Série « Les endroits les plus étranges sur Terre » – Partie 4

Highgate Le cimetière gothique de Londres

Trompette de la mort

À Paris, nous avons le Père Lachaise ; à Londres, ils ont Highgate.

Un peu d’histoire

Situé au nord de la capitale britannique, le cimetière de Highgate aurait été créé par le vampire Peter Plogojowitz, dit la rumeur. En réalité, le cimetière a ouvert ses portes en 1839 à l’initiative de la ville de Londres. Mais bon, tout de suite, ça casse le mythe.

Parmi les quelque 53 000 tombes et 170 000 défunts qui le peuplent, Highgate abrite notamment la tombe de Karl Marx. Et on s’arrêtera là pour le name dropping : les autres célébrités qui y sont enterrées sont étrangères à la culture populaire française.

Mais c’est surtout l’architecture gothique et l’ambiance romantique qui modèlent chacune de ses allées qui font de Highgate un des plus beaux cimetières d’Europe. Son esthétisme lui a valu de figurer dans plusieurs films d’horreur de la Hammer dans les années 70. Dans le Dracula de Bram Stoker, Lucy Westenra est enterrée dans un Highgate fictif, le Kingstea Cemetery, dans lequel, devenue vampire, elle finira par traquer de jeunes enfants…

Pour comprendre l’origine de cette atmosphère torturée, il faut replacer la création de Highgate dans son contexte : en 1839, l’époque victorienne bat son plein, et son attrait pour la mort et sa figuration ont conduit de nombreux nobles à investir des fortunes dans des tombes, voire des monuments, de style gothique, plus impressionnants les uns que les autres. Pleureuses, allée égyptienne, sarcophages massifs : rien n’était trop beau pour célébrer les défunts.

Highgate se divise en deux parties : le cimetière est, que l’on peut visiter librement, et le cimetière ouest, qui est fermé au public et qu’on ne peut visiter qu’avec un guide. Contrairement au Père Lachaise, une participation d’une dizaine d’euros est requise pour la visite des deux parties de Highgate.

Highgate et moi

En janvier dernier, j’ai eu la chance de les visiter. C’était un rêve devenu réalité : mon adolescence goth n’avait pas manqué d’établir Highgate comme l’un des endroits les plus géniaux au monde, et, encore aujourd’hui, rien ne m’inspire plus que déambuler dans les cimetières, mon appareil photo à la main.

Highgate est un sanctuaire dans lequel les arbres, les mousses, les fleurs sauvages et les écureuils règnent en maîtres. Les allées ne sont pas aussi rectilignes que dans les cimetières français ; au contraire, on a plutôt l’impression de déambuler le long de circonvolutions.

Site protégé, Highgate a laissé la nature reprendre ses droits sur les pierres humaines. Si des enterrements ont toujours lieu dans les deux parties du cimetière, c’est bien dans un lieu exceptionnel qu’on se trouve, qui transcende la mort et offre plutôt un goût d’éternité – sorte de jardin d’Eden de la fin.

Trève de paroles, les images – je l’espère – valent tous les discours.

Ces photographies de Marie Guillaumet sont mises à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.