Juan Gatti Anatomie florale

Collage de Juan Gatti

Juan Gatti est l’une des grandes figures du graphisme en Espagne.

Né en 1950 en Argentine, il travaille comme illustrateur pour des magazines et des agences de pub dans les années 70, avant de devenir photographe et directeur artistique. Il travaille notamment pour l’industrie de la musique et réalise de nombreuses pochettes de disques.

En 1988, en pleine movida madrilène, il fait la connaissance de Pedro Almodóvar, qui lui passe commande. Gatti commencera alors à travailler sur ses célèbres collages, mêlant anatomie et botanique.

En 2011, la Fresh Gallery de Madrid leur consacre une rétrospective intéressante sous le titre de Ciencias Naturales (Sciences naturelles). C’est en effet dans une esthétique naturaliste vintage que s’inscrivent ces collages : le corps humain, la faune et la flore établis comme sainte trinité.

Le corps humain — parlons-en. Ici la peau a disparu pour donner à voir à ce qu’on ne voit jamais : les muscles, les tendons et les veines entrent en résonance avec, ici, des plumes chatoyantes, là, des fleurs exotiques. Les couleurs sont vives, les organes saillants.

Et pourtant, rien ne choque : tout est même très poétique. Nature morte non dénuée d’une certaine tension existentielle, d’un impérieux besoin de vivre — à moins que ça soit nous, les spectateurs, qui cristallisions notre désir de réinterpréter ce que voient nos yeux, afin de pouvoir le supporter ?

Finalement, il ne s’agit que d’écorchés, qui tantôt nous tournent le dos, les yeux fermés, tantôt laissent la place à une main ou à une oreille découpée.

Pensif au milieu d’une végétation luxuriante, le corps — dépecé, désexualisé, déracialisé, et établi au rang d’icône universelle, comme signe de ralliement — nous renvoie une image crue de nous-même. S’agit-il là d’une allégorie de l’absolue harmonie de l’humain et de la nature ? S’agit-il d’un miroir philosophal, d’une invitation à méditer sur le temps qui passe et sur le besoin urgent de revenir vers quelque chose de plus essentiel ?

Juan Gatti a notamment réalisé l’affiche alternative de La Piel Que Habito, le dernier Almodóvar… mais à cette affiche a été préférée le visage de Antonio Banderas.

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