Zhang Yimou Hero

Wu xia pian

Affiche de "Hero"

Note :
4/5
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Synopsis

Il y a 2000 ans, la Chine se divisait en sept royaumes qui se combattaient les uns les autres afin d’obtenir le pouvoir. Des sept, celui de Qin était le plus puissant. Il désirait plus que tout régner sur les six autres royaumes et était donc la cible d’assassins.  Trois d’entre eux, Ciel Etoilé, Flocon de Neige et Lame Brisée, sont particulièrement redoutables et agissent pour venger les morts causées par le roi Qin.  Ce dernier promet donc de grandes récompenses pour quiconque les éliminerait. C’est ainsi qu’un jour un dénommé Sans Nom se présente à lui en affirmant avoir tué les trois assassins, apportant leurs trois armes pour prouver ses dires. Le roi lui demande cependant de raconter en détail comment il a procédé pour agir…

Critique personnelle

Avec Hero, le réalisateur chinois Zhang Yimou s’aventure dans le domaine du wu xia pian : le film de sabre chinois. Auparavant, il a plutôt réalisé des oeuvres à portée politique et contestataire. Un contenu tout à fait absent de Hero, bien que certains spectateurs verraient l’idéal du roi Qin comme une apologie du totalitarisme. Mais il faut remettre l’histoire du film dans son contexte : il s’agit là de l’adaptation à l’écran d’une légende très ancienne, ancrée dans la culture chinoise et l’idéologie politique n’est en aucun cas le sujet principal.

Quel est-il alors? Qui dit film de sabre dit film d’action, diront certains. Ils seront bien déçus car Hero, ce n’est certainement pas un film d’action. C’est une grande fresque orientale, dépeignant les passions humaines avec un esthétisme poussé à son paroxysme.

Le film possède une grande minéralité, que ce soit par ses décors plutôt épurés ou ses personnages dignes même au plus fort de leurs passions. On est baigné tout entier dans la philosophie orientale, voire même dans une ambiance zen. Le calme,  la lenteur sont les maîtres de l’action. Le spectateur est invité à absorber chaque détail, qu’il soit sonore  ( son des gouttes d’eau qui tombent, sifflement des lames, souffle du vent, bruissement des feuilles mortes, cris des guerriers, pourtant empreints d’un étrange calme), visuel (gouttes d’eau ou de sang qui se détachent lentement, lenteur des gestes, parfaitement maîtrisés)… Contemplation et méditation, voilà les termes qui me viennent à l’esprit lorsque je regarde ce film. Ce sont tous ces petits détails, insignifiants en eux-mêmes, qui sont mis en valeur dans Hero et invitent à se poser, à observer tout avec chacun de ses sens (dans la limite offerte par le cinéma, bien entendu!).

Je disais que l’esthétisme était ici poussé très loin. Zhang Yimou ne s’est pas contenté de soigner décors, costumes et chorégraphie des combats. Il a également choisi d’attribuer une couleur dominante selon les versions du récit donné par Sans-Nom. Une couleur qui imprègne costume, décor mais aussi l’atmosphère toute entière. Rouge, bleu, vert et blanc se succèdent ainsi, et chacune de ces couleurs porte avec elle ses symboles. Le rouge pour la passion et le mensonge, le bleu pour la sérénité, le vert pour décrire le passé et l’idylle naissante, et enfin le blanc pour exprimer la vérité et, au-delà, la fidélité. Fidélité à la vérité des actes, des motivations, fidélité à ses convictions et à la personne aimée. A noter que le blanc, en Orient, est aussi synonyme de deuil. Ce qui n’est pas anodin compte tenu que plusieurs personnages trouveront la mort au cours de l’histoire et que Sans-Nom renoncera à l’une de ses convictions.

Les personnages ont tous des émotions retenues, pudiques même lorsqu’elles sont des plus intenses – en ce sens, il sont véritablement orientaux, le dernier cri de Flocon de neige étant l’expression ultime de son déchirement. De même, les combats sont empreints de cette retenue. Ils sont aériens, presque irréels, et il n’y a quasiment pas de sang ni de débordement de violence.  Mais quoi de plus logique? Le combat est un art (ne parle-t-on pas d’art martial pour certaines techniques de combat?) qui répond à des codes, tout comme la cour du roi Qin ou encore la calligraphie répondent aussi à des codes stricts. L’éloge de la beauté du geste n’est pas en reste, que ce soit via l’écriture chinoise ou les gestes lents et calculés des combattants.

Hero est un film profondément ancré dans l’esprit oriental. Amateurs d’action à tout crin, passez votre chemin. Ce film nécessite un certain état d’esprit pour pouvoir le visionner avec plaisir, et on en sort comme apaisé, baigné d’une douce torpeur. Un film atypique pour nous, occidentaux, mais dont la profonde beauté mérite le détour.

Le grain de sable

L’acteur Tony Leung, qui incarne Lame Brisée dans le film, a composé la chanson « Wind & Sand » en s’inspirant de Hero. Elle apparaît sur son album éponyme, et non dans la bande originale du film.

Références

  • Acteurs : Jet Li, Maggie Cheung, Zhang Ziyi
  • Année : 2003
  • Durée : 1h35
  • Genre : Drame historique
  • Pays : Chine, Hong-Kong