Enki Bilal Immortel (ad vitam)

Œuvre d'art intimiste

Note :
3/5
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Synopsis

Une pyramide dans le ciel d’un New York en 2095 qui n’est pas à sa place comme ne l’est pas non plus Jill, étrange jeune femme à la peau pâle et aux larmes bleues, qui intéresse particulièrement une puissante société pharmaceutique. On ne sait pas d’où elle vient tout comme on ne sait pas grand-chose de l’homme qu’elle rencontre, Nikopol. Prisonnier décongelé accidentellement, au passage possédé par le dieu Horus il a été dans le passé un fauteur de trouble contre le sénateur véreux qui dirige la ville.

Critique personnelle


Rapidement on entrevoit tout un monde riche qui mériterait de s’y attarder
; ce ne serait pas la première fois qu’Enki Bilal commente par le biais de ses univers futuristes notre propre société. Les expériences scientifiques, les affaires, la manipulation… les situations se prêtaient parfaitement à cet exercice qui pourtant n’est pas le propos principal du film. Dans un New York où les humains sont modifiés, le pouvoir corrompu et les relations fausses il n’y a rien pour se raccrocher. Ah si, une, l’amour. Naïveté ? Peut-être. Mais ne riez pas, l’idylle commence par un viol.

Exercice audacieux de l’adaptation dans lequel s’était lancé Enki Bilal en tentant de porter à l’écran sa propre trilogie Nikopol. Adaptation très attendue car les bandes dessinées de l’auteur rencontrent un important succès qui ne fait que se confirmer à chaque nouvelle parution – ce qui n’était pas le cas de ses deux précédents longs-métrages qui n’avaient pas déchaîné les foules.

Les fans avaient peur d’une simplification de la trame, qui était en effet impossible à faire tenir sans l’amputer sérieusement dans la durée moyenne d’un film. Avec Immortel (ad vitam), Bilal a réussi à éviter le piège de les décevoir en utilisant le principe de libre adaptation : on retrouve le trio qui fait le cœur de la trilogie ainsi que quelques personnages annexes mais l’intrigue a changé.

Immortel extrait1

Lorsque les premières informations ont filtré, presque tout le monde a eu peur de ce mélange entre acteurs réels et acteurs crées par images de synthèse qui avait été annoncé. Et même si on regrette certains personnages particulièrement ratés – notamment ce qui est sûrement un des monstres parmi les plus pathétiques de l’histoire du cinéma- le soin accordé aux voix a son importance pour les faire passer du statut de pixel à celui de personnage.

Ces acteurs synthétiques apportent un esprit différent qui renforce le côté artificiel du monde dans lequel évoluent Jill et Nikopol, contrastant ainsi avec la naissance d’un besoin de sincérité entre eux et le besoin de dépasser cette froideur environnante. Reste que le film risque de vieillir très vite, encore plus que les films précédents de Bilal qui ne se sont déjà pas éternisés.

Cela permet également au réalisateur de maîtriser toute la gamme des couleurs qu’il emploie car c’est un des aspect du film qui marque : le film baigne magnifiquement entre le bleu, le vert et le gris, ponctué de quelques touches de rouge vif. L’effet est très esthétique et contribue à la sensation d’entrer dans une atmosphère poétique unique et irréelle.

Cette atmosphère est à la fois un atout et un défaut : y entrer fait du film une œuvre à part, mais dans le cas contraire, les choix visuels peuvent rebuter, et il ne subsiste alors que le goût froid de plastique – et l’histoire en paraît alors horriblement niaise.

Immortel extrait2

Une autre peur fut de voir une ancienne miss France dans un des rôles principaux. Il n’y a rien à redire au jeu de Linda Hardy, c’est son partenaire Thomas Kretschmann qui de toute manière lui vole la vedette. Il est tout simplement formidable, et ne paraît nullement gêné par le fait de devoir donner la réplique à un personnage virtuel.

Il est l’homme tombé du ciel par hasard, inadapté face au monde et aux projets mégalomanes du dieu qui l’habite, à ne plus savoir en marcher droit. Il est tout à fait à l’image des héros d’Enki Bilal qui essayent de trouver leur place avec le peu de certitudes dont ils disposent, perdus au milieu de quelque chose qui les dépasse.

Ainsi le film laisse peu de place aux seconds rôles, pourtant convaincants dès que l’on écarte les plus ridicules. Même si on comprend la démarche de ne pas vouloir se disperser pour donner plus de poids à l’histoire de ce trio, on aurait aimé en savoir un peu plus sur John le mystérieux passeur ou Elma Turner, en scientifique trouble qui sont respectivement interprétés par Frédéric Pierrot et Charlotte Rampling.

Mais Immortel est l’histoire d’un trio, et malgré l’omniprésence des effets spéciaux lié au choix esthétique, c’est définitivement un film intimiste.

Références

  • Acteurs : Thomas Kretschmann, Linda Hardy, Charlotte Rampling, Yann Collette
  • Année : 2002
  • Durée : 1h42
  • Pays : France
  • Genre : Anticipation