Exposition Tim Burton à La Cinémathèque française

Ce n’est pas sans émotion que j’ai arpenté l’exposition consacrée à Tim Burton, à la Cinémathèque.

Tim Burton, dont les films ont rythmé, marqué mon adolescence autant que mon imaginaire, et dont je découvre les nouveaux méfaits à chaque fois avec un réel plaisir (bon, à part Alice au pays des merveilles, qui était une bien jolie bouse, mais j’aurai l’occasion d’y revenir un autre jour). Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow, L’Étrange Noël, les deux premiers Batman, et même Big Fish et Beetlejuice, autant de films qui font partie de mes sources d’inspiration éternelles, mais qui ont eu un vaste écho dans la culture populaire.

À commencer par les produits dérivés Burton qui composent la panoplie de tout jeune gotheux qui se respecte…

Un peu d’histoire burtonienne

Tim Burton photographié par Nicolas Guerin

Rien de tout cela n’était gagné. Après tout, Burton était (est) un gars solitaire et introverti qui s’ennuyait ferme à Hollywood, à côté d’où il a grandi. Animateur et concepteur pendant cinq ans chez Disney, il se sent totalement marginal et ses idées sont souvent refusées, ne réussissant jamais à dessiner ce que le studio historique attend de lui.

En dépit de quoi, il continue à travailler sur ses projets personnels, en réalisant plusieurs courts métrages, dont le génial Vincent ainsi que Frankenweenie (dont nous découvrirons une nouvelle version en salle fin 2012), que Disney refuse de distribuer à cause de leur noirceur. Burton réussit quand même à les produire grâce à l’appui de collègues qui croient en son talent.

En 1985, tout change : Warner Bros lui confie le projet d’adaptation de Batman. Les ténèbres de Tim Burton entrent dans la lumière. La suite, on la connaît !

En près de 30 ans de carrière à Hollywood, Burton a démontré à travers ses films qu’il n’est pas seulement un grand cinéaste : c’est avant tout un artiste. Très doué pour le dessin dès son plus jeune âge, il a étudié au California College of Arts, et n’a jamais cessé de créer. L’exposition que lui consacre aujourd’hui la Cinémathèque est la même expo qu’avait créée le MoMA de New York, en 2009. Cette exposition avait eu un succès retentissant, et avait ensuite voyagé à Melbourne, Toronto et Los Angeles.

L’expo Tim Burton enfin à Paris

Entrée de l'expo Tim Burton à la Cinémathèque

Un mur de l'expo Tim Burton (photo : RoughDreams.fr)

Croquis, dessins et tableaux de Tim Burton (photo : RoughDreams.fr)

Paris accueille à son tour les créations de Tim Burton, dans une exposition moins cinématographique que purement graphique. Pas moins de 700 oeuvres sont exposées, parmi lesquelles des dessins, des sculptures (dont plusieurs créations inédites de Tim Burton pour l’exposition), des Polaroïds grand format réalisés par l’artiste, des accessoires, des maquettes, des costumes… On en a pour son argent.

Certes, le circuit de l’expo est rythmé par les films, tels des pierres blanches sur son chemin brumeux. Mais la plus grand salle de l’expo est dédiée aux créations « de jeunesse » de l’artiste, avec notamment de superbes croquis, pages de journal gribouillées, tableaux et autres sculptures. Tout est fou : des personnages surdimensionnés, d’autres aussi gros qu’une allumette, des créatures hypercéphales, des enfants aux yeux crevés, le tout agrémenté de couleurs vives et de pastel.

Les films ne sont pas tous abordés avec la même importance, sans que cela soit vraiment dommageable : ainsi, La Planète des singes se voit relégué dans un coin avec trois fois rien. A contrario, difficile de ne pas s’émouvoir des masques en latex du premier Batman, ou encore du costume et des mains-ciseaux portés par Johnny Depp lors du tournage d’Edward aux mains d’argent. Tous ces objects, et tous ces dessins, tapissés devant nous dans les locaux finalement assez intimistes de la Cinémathèque nous ramènent au plus près de Burton lui-même.

L'exposition Tim Burton mêle plusieurs médias

Personnages de Tim Burton adaptés en statuettes (photo : RoughDreams.fr)

Cette expo renforce le sentiment que Tim Burton est — presque – une sorte d’oncle goth bienveillant, une muse bourreau de travail et à l’imagination sans limite. Dès qu’on pénètre dans l’exposition, les murs sont bardés de rayures blanches et noires, de monstres phosphorescents et autres mobiles bizarres… On se sentirait presque à la maison.

Tout le paradoxe tient dans le fait que son œuvre, pour bizarre et féérique qu’elle soit, touche le plus grand monde. Les files de spectateurs ne tarissent pas devant la Cinémathèque, les places pour la master class du cinéaste se sont vendue en moins de cinq minutes, tandis que sa séance de dédicace a provoqué, dit-on, cinq bons kilomètres de queue et son lot de bastons (sic).

Comme on peut s’y attendre, une boutique dédiée à l’univers de Tim Burton est un passage obligé, où tous les t-shirts, mugs et figurines sont quasiment en rupture de stock, à peine une semaine après le début de l’exposition.

Mais j’ai réussi à choper mon t-shirt Toxic Boy, na !

En résumé, l’exposition Tim Burton à la Cinémathèque est une jolie réussite, qui aurait sans doute mérité un lieu plus grand pour rendre toute la grandiloquence et la portée de l’œuvre de l’artiste. D’ailleurs, moi j’ai regretté l’entrée démente de l’expo qui était présente au MoMA. Néanmoins, c’est une expo à ne pas manquer, ne serait-ce que pour voir en vrai des œuvres vues si souvent à l’écran ou dans les livres, et pour avoir un regard critique et histoire sur son travail, d’une cohérence à couper le souffle.

Photo et direction artistique de Tim Burton

Photo de l'exposition Tim Burton à la Cinémathèque

Ndla : Les photos qui illustrent cet article ont été empruntées à la Cinémathèque d’une part, et à nos consœurs de Rough Dreams, Fanny G. et Javel, d’autre part. Ces dernières nous ont très gentiment donné leur autorisation de les publier sur La Lune Mauve. Nous les remercions vivement !

Bonus : le master class de Tim Burton à la Cinémathèque

Pour les fans hardcore (dont je fais partie), voici la vidéo du masterclass que Tim Burton a donné dans les locaux de la Cinémathèque française le 5 mars dernier.

Vous pouvez également le voir en version originale non doublée.