Crépusculaires

« Untitled » de Li Hui

L’habitude…

Le rêve.

L’habitude de revenir sur le sentier connu, même si depuis longtemps déserté.

Nous y revenons, forcément. Nous y revenons.

Le rêve, c’est un rêve frais et naïf, fait de café, de souvenirs et d’au-delà. Nichés quelque part à Odéon, blottis en terrasse, moi qui grelottais et toi qui fumais, on parlait livres, et expositions, et cours d’allemand. Ton regard sombre posé sur moi, moi rêvant à je ne sais plus trop quoi, le début d’une averse qui durerait des années.

On y revient toujours, l’un près de l’autre, de loin, tout près. (Je sais que tu sais que je sais.) Entre chien et loup.

Je suis le loup. J’ai cessé de grelotter.

Et puis on se saluerait poliment. On aurait dit qu’on serait quelqu’un d’autre, que tout ça serait effacé, qu’on jouerait à nouveau.

Nichés quelque part à Odéon, un café à la main. Crépusculaires, et transparents. Nous étions loin, très loin de la Terre. Nous étions charmants.

J’ai perdu l’habitude.

J’ai gardé le rêve…