Francis Lawrence Constantine

Thriller fantastique

Affiche de "Constantine"

Note :
3/5
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Synopsis

John Constantine est un exorciste habitué à se frotter à diverses puissances démoniaques et dont l’âme est avidemment guettée par le diable en personne. Angela Dodson, policière catholique, enquête sur le mystérieux suicide de sa soeur jumelle. Les chemins de ces deux personnages vont se croiser alors que l’Apocalypse semble se rapprocher dangereusement…

Critique personnelle

Le film Constantine est la première adaptation cinématographique du comic-book Hellblazer créé par Alan Moore (également créateur des célèbres Watchmen). Dans le comic, John Constantine apparaît comme un sosie de Sting, blond, ce qui n’est pas le cas dans le film où Keanu Reeves lui a prêté ses traits. Il est par ailleurs beaucoup plus cynique et désagréable que dans le film, où il s’adoucit vers la fin de l’histoire.

N’ayant pas lu le comic, je ne saurai faire une comparaison plus approfondie entre Hellblazer et Constantine. Je vais donc me pencher plus précisément sur le film. Premier long-métrage de Francis Lawrence, qui jusque là n’avait produit que des vidéo-clips, force est de constater qu’on n’échappe pas à toutes les grosses ficelles hollywoodiennes du thriller fantastique. Mouvements de caméra lorsqu’un personnage tourne la tête, angoissé, pour chercher la source d’un bruit étrange, nombreuses scènes se déroulant de nuit, sous la pluie ou dans des intérieurs glauques… sans compter l’enquête qui suit son cours sans (trop) de problèmes, le retournement final visant à sauver le monde, bref, le B.A.-Ba de tout film fantastique de base. Rien de très palpitant jusque là.

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Heureusement qu’il y a John Constantine! Cynique au possible, sombre, à l’humour particulièrement corrosif et très, très détestable, Constantine est un vrai régal! Que Keanu Reeves n’ait pas la blondeur du Constantine des comics importe peu. Il joue à merveille ce fumeur invétéré et désabusé. Cela change des héros pleins de courage et autres valeurs chevaleresques. Constantine, lui, n’a rien d’un sauveur de la veuve et de l’orphelin! Il lutte contre les démons pour le simple plaisir de faire rugir le diable de colère, Lucifer ayant juré de venir en personne chercher son âme lorsqu’il décèderait. Normalement on devrait détester un personnage pareil, mais non : c’est tellement agréable de voir que le héros est quelqu’un bourré de défauts, un être humain en quelque sorte, qu’on se surprend à sourire de ses phrases acerbes et de son comportement égoïste et cynique.

Il n’a pas cette aura d’inaccessibilité qu’ont beaucoup de héros, dont les valeurs de bravoure ou de justice sans faille les rendent trop lointains. Constantine, lui, n’a rien de cette aura. Il balaye de la main jusqu’à la politesse de base.  Il est désabusé et sombre et il nous semble que l’on peut être, chacun, à sa place, justement parce que son côté détestable le rend plus humain. Quel dommage que la fin du film transforme Constantine en un héros plus doux! Son côté sombre en est cassé et il y perd beaucoup de son attrait, descendant au rang de n’importe lequel des autres personnages hollywoodiens qui parsèment nos écrans.

Par ailleurs, l’un des traits principaux du personnage est sa propension au tabac. Or le film insiste beaucoup sur ce point, montrant Constantine atteint d’un cancer redoutable du à l’abus de cigarette. L’image finale, couplée à l’adoucissement du caractère du personnage, achève de détruire complètement ce qui avait fait de Constantine un anti-héros caustique à souhait. Le film m’a fait la désagréable impression d’être une campagne anti-tabac alors que je suis pourtant non-fumeuse! On constate une propension du réalisateur à trop pointer du doigt les côtés néfastes du tabac. Mais on ne peut envisager Constantine sans cigarette, ce serait comme priver Indiana Jones de son chapeau et de son fouet! Sur les couvertures des comics, il est quasiment toujours représenté cigarette au bec. Que le film fasse de ce petit objet quelque chose contre lequel lutter est une totale aberration !

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Ce qui sauve le film, c’est principalement son esthétisme. Entre les diverses créatures, diaboliques ou angéliques, et les visions de l’enfer, le travail esthétique est de toute beauté! Les démons à demi-tête m’ont rappelé les Kappa, créatures japonaises dont la tête possède un trou empli d’eau. Le démon-vermine est superbe dans sa conception, Lucifer (incarné par un Peter Stormare tout à fait délectable!) est représenté comme un humain tatoué, en costume blanc et aux pieds poisseux d’une sorte de goudron liquide. Nous sommes bien loin des diables cornus que l’imagerie chrétienne nous délivre d’habitude!

L’enfer lui-même, bien qu’ayant les teintes rouge-orangées habituelles, est une représentation inversée du monde réel, mais un monde en ruine et balayé par un vent chaud, peuplé de démons et dont le sol recèle les âmes torturées. Du côté des créatures bénéfiques, l’ange Gabriel, joué par Tilda Swinton, est un être androgyne à la voix douce. C’est d’ailleurs grâce à lui que le film échappe de peu de sombrer dans le manichéisme. Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer davantage l’intrigue, mais l’une de ses répliques met le doigt sur une faille dans le raisonnement simpliste du Bien, que je vous laisserai découvrir. La première scène de possession et de nombreuses autres scènes d’action ont un attrait esthétique indiscutable et parfois quelque profondeur, comme celle où Constantine enferme une araignée dans un verre.

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Le démon Balthazar, incarné par Gavin Rossdale, possède une certaine classe avec son costume rayé et sa manie de jouer avec une pièce de monnaie. Quant à Shia LaBeouf, futur fils d’Indiana Jones, il est ici un second rôle, apprenti maltraité de John Constantine, mais si vous prenez la peine de regarder jusqu’à la fin du générique, une petite scène supplémentaire vous montrera que son destin ne sera peut-être pas si insignifiant que cela…

Pour résumer, Constantine vaut surtout pour son esthétisme et pour le personnage de John Constantine, bien que le côté acerbe du personnage ait été si malencontreusement gommé à la fin de l’histoire.

Références

  • Acteurs : Keanu Reeves, Rachel Weisz, Shia LaBeouf
  • Année : 2005
  • Durée : 1h56
  • Pays : Etats-Unis