Quentin Tarantino

Coup de cœur de La Lune Mauve

Quentin Tarantino dans Reservoir Dogs

De film en film, Quentin Tarantino essaye de faire du cinéma de genre en auteur, c’est à dire à comme ça lui chante. Les repères sont là, très clairement énoncé. Reservoir Dogs se la joue huis clos entre gangsters aussi élégants que sanglants, Pulp Fiction rend ses truands cool comme pas deux. Plus on avance, plus les repères des genres sont balisés, multipliés, jusqu’à la surcharge. Jackie Brown est un polar précis dans son imitation blackploitation, les deux Kill Bill sont des patchworks de bout en bout et Boulevard de la Mort – Un film Grinhouse suit les traces des bolides du cinéma de course de voitures.

Eléments biographiques

Avant d’être un réalisateur, Tarantino est un cinéphile. Il dit également être un mordu de séries, participe à plusieurs : il réalise notamment un épisode d’Urgences, un autre des Experts et a joué un terroriste dans plusieurs épisodes d’Alias. Dans sa jeunesse, il travaille dans un cinéma puis dans un vidéoclub de Los Angeles, une occasion supplémentaire pour voir tout et n’importe quoi en matière de cinéma. Il envoie des CV pour jouer dans des films en tant qu’acteur- où il prétend avoir joué dans King Lear de Jean-Luc Godard et Zombie de Romero – et commence à écrire des scénarii tout en regrettant de ne pouvoir les réaliser lui-même. Comme True Romance, Reservoir Dogs devait à l’origine être dirigé par Tony Scott, mais Tarantino parvient à le convaincre de lui laisser sa chance. Le film est présenté à Cannes en 1992. Deux ans plus tard sur Pulp Fiction y triomphe, et remporte la Palme d’Or.

Avis Personnel

Sans Cannes pas de Tarantino? C’est bien possible, le festival lui a apporté une reconnaissance fulgurante et d’envergure internationale. La plupart de ses films passent par la Croisette, lieux de référence pour des mordus de cinéma du monde entier. Quentin Tarantino en est un spécimen particulier, celui d’un cinéphile qui joue au réalisateur. Cette attitude l’amène non pas à tenter de faire entrer la vie dans le cinéma, mais de vouloir faire naître une vie à partir du cinéma, en circuit fermé. Ce monde du cinéma devient un objet de référence permanent avec en première position, les films de genre. Les allusions, emprunts et imitations saturent les images au point d’en devenir la matière, particulièrement dans les long-métrages les plus récents : Kill Bill est un collage invraisemblable de genres qui invoque et fait se succéder le film de sabre avec le western spaghetti, le film noir, de vengeance ou le kung-fu. Tarantino en respecte tous les codes, à l’exception d’un seul : la fidélité à un seul genre tout le long du film. Il mixe avec ces univers pour les entremêler sans coupures et par ces emprunts essaye d’élever les séries B et Z, et le cinéma Bis en grand cinéma. Ces reprises en font bondir plus d’un, qui s’insurgent du manque de personnalité d’un cinéma fait de citations et d’imitations.

tarantino-boulevard de la mort

Un des points essentiels pour expliquer le côté accrocheur est que Tarantino cherche à emmener le spectateur dans son enthousiasme cinéphile, et à lui faire partager cet enthousiasme. Sans aller jusqu’à parler de véritable « générosité » comme l’a fait Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes, il y a un plaisir évident de partager ses références et d’en jouer, pour que ce plaisir personnel soit communicatif. Un mots qui revient extrêmement souvent dans les avis positifs de la presse ou du public est celui de « jubilatoire » qui définit à merveille un cinéma qui trouve une jouissance dans une exubérance sans cesse renouvelée. Ainsi les explosions de couleurs, gerbes de sang, pyjamas jaunes et autres carrosseries pastels deviennent ludiques dans ce grand monde de cinéma approprié par un Tarantino de plus en plus déchaîné.

Il n’y a qu’à regarder le girl power explosif du récent Boulevard de la Mort, tout droit sorti d’un cartoon de super héroïnes. Reservoir Dogs laissait peu de place aux personnages féminins, mettant au premier plan Michael Madsen et Harvey Keittel. Mais progressivement ce sont les héroïnes qui vont vampiriser l’écran. Mia Wallas, Jackie Brown, la Mariée entourées des tueuses du Deadly Viper Assassination Viper et pour finir ces deux groupes de copines réunies autour d’un verre ou d’une voiture. L’ensemble des personnages est campés en beauté par des acteurs parfois sur le retour voir carrément sortis du tiroir pour certains. Tarantino a réussi le tour de force de nous faire admirer John Travolta, de faire connaître Pam Grier à tous ceux qui n’avaient pas vécu à l’heure de la blackplotation et de donner corps à des conversations interminables aux sujets des plus divers. Une parlote qui ne fait pas toujours avancer l’action – presque jamais en fait – ne raconte pas forcément mais se la raconte, offre un petit morceau de temps à des personnages, dans une discussion qui dure et dure, pour donner l’impression de les saisir à un instant de leur vie entre une minute et une autre. À différentes minutes et différents moments, entre deux scènes. Un film entièrement linéaire est une rareté, les scènes s’emboîtent par des flash-backs, des changements de lieux ou de point de vue. Les différents parcours et histoires, souvent découpés en chapitres, se rejoignent d’elles-mêmes lorsque le moment est venu.

tarantino Pulp Fiction

À cette mise en scène s’ajoute une qualité indéniable de Tarantino, qui est sa capacité à choisir des BO géniales que l’on retrouve ensuite sur toutes les lèvres. Son enthousiasme de cinéphile trouve un équivalent dans cette passion pour la musique. Il donne une nouvelle jeunesse à des titres somptueux, sortis de l’ombre ou de l’oubli dans lequel ils étaient tombés. Cette mélomanie va jusqu’à envahir les dialogues et l’action : les gangsters déjeunent en bavardant sur « Like a Virgin », des personnages s’échangent des cassettes des Dellfonics et le sommet est atteint dans la grande scène de twist de Pulp Fiction. Ce n’est pas un intermède musical en plein milieu du film, la séquence compte pour elle même, pas moins importante que les autres. Les films de Tarantino cultivent cette image cool, forçant sur la mode rétro et l’alimentant sans cesse à coup de citations et de plagiats. Ils pillent, volent, assassinent, défigurent… Le crime a une longue histoire au cinéma. Il y a souvent marché.

Filmographie en tant que réalisateur :

  • 1992 Reservoir Dogs
  • 1994 Pulp Fiction
  • 1998 Jackie Brown
  • 2003 Kill Bill Volume vol. 1 et 2
  • 2007 Boulevard de la Mort – Un film Grindhouse
  • 2009 Inglourious Basterds