Leonora Carrington La chevauchée onirique de la Dame Blanche

Art surréaliste

Peinture de Leonora Carrington

leonora carrington

Certes compagne de Max Ernst, ce qui lui vaut le malheur d’être souvent réduite à ce seul statut, et amie d’Octavio Paz qui en fit l’éloge, Leonora Carrington n’en est pas moins une perle de l’art surréaliste qui mérite d’être connue pour son œuvre tout aussi inspirée et remarquable que celles de ses contemporains mâles.

Mais les anthologies surréalistes n’en faisant pas mention, je me propose de réparer cette erreur phallocrate en vous présentant l’immense artiste et onironaute à l’esprit aiguisé qu’est la Dame Blanche, à la fois peintre et écrivaine, non pas muse mais créatrice, prophétesse et prêtresse intemporelle du chant universel (lorsque le vrombissement de quelque appareil à moteur ne vient pas troubler notre quiétude, ce qui n’est pas à la portée de tous en milieu urbain, loin s’en faut).

Commençons par le commencement : née le 6 avril 1917 à Clayton Green dans le Lancashire, Leonora a vécu une partie de sa vie dans l’Espagne de Franco, où elle fut envoyée en asile psychiatrique, avant de rejoindre le Mexique auquel elle dédiera le restant de ses jours jusqu’au 25 mai 2011, jour de printemps qui l’a vue s’éteindre.

André Breton l’introduit ainsi :

Michelet, qui a rendu si belle justice à la Sorcière, met chez elle en lumière ces deux dons, inestimables du fait qu’ils ne sont départis qu’à la femme « l’illuminisme de la folie lucide » et « la sublime puissance de la conception solitaire ».

Il la défend aussi contre la réputation chrétiennement intéressée qu’on lui a faite d’être laide et vieille.

« Au mot Sorcière, on voit les affreuses vieilles de Macbeth. Mais leurs cruels procès apprennent le contraire. Beaucoup précisément parce qu’elles étaient jeunes et belles.

Qui aujourd’hui pourrait, aussi bien que Léonora Carrington, répondre à l’ensemble de cette description ? Les respectables personnes qui, il y a une douzaine d’années, l’avaient invitée à diner dans un restaurant de marque ne sont pas encore remises de la gêne qu’elles éprouvèrent à constater que, tout en prenant grand part à la conversation, elle s’était déchaussée pour s’enduire patiemment les pieds de moutarde.

Au retour d’un de ses voyages dont on a peu de chances de revenir et qu’elle a relaté dans En bas avec une précision bouleversante, Leonora Carrington a gardé la nostalgie des rivages qu’elle a abordés et n’a pas désespéré de les atteindre à nouveau, cette fois sans trop férir et comme munie d’un permis de circuler à volonté dans les deux sens.

En témoigneraient assez les admirables toiles qu’elle a peintes depuis 1940, sans doute les plus chargées de « merveilleux » moderne, toutes pénétrées de lumière occulte et qui renseigneront aussi bien sur son optique physique (« le devoir de l’oeil droit est de plonger dans le téléscope tandis que l’œil gauche interroge le microscope ») que son optique intellectuelle (« la raison doit connaitre la raison du cœur et toutes les autres raisons »).

Parmi ses œuvres écrites, qui rassemblent essentiellement des recueils de contes et des carnets de rêves, on peut donc avec André Breton citer En Bas, mais également La Porte de Pierre et le Cornet Acoustique, textes dont ressortent le même dé-centrage spatial et les emplacements cosmiques qui déconstruit les frontières entre rêve et réalité.

Mais plus encore, c’est son œil télescopique qui révèle de Leonora Carrington sa dimension la plus fascinante. Visions qui n’ont rien à envier aux illuminations rimbaldiennes, toujours teintées d’un symbolisme à en faire blêmir les sceptiques et frémir tout occultiste digne de ce nom, les toiles de cette Diane insurgée contre les canons de son temps (et du nôtre) respirent l’initiation sacrée jusqu’au dernier pigment.