Maïc Batmane Monstres

Hybridations graphiques

Le Zibre mauve de Maïc Batmane

La première fois que j’ai rencontré les œuvres de Maïc Batmane, c’était en cherchant sur internet une illustration de « lapin-canard », pour épater une amie. Une curieuse bestiole apparut dans les résultats, hybride répondant au nom de « Lapinard ». Son œil rond, son air gauche et défiant, son style qui me rappelait les dessins animés tirés des contes de Béatrix Potter des années 1990… tout m’attirait.

En un clic, je suis entrée dans la galerie des Monstres de Maïc Batmane, qui, depuis son enfance, a « toujours bien aimé les monstres ». Cette série est à part dans son portfolio ; elle est en effet, non seulement la plus fournie, mais surtout la plus ancienne parmi celles accessibles aujourd’hui sur les différentes plateformes d’exposition que le web met à disposition des artistes : site internet, tumblr, facebook… Elle représente aussi un moment de rupture dans le parcours artistique de Maïc Batmane – qui ne se définit pas comme « artiste » mais comme graphiste : ses créations ne sont pas des entités figées sur un état d’aboutissement supposé, ce sont des collages, des montages qui s’adaptent à leur support, au médium et au contexte de leur exposition.

À la fois variations zoologiques et variations graphiques, les Monstres sont aussi des hybrides du point de vue des matériaux et des outils utilisés. Maïc Batmane, suite à plusieurs années de formation-formatage aux Arts-Déco, en a eu assez des démarches conceptuelles alambiquées, et a décidé de se faire plaisir. Du papier, des ciseaux, de la colle et du scotch, une photocopieuse et une banque d’images de plus en plus variées – l’ordinateur n’intervenant qu’en dernier. Ses monstres peuvent ainsi être vus seuls ou mis en scène, sous forme de dessins en noir et blanc ou de sérigraphies en couleur, de graphzines ou de collages urbains (car les monstres ont vocation à envahir le monde).

Ses sources nichent dans les livres de biologie et d’histoire naturelle, les catalogues d’exposition ou encore les manuels de médecine, de toutes époques. Étrangement, peu d’hybrides comportent des parties humaines, et sont à présent enfouis dans les archives des galeries web. Ce sont pourtant les collages qui accomplissent le mieux le sens de toutes ces chimères : créer un continuum entre les espèces, mettre au monde des êtres qui brisent les étiquettes des illustrations savantes dont leurs parties sont issues. C’est pourquoi il ne s’agit pas tant d’œuvres que de personnages, un puzzle organique où l’on peut chercher quelle partie en complète ironiquement une autre, comme le Lapion, véritable roi du monde, le Fennecouillu, ou encore l’Antigrelope, mi-proie, mi-chasseur.

Les chimères de tous poils et de toutes plumes, et même de toutes écailles, sont rassemblées dans deux graphzines, et sont régulièrement exposées dans les salons de fanzines, les salons de tatouage et des bars de la capitale. Après l’exposition « Unstraight Rude Girl » cet hiver, la prochaine est une exposition collective intitulée « Bondieuseries », au salon Fatalitas de Montreuil et fin mai le festival de DIY et de fanzines Bambamzines.