Darren Aronofsky The Fountain

Drame onirique

Affiche du film "The Fountain" de Darren Aronofsky

Note :
5/5
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Synopsis

XVIe siècle. Un conquistador, Tomas est chargé par la reine d’Espagne, Isabelle, de trouver l’Arbre de Vie cité dans la Bible, et qui se trouverait en Nouvelle-Espagne, par-delà l’océan. Une mission d’autant plus importante que le Grand Inquisiteur, qui diabolise la reine, grignote petit à petit ses terres et exécute ses partisans.

Années 2000. Le brillant neurochirurgien Tommy Creo effectue des recherches dans le but de trouver un remède aux tumeurs cancéreuses du cerveau. Un objectif qui n’est pas sans rapport avec la maladie qui atteint sa femme, Izzi. Tandis qu’Izzi voit sa santé décliner jour après jour, elle se lance dans l’écriture d’un roman qui conte l’aventure d’un conquistador à la recherche de l’Arbre de Vie.

Futur lointain. Un homme traverse l’espace dans une bulle, accompagné d’un arbre. Cet homme médite et est hanté par les souvenirs de deux femmes qui n’en sont qu’une, Isabelle et Izzi. Et, petit à petit, il approche de Xibalba, la nébuleuse qui porte le même nom que les Mayas donnaient au royaume des morts.

Trois récits qui n’en forment qu’un seul, centré autour d’un couple uni par un profond amour et que la mort menace.

Bande-annonce

Critique personnelle

Avant The Fountain, Darren Aronofsky a réalisé en 2000 le long-métrage Requiem for a dream, devenu depuis un film culte. Ce dernier abordait les ravages de la drogue sous la forme d’un drame particulièrement dur, accompagné d’une bande-son qui a fait date. Plus récemment, le réalisateur a donné naissance à Black Swan (2010), l’histoire d’une danseuse étoile qui évolue dangereusement à la frontière de la folie. Darren Aronofsky n’a pas peur des sujets difficiles, des sujets forts en émotions, et avec The Fountain, la difficulté n’était pas des moindres non plus. Sorti en 2006, le film connut tant de problèmes lors de sa préparation qu’il n’était pas certain qu’il sorte sur les écrans. Une fois paru, le métrage divisa les critiques. Et pour cause : l’histoire qui se déroule, par ses nombreux symboles, peut en dérouter plus d’un. Pour ma part, ce fut un énorme coup de coeur, et sans doute mon interprétation de l’histoire n’en est-elle pas étrangère. Voici donc ma vision du film qui, je l’espère, pourra vous apporter des clés et apprécier ce film à sa juste valeur.

Les premières images nous emmène en Espagne, au XVI siècle. L’histoire de Tomas nous apparaît d’abord comme étrangère à celle de Tommy et Izzi mais, déjà, la similitude physique et celle des prénoms intrigue. Ce n’est qu’un peu plus tard, en prenant connaissance de l’ouvrage écrit par Izzi et intitulé The Fountain, que l’on comprendra que l’aventure de Tomas et Isabelle est en fait rédigée par Izzi. Mais alors, pourquoi cet arbre fictif apparaît-il aussi dans la réalité d’Izzi et de Tommy ? Un mystère qui ne sera pas résolu, à l’instar de celui auquel est confronté Tommy, le neurochirurgien : la mort. Ébranlé par la maladie qui touche sa femme, il se jette à corps perdu dans ses recherches, dans l’espoir de trouver le remède qui la guérira. Ce faisant, et ainsi que le lui fait remarquer une collègue, il passe moins de temps auprès de celle qu’il aime alors que son temps à elle est compté. Une scène, en particulier, témoigne de cette attitude et reviendra hanter Tommy lorsque sa femme aura disparu, encore et encore. Signe de sa culpabilité de n’avoir pas avoir profité assez du moment présent, auprès de sa femme. Tomas (Hugh Jackman) dans The Fountain (Darren Aronofsky, 2006)

Puis viennent les évolutions d’un homme dans l’espace, qui médite, pratique du tai-chi-chuan, se nourrit de l’écorce d’un arbre, le tout dans une bulle transparente en route vers Xibalba. Une vision improbable, une vision qui a perdu plus d’un spectateur. Une vision que, pour ma part, j’ai vu comme étant l’être intérieur de Tommy. Son âme confrontée au deuil, son douloureux chemin intérieur pour accepter l’inévitable. L’inacceptable, pour lui. Il ne cesse de voir des apparitions d’Izzi et d’Isabelle, toutes deux identiques car, ayant lu l’ouvrage de sa femme, il en a représenté les deux héros sous leurs propres traits. Et pourtant, il se dirige vers Xibalba, nébuleuse de mort et de vie. Un but riche en symbolique. Tout comme l’arbre qui se flétrit, cet arbre de vie qui aurait du être éternel, cette partie futuriste est très symbolique, de même que l’inconscient s’adresse au conscient par messages codés. Or, puisque nous sommes là dans le travail de deuil de Tommy, rien de plus logique à ce qu’il soit représenté de cette façon aussi cryptée.

The Fountain (Darren Aronofsky, 2006)

Mais revenons à Tommy et Izzi, car ce sont eux les personnages centraux du film. Les autres visions – du passé comme du futur – sont liés à ce couple si amoureux, si uni, mais que la maladie frappe si durement. Leur amour est palpable à l’écran, et pas seulement grâce à la prestation des deux acteurs. C’est aussi par de multiples petits détails que cet amour transparaît : murmures contre la peau, l’attachement de Tommy à son alliance qui symbolise son propre attachement à Izzi… Devant la maladie d’Izzi, tous deux adoptent des attitudes différentes. Tommy refuse d’admettre l’inéluctable, refuse même d’entendre les propos de sa femme sur les croyances mayas quant à la mort. Pourtant, celle-ci qui, en éprouvant cependant une certaine peur, finit par accepter son destin. Se sachant condamnée, elle cherche à laisser une trace via son livre qu’elle sait qu’elle ne pourra terminer. Elle trouve un certain réconfort, même, avec ce livre et les recherches sur les mayas qu’elle doit effectuer pour l’écrire. Cela, son mari ne le comprend pas. La douleur de la perte est trop difficile pour lui à affronter, mais viendra le jour où, hélas, il n’aura plus le choix que de le faire.

Durant son deuil, Tommy – celui du présent comme celui du futur – est hanté par l’injonction d’Izzi, celle de terminer son livre. Or, pour terminer l’ouvrage, il lui faut achever son deuil. L’un ne va pas sans l’autre. Et ainsi le film se termine une fois que Tommy a admis que sa femme, bien que décédée, demeurerait à jamais en vie, par ses souvenirs, son amour, son livre, son arbre.

Tommy (Hugh Jackman) et Izzi (Rachel Weisz) dans The Fountain (Darren Aronofsky, 2006)

The Fountain, titre du film comme du livre cité si souvent dans le film, c’est donc cela. L’histoire d’un couple très uni frappé par la mort. L’histoire d’une femme qui s’achemine vers sa fin et d’un homme qui doit effectuer un deuil douloureux. L’histoire d’un couple qui, malgré cela, restera uni à jamais. Le tout porté par l’interprétation émouvante de Hugh Jackman, très vrai dans ses réactions et ses émotions, et la musique poignante de Clint Mansell. The Fountain est de ces métrages qui marquent, car évoquant des sujets qui ne peuvent que nous toucher, nous étreindre le coeur, et inonder nos joues de larmes. Qui n’a jamais craint de perdre un être aimé ? Et qui n’a jamais perdu un proche ?

Non, Darren Aronofsky n’a pas peur des sujets difficiles. Représenter l’amour et le deuil à l’écran, nappé de symboles pour en faire un récit presque légendaire, un récit que chacun doit décrypter pour mieux l’appréhender (ce qui lui donne d’autant plus de force), voilà qui n’avait rien de la tâche aisée. Mais il l’a fait. Et avec brio.

Le grain de sable

Le film connut de nombreux contrecoups lorsqu’il n’était encore qu’à l’état de projet. Craignant qu’il ne voie jamais le jour, Darren Aronofsky le fit paraître sous forme de roman graphique, avec Kent Williams aux pinceaux. Au final, le film a pu être mené à son terme et le roman graphique peut apporter un autre regard sur celui-ci.

Références

  • Acteurs : Hugh Jackman, Rachel Weisz
  • Année : 2006
  • Durée : 1h36
  • Pays : États-Unis