Libres et sans limites

Vision de lunes, par M. Taha Ghouchkanlu

Dans mon monde, être passionné veut dire être enthousiaste, toujours partant, grouillant d’idées, au taquet, prêt à dégainer, à mettre la main à la pâte, à faire bouger les choses, autour d’une passion en particulier.

Dans leur monde, être passionné veut dire être monomaniaque, égocentrique, déconnecté de la réalité, être atteint du syndrôme de Peter Pan, perdre son temps, chasser les alouettes.

Il n’est dans ce cas pas très difficile de choisir entre la pillule rouge et la pillule bleue.

On m’a souvent rétorqué que ce n’est pas facile de vieillir tout en laissant brûler le feu de la passion. Les responsabilités, les mômes, le boulot, la routine, tout ça tout ça, participeraient activement à déplacer son centre d’intérêt. La passion de jadis, quelle qu’elle soit, est rattachée pour toujours à notre jeunesse et, à ce titre, puisque nous vieillissons (et que tout autour de nous nous le fait bien sentir), alors, un mécanisme naturel d’abandon de la passion se met en place.

Moi, je n’y crois pas.

Nous avons toujours le choix, à chaque instant de notre vie, de choisir de vivre comme nous le souhaitons.

Libres et sans limites. Dans le respect d’autrui, cela va sans dire – mais toujours libres, sans limites, et sans avoir à nous justifier.

D’aucuns auraient pensé que le site que j’ai créé quand j’avais 17 ans, par un après-midi pluvieux, dans l’alcôve qu’était ma chambre d’adolescente, me passerait comme une lubie passe. Que ça serait un truc rigolo, un passe-temps, une expérience.

10 ans – non, 12 ans plus tard –, je suis toujours là, tapie dans l’ombre, à manigancer mes petits méfaits textuels, à échaufauder des échauffourées visuelles. Le Web, dans lequel je suis tombée ado, est une passion. Une passion qui m’a toujours animée, nourrie, et qui est devenue mon métier. Une passion qui épouse l’autre, celle de partager un univers anticonformiste et onirique, dans lequel on peut se permettre d’être complètement soi-même. Avec nos lubies bizarres, nos passions obscures, nos rêves étranges, nos amours blessées.

Je suis tellement heureuse d’avoir créé cette tour d’ivoire empourprée pour m’y réfugier quand ça me chante ! Cet endroit où on peut être seul à plusieurs, tranquilles, planant autour les sphères immenses de notre imagination, cet endroit que je partage avec passion.

Non ! Je n’en ai pas fini, et je n’en finirai jamais. Passionnée. C’est comme ça.

Et si d’autres sont partis, ce n’est pas grave. D’autres sont là, prêts à embarquer. Et moi, je suis toujours là, bien au chaud dans mes ténèbres de velours. Pas lassée, pas fatiguée. Jamais !