Mamoru Oshii Avalon

S.F. vidéoludique

Affiche française de « Avalon »

Note :
4/5
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Synopsis

Dans un futur proche, un jeu vidéo illégal fait fureur: il s’agit d’un jeu de guerre procurant des émotions qui rendent dépendants les joueurs. Certains jouent en équipe. Certains jouent suffisamment bien pour gagner de l’argent utilisable dans le monde réel. Certains finissent dans le coma.

Ash, quant à elle, joue seule. Elle est un personnage très doué et respecté des autres. Mais un autre joueur la défie, un ancien équipier réapparaît et Ash découvre un mystérieux niveau du jeu, dont aucun gamer n’est revenu.

Avis personnel

En voilà un film qui peut paraître bien compliqué! Sorte de Matrix – bien que leurs fonds diffèrent beaucoup – en sépia et décor rétro-futuriste, ambiguïté entre mondes virtuel et réel, à regarder plusieurs fois en restant concentré pour tout saisir. Pas le film qu’on zyeute en étendant le linge donc.

Pourtant, l’histoire en elle-même est assez simple, ce n’est qu’une quête pour découvrir la dernière destination du jeu, mais le cheminement oscillant entre deux mondes semblants aussi vrais l’un que l’autre est plus difficile. Il s’agit plus d’un film d’ambiance, de longs plans immobiles sur un monde post-industriel, la solitude et la désolation.


La « classe réelle », niveau de jeu le plus avancé, que l’on découvre dans la dernière partie du film, est le seul monde en couleur que l’on y trouve. Phénomène également présent dans d’autres œuvres: Les noces funèbres et Alice aux pays des merveilles de Tim Burton. Dans le premier, le monde des morts est très coloré alors que celui des vivants est très terne, tout en nuance de gris bleu ; dans le second, le pays des merveilles est saturé de couleurs par rapport au monde « normal ». C’est toujours le monde le plus « vivant » et non pas forcément le plus réel, qui a droit au traitement le plus chatoyant, l’endroit qui présente le plus d’attrait pour le personnage central.

Ash est une superbe héroïne cyberpunk, à mi-chemin entre Kusanagi, le cyborg de Ghost in the shell, et Unknown, guerrière du jeu vidéo Tekken. Calme et intelligente, c’est une redoutable combattante. Particulièrement solitaire et mystérieuse, c’est avec un compte-goutte que les informations à son sujet nous sont livrées et son passé est aussi obscur que le monde dans lequel elle vit.

Elle a plus de contact avec le maître du jeu, dont on ignore la nature (humaine ou virtuelle), qu’avec les autres humains, et seul son chien paraît encore la rattacher à la réalité. C’est d’ailleurs le seul être vivant dont elle semble se préoccuper, le nourrissant même mieux qu’elle, et sans cet animal, on pourrait penser qu’elle n’a aucune émotion et serait plus proche du robot que de l’humain.

Même si elle semble réfléchie et posée, on sent qu’elle est totalement accro au jeu, dans lequel elle gagne assez d’argent pour se payer de bons équipements à l’intérieur du jeu, mais aussi pour subsister mieux que ses congénères dans le monde réel.

Musique et mythologie font partie intégrante du film, et toutes les deux apportent leur lot de poésie au sein d’un monde de noirceur et de guerre. Les chants lyriques, dès le début du film, parlent d’Avalon, et contrastent avec la dureté des images et des décors ; ils semblent être un souffle de pureté sur la crasse des murs de ce monde abandonné et sale, rétablissant un équilibre fragile. D’autres musiques d’ambiance se rapprochent plus de l’univers du jeu vidéo d’aventure, et permettent aux moments les plus statiques du film de gagner en énergie.

Si au début du film on ignore le rapport entre le jeu, plus apparenté à une guerre du XXè siècle qu’aux légendes arthuriennes, et le nom du jeu, des éléments mythologiques font leur apparition au fur et à mesure qu’Ash s’enfonce dans les profondeurs de la réalité virtuelle : le ghost, sorte de fantôme donc présent dans les traditions tant occidentales qu’orientales, bug ou point important du jeu, puis les neuf sœurs, la fée Morgane, et bien sûr la référence à Avalon en tant qu’endroit difficile à atteindre, une destination qui se mérite au prix des combats.

Cependant, on peut noter l’absence de dates précises, le décor est occidental alors que les livres dans lesquels se documente Ash sont en japonais; on aperçoit même une publicité dans la rue sur laquelle une femme occidentale parle avec une femme en costume traditionnel japonais, et l’affiche Avalon présente dans la classe spécial A est écrite en polonais.

Tous ces détails placent l’histoire dans un décor neutre de repère de lieu et d’époque, ainsi que peut l’être un jeu vidéo, une uchronie de gamer, avec une fin ouverte sur l’imagination du spectateur.

Le grain de sable

Mamoru Oshii est un genre de serial réalisateur… Non pas qu’il enchaîne les films en quantité industrielle, mais il possède une signature très personnelle: le basset. On retrouve un chien de cette race dans plusieurs de ces films, notamment dans Ghost in the shell. Le cinéaste en fait le compagnon fidèle de personnages solitaires.

Générique

  • Titre original: Avalon
  • Réalisation: Mamoru Oshii
  • Scénario: Kazunori Itô
  • Acteurs: Malgorzata Foremniak (Ash), Darius Biskupski (le prêtre), Jerzy Gudejko (Murphy)
  • Musique: Kenji Kawaï
  • Production: Tetsu Kayama & Shigure Watanabe
  • Pays d’origine: Japon/Pologne
  • Année: 2001
  • Durée: 1h36

Liens

Une analyse du film sur La propagation du chaos, qui développe terriblement bien le point de vue du gamer, et me fait sentir toute petite. Mais attention, c’est tout plein de spoilers si vous n’avez pas encore vu le film.