Neill Blomkamp District 9

Science-fiction politique

Coup de cœur de La Lune Mauve

Affiche de "District 9"

Note :
5/5
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Synopsis

District 9 est un lieu où sont parqués des extraterrestres. Ceux-ci sont arrivés une vingtaine d’années plus tôt, tombés en panne au-dessus de Johannesburg, en Afrique du Sud, plusieurs années auparavant. Ne sachant que faire d’eux, le gouvernement les a placés à l’écart de la ville. Mais les tensions dans la population, qui accepte mal cette proximité avec les « Crevettes » (surnom donné aux aliens), incitent l’administration à créer un autre campement, à 200 km de la ville, District 10, pour y déplacer toute la population extraterrestre.

Wikus van der Merwe est employé à la MNU, l’agence chargée de la gestion des « Crevettes ». C’est à lui qu’est confiée la lourde tâche de superviser l’évacuation du District 9 vers le District 10. Mais rien ne se passe comme prévu : Wikus inhale accidentellement un produit non identifié. Ce produit, qui contient de l’ADN extraterrestre, le contamine et il commence à muter. La MNU voit là une occasion inespérée de poursuivre ses tests sur les armes des « Crevettes », qui ne peuvent être actionnées que par les extraterrestres…

Critique personnelle

District 9 est le premier long-métrage de Neill Blomkamp, réalisateur d’origine sud-africaine. Il a été produit par Peter Jackson. Un parrainage prestigieux de la part du réalisateur de la trilogie du Seigneur des Anneaux! Mais lorsqu’on visionne District 9, on comprend vite pourquoi Peter Jackson a tenu à présenter ce film, bien que son réalisateur soit encore un inconnu dans le milieu des longs-métrages. Après ce premier tour de force, il est certain que Neill Blomkamp vient de pénétrer dans la cour des grands en faisant montre d’un réel talent!

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Vous l’avez compris, District 9 n’est pas un film de tout repos! Et son message est clair : en Afrique du Sud, des êtres différents sont coupés des autres et mis à l’écart… cela ne vous rappelle rien? L’apartheid est en filigrane du film. Notamment avec ces signalétiques où l’on voit un extraterrestre stylisé barré de rouge, la mention « keep out » ou « humans only » située sous le dessin au cas où l’interdiction ne serait pas assez claire.

Outre cette évidente évocation de l’apartheid, District 9 rappelle le traitement infligé aux réfugiés dans le monde, France comprise. Parqués à l’écart, dans des abris de fortune qui finissent par devenir leur logis, leurs droits niés… tels sont les traitements donnés aux aliens, ces derniers symbolisant par leur étrangeté, leur caractère autre, tous les étrangers. Car ici les « Crevettes » synthétisent notre peur de l’Autre, de celui qui n’est pas nous et n’appartient pas à notre société habituelle. L’Etranger que l’on rejette, que l’on maltraite sous couvert qu’il n’est pas comme nous.

District 9 pointe aussi l’intérêt froid des administrations pour l’armement. Dans une scène particulièrement glaçante, Wikus, allongé sur une table, entend des grands pontes du MNU (dont son beau-père!) déclarer qu’il sera découpé vivant et ses organes éparpillés dans différents pays afin que l’on puisse utiliser les armes extraterrestres, Wikus étant l’unique spécimen mi-humain mi-alien existant. D’être humain choyé par sa famille, Wikus devient ni plus ni moins qu’un cobaye dépourvu de tout droit simplement parce qu’il mute et devient autre.

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La force du film ne réside pas seulement dans cet usage de la science-fiction pour dénoncer des dérives réelles contemporaines (dénonciation qui, il faut le souligner, se fait de façon naturelle, sans discours moralisateur! Le film se contente de montrer). L’autre force de District 9, c’est sa construction. La première partie du film est réalisée à la manière d’un montage de différents reportages télévisés et autres flash infos. Un montage qui donne l’illusion de visionner un véritable documentaire.

Par la suite, le film devient clairement un film d’action échevelée tourné caméra sur l’épaule. Mais jusqu’au bout, District 9 se veut réaliste. Les effets spéciaux comme le jeu des acteurs sont de telle qualité que l’on peut croire que ces événements se sont réellement passés. Les « Crevettes », créatures entièrement faites en image de synthèse, sont si bien réussies et si expressives que l’on se surprend à être au bord des larmes devant le traitement qui leur est infligé. Le fils de l’alien que les humains nomment Christopher nous inspire de la pitié, petit bonhomme alien perdu dans un monde de violence et de non-droit, qui n’a jamais contemplé sa terre d’origine et dont on menace l’existence en sa présence. Cet autre extraterrestre, utilisé comme cobaye lors des tests des armes avec Wikus, serre le coeur. Son regard exprime un tel affolement quand il réalise qu’on veut se servir de lui pour cible que les larmes montent rapidement. Sans compter que cette image rappelle les expériences menées par les nazis dans les camps de concentration…

Mais District 9 ne tombe ni dans le manichéisme, ni dans la dénonciation pure. Extraterrestres comme humains ont leur défauts. Les premiers n’hésitent pas à faire usage de violence (certes on comprend leur réaction, plutôt justifiée!). Par ailleurs, le film souligne qu’il demeure du bon en l’humain, pour peu qu’il veuille en faire usage. Wikus, qui pourtant conserve son égoïsme et tente d’abord d’empêcher Christopher l’alien de regagner le vaisseau parce qu’il veut redevenir humain, finit par le protéger et l’aider, choqué du traitement dont lui-même fait l’objet.

Pour résumer, District 9 est un film qui ne laisse aucun répit au spectateur. Un film qui livre un regard sans concession sur l’humanité, un regard clair, débarrassé de toute oeillère. Enfin, et surtout, un film qui choque car au fond de nous, nous savons qu’il est réaliste. Si nous ne savons pas déjà traiter correctement nos semblables du simple fait qu’ils sont différents et viennent d’ailleurs, inutile de rêver d’un contact du 3e type idyllique et empreint de tolérance. Neill Blomkamp nous le fait comprendre avec ce premier long-métrage et on ressort pantelant de la projection.

Références

  • Acteurs : Sharlto Copley, Jason Cope, Nathalie Boltt
  • Année : 2009
  • Durée : 1 h 52
  • Genre : Science-fiction politique
  • Pays : Etats-Unis, Nouvelle-Zélande

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