Inland de Tariq Teguia

1 vote, average: 5,00 out of 51 vote, average: 5,00 out of 51 vote, average: 5,00 out of 51 vote, average: 5,00 out of 51 vote, average: 5,00 out of 5 (1 votes, average: 5,00 out of 5)
You need to be a registered member to rate this.
Loading...

Affiche Inland de Tariq Teguia

L’année dernière, un film sort, Rome plutôt que Vous, premier film de Tariq Teguia. Révélation. Exactement le film dont on a envie de parler et reparler, sans même savoir par où commencer au vu de la densité, des forces qui l’animent et se croisent. Cette année, Inland est une récidive, même acabit, avec sûrement une pointe d’ambition en plus. Alors il faut oser en dire un mot même en sachant que ce ne sera qu’une infime partie. Comme son prédécesseur, il n’a le droit qu’à une désespérante sortie confidentielle, quelques salles à peine sur le territoire. A priori la multiplication des copies n’est pas au programme, mais espérons qu’avec le soutien critique qui l’accompagne il pourra continuer à tourner, à durer comme l’avait fait Rome plutôt que Vous.

Synopsis

Malek, un topographe accepte une mission dans une zone isolée, meurtrie par des groupes armés qui ont terrorisé la région il y a à peine une dizaine d’années. Il commence les repérages et en rentrant au camp de base découvre une jeune femme. Elle parle à peine anglais, parle à peine tout court. Malek décide de l’emmener vers le Nord pour lui faire passer la frontière. Mais épuisée elle ne veut plus fuir vers l’Europe, et lui fait bifurquer, vers le désert.

Abdelkader Affak - Malek

Il est possible d’aborder Inland avec ce qu’avait laissé Rome plutôt que Vous, c’est à dire une admiration pour son sens des changements de rythme et surtout sa double entrée, entre l’Algérie contemporaine et esthétique contemporaine. La distinction entre un cinéma d’esthètes pour l’amour de l’art et un cinéma historique et politique, habituellement réaliste ne tient pas. Avec un sens visuel incroyable qui passe parfois par des flous, des tremblés ou de longs plans, Tariq Teguia dresse les cartes d’un pays, la corruption, son état de guerre incertain, ses populations, ses aspirations, la poésie ; manière de poser partout cette question, où on en est?

Inland donne l’impression de tranquillement prendre son temps pour s’installer, avant que l’on se rende compte qu’il l’était bien, et d’une jolie façon. Ne pas attendre que l’histoire commence véritablement puisque l’histoire est partout. Pendant certains plans il faudrait ne jamais cligner des yeux, pour les voir se développer, brassant le passé, l’état des choses, construisant des rapports. Une première image déjà dans le désert, une silhouette vague, mouvante, instable, qui va jusqu’à disparaître – de ce côté et à de fréquentes reprises, Inland est un véritable plaisir visuel, qui n’oublie jamais ses personnages, autre plaisir.
Du camp de base de la mission topographique déjà sur les rives du Sahara, les personnages vont plonger plus en avant dans le désert. C’est bien le désert, il y a tout ce qu’on veut y trouver : des migrants, des bergers, l’occasion de leur parler ; des travailleurs, l’occasion de les voir ; des musiciens pour une scène incroyable, à en rêver la nuit : et quand on ne rencontre plus personne ça tombe bien c’est pour l’amour.

Ines Rose Djakou

Le désert comme un carrefour non tracé sur la carte, au carrefour des populations et des lieux. La guerre larvée a laissé des ruines partout, des construction vides et les humains semblent toujours en mouvement. Tariq Teguia présentait Rome plutôt que Vous comme un portrait d’Alger « mais vu de dos ». Inland aussi fait preuve d’une certaine esthétique de l’envers, préférant l’arrière pays, la direction du désert plutôt que celle de la mer qu’il abandonne. L’envers c’est aussi se qui se passe si on retourne une image, qu’on découvre ses couches, ses racines. Quand on a un héros topographe, c’est comme un aveu : faire des repérages, creuser, tracer des lignes et les explorer. Appuyer de préférence les lignes de fuite, construire des rapports entre des zones parfois inattendues, profiter des changement de rythme, prendre le temps, et filer un film au gré des pistes.

Références

  • Acteurs : Abdelkader Affak, Ines Rose Djakou, Ahmed Benaïssa, Fethi Gharès, Kouider Medjahed.
  • Année : 2008
  • Durée : 2h18
  • Pays : Algérie-France

[rating:5]