement primé en 2011 au festival américain du cinéma indépendant, le Festival du film Sundance, par le prix Alfred P. Sloan (qui récompense les films traitant de sciences et de technologies) et le prix spécial du jury. Un doublé prestigieux et mérité, bien que sa diffusion dans les salles françaises fut assez confidentielle.

Et c’est bien dommage, car encore plus rares sont les films traitant du deuil, de la culpabilité et du pardon avec une telle force, une telle délicatesse, une telle véracité.  Des thèmes, tout comme le genre du film, qui ne sont pas sans rappeler le livre Solaris de Stanislas Lem, également adapté au cinéma. Mais la ressemblance s’arrête là. Car là où Solaris évoquait également le thème d’une intelligence étrangère, Another Earth, lui, explore la dualité. Le double. Cet Autre qui est moi.

Par ailleurs, l’aspect science-fictif reste léger, présent seulement par l’apparition de cette Terre jumelle. Ce qui renforce d’autant plus l’émotion du spectateur face à l’accident, à la vie cassée que tentent de mener les survivants, la victime comme la coupable. La scène de la collision reste gravée dans la rétine longtemps après qu’elle ait été montrée, comme elle hante Rhoda. Il faut souligner la superbe prestation de Brit Marling, qui campe avec tellement de sincérité ce personnage plié sous le poids de sa croix que l’on ne peut qu’être touché, bouleversé. C’est elle le personnage principal du film, et c’est sa quête de rédemption que l’on suit. Lorsqu’elle rencontre John Burroughs, qui lui aussi ne parvient pas à dépasser le drame, à surmonter l’immense perte qu’il a subit, elle souhaite lui demander pardon. Mais n’y arrive pas. Et, malgré tout, elle va tenter d’obtenir ce pardon en agissant autrement. En l’aidant, lui, à se refaire une vie plus belle.

Si la relation entre Rhoda et John constitue le seul gros bémol du film, par sa construction cousue de fil blanc, elle offre cependant à chacun des personnages l’étincelle nécessaire pour recommencer à aller de l’avant. Un parcours long, difficile, mais admirablement bien rendu par le réalisateur. L’aspect physique des personnages, leur façon de se vêtir, les expressions de leur visage, ce sont ces petits détails qui, tout au long du film, nous indiquerons ce qui se passent en eux. Car dans Another Earth, pas de crises de larmes hystériques, pas de démonstrations exagérées de chagrin. Tout se fait en retenue, mais cela ne fait que rendre la peine des personnages encore plus palpable. Même la tentative de suicide de Rhoda se fait dans le silence, dans la douceur. Et renforce le fait que, dévastée par sa responsabilité dans l’accident, elle s’est coupée des autres, coupée du monde. Coupée d’elle-même.

Et puis il y a cette planète-miroir. Cette Terre jumelle où, comme le découvre Rhoda plusieurs semaines après sa sortie de prison, vivent des doubles de ceux qui vivent sur la Terre première. Pour Rhoda, cela participe aussi à sa recherche de rédemption. Est-ce que son autre moi a commis la même erreur ? Si oui, comment s’en sort-elle ? Et si non, qu’est-elle devenue ? Et Rhoda voit cette rencontre avec son double comme l’étape finale de son questionnement, une étape qui lui offrira soit l’absolution, soit la chute définitive. Mais elle a peur aussi. Se retrouver face à soi, au sens propre, après avoir provoqué un tel drame, nécessite du courage. Beaucoup de courage. Mais aussi de se pardonner, soi.

Another Earth est un film subtil qui traite de sujets particulièrement durs, d’une façon qui ne peut que toucher profondément le spectateur et l’amener à lui aussi s’interroger. Comment réagirait-il s’il perdait sa famille ? Comment réagirait-il s’il provoquait un tel accident ? Et surtout, saurait-il se confronter à lui-même ? A travers le difficile parcours de Rhoda, l’on ne peut s’empêcher de porter un peu de sa croix. L’on ne peut s’empêcher d’être gagné par l’infinie tristesse qui l’habite, si bien rendue par l’actrice qui l’incarne.

Enfin, Another Earth dispose d’un final qui, s’il en frustrera plus d’un au premier abord, est, à la réflexion, le final qu’il fallait. Des questions restent en suspens, mais comme tout au long du film, ce sont les petits détails qui donneront des indices quant aux réponses. Libre au spectateur d’extrapoler. Mais une fin plus démonstrative, plus claire, aurait nuit au film. Mike Cahill a voulu exprimer le douloureux chemin de deux êtres démolis, leur offrir le prisme de leur double tant pour leur quête qu’en tant que symbole psychologique. Il a voulu exprimer cela de la façon la plus vraie qui soit. Et, dans la vraie vie, on n’a pas non plus réponse à toutes ses questions.

Un film très fort émotionnellement, très vrai, très beau.

Le grain de sable

Another Earth est le deuxième long-métrage sur lequel Mike Cahill et Brit Marling ont travaillé conjointement, au scénario comme à la réalisation, le premier étant un documentaire, Boxers and Ballerinas.

Références

  • Acteurs : Brit Marling, William Mapother
  • Année : 2011
  • Durée : 1h32
  • Pays : Etats-Unis