Thomas Vinterberg Festen

Comédie dramatique cruelle et noire

Note :
4/5
Note des Lunemauviens : 7 votes, average: 4,14 out of 57 votes, average: 4,14 out of 57 votes, average: 4,14 out of 57 votes, average: 4,14 out of 57 votes, average: 4,14 out of 5 7 vote(s). Moyenne : 4,14 sur 5.
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Synopsis

Un été, le père d’une famille célèbre ses soixante ans dans l’hôtel qu’il possède à la campagne. Tout le monde est venu, cousins, amis et parents lointains sont présents. Une seule absente, sa fille Linda, qui s’est suicidée un an auparavant. Il charge son fils Christian de dire quelques mots à son propos lors du repas, sans se douter du séisme qui dort.

Critique personnelle

Réalisé selon les préceptes du Dogme, d’après le nom du manifeste établi par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, Festen en est le film le plus remarquable. Les différents points de cette profession de foi cinématographique énoncent des règles strictes, qui proposent une nouvelle manière de faire des films en les débarrassant au maximum des éléments les plus artificiels, dans le but d’intensifier la part de réel. Les règles sont autant techniques que thématiques, rejetant aussi bien l’éclairage des studios que les histoires d’armes à feu – jugées trop loin du réel le plus quotidien.

Il ne faudrait néanmoins pas s’y tromper et cette idée du réel n’est pas synonyme de banalité, le réel proposé n’étant lui non plus pas innocent. Dogme esthétique donc qu’il ne faut pas nécessairement prendre trop sérieusement : les deux compères reconnaissent que certaines règles sont pratiquement inapplicables et ne se posent des règles que pour trouver de nouveaux moyens de les contourner. Réalisé selon ces principes, Les Idiots De Lars Von Trier fut reçu assez froidement. Festen reçu un meilleur accueil puisqu’il eut les honneurs de Cannes, mais la critique et le public demeurent radicalement partagés sur son cas. Les avis intermédiaires sont limités, et les jugements souvent catégoriques. Bien.

Festen - Ulrich Thomsen emmené dehors

La raison qui s’impose d’emblée pour expliquer les avis si tranchés est l’écrasante force du film, qui s’attaque au spectateur pour ne pas le lâcher. Les révélations sont dures, parfois pénibles à entendre et à même de provoquer un certain malaise. Au même titre qu’un membre de la famille, le spectateur vit la même impuissance, et sens lui aussi que quelque chose est bloqué dans la gorge et ne parvient pas à passer. La confrontation est saisissante et le spectateur doit lui aussi endurer la scène – à la différence près que sa distance lui permet en plus de pouvoir savourer l’humour noir et corrosif de certains moments. Festen frappe fort dans le domaine de la destruction psychologique, tire joyeusement à boulets rouges sur la famille, des vieux aux plus jeunes, tous sexes confondus, s’attaque avec délectation aux consensus de groupe, aux silences tacites et à une poignée de valeurs hypocrites.

Les scènes sont tendues par cet instant paroxystique sorti du quotidien. Tout s’est passé très vite, il a suffi de peu de mots, de dévoiler le secret pour que tout dérape. Thomas Vinterberg cherche à se rapprocher du réel et parvient à en donner des accents, ce qui ajoute considérablement au trouble. Festen fait partie des précurseurs parmi les films utilisant des caméras DV, ce qui lui permet de suivre jusqu’au bout sa cohérence. Le réel n’est pas dans le réalisme le plus frappant de l’image mais dans les imperfections techniques qui subtilement dosées lui donnent parfois un aspect parfois proche d’un film amateur, comme un film de famille. Sauf que lorsque tout commence à dégénérer, la caméra n’est pas immédiatement rangée pour que seules les bonnes apparences transparaissent du film-souvenir qui sera conservé dans les archives de la famille. Elle continue à tourner, et avec une cruauté amusée enregistre la suite, la violence des vérités qui éclatent, les réactions des présents et leurs répliques cinglantes.

Festen - Dernière cigarette?

Le format de l’image et sa qualité peuvent dérouter le spectateur. C’est un peu moins le cas aujourd’hui puisque le nombre de films tournés en caméra numérique a augmenté et que nous sommes donc plus habitués à ce type d’image mais les imperfections peuvent encore décontenancer, surtout sur grand écran. Ce parti pris technique risqué se trouve en adéquation avec le propos et les intentions de Vinterberg. Il provoque une forme d’instabilité visuelle qui participe au ton brutal du film. Il n’est pas étonnant que Festen soit détesté ou admiré, et il en est sûrement mieux ainsi. Il aurait été dommage qu’il tombe dans un même consensus que celui qu’il a tant brocardé.

Références

  • Acteurs : Ulrich Thomsen, Thoma Bo Larsen, Henning Moritzen, Paprika Steen.
  • Année : 1998
  • Durée : 1h45
  • Pays : Danemark