Sean Penn Into the wild

Biopic au vert

Affiche de "Into the wild"

Note :
5/5
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Synopsis

Christopher McCandless, fraîchement diplômé de l’université, verse toutes ses économies à une association charitative et se lance dans l’aventure. Son rêve : vivre seul en Alaska, en pleine nature. Sa route sera parsemée de rencontres, de questionnements, d’embûches et de moments précieux.

Critique personnelle

Into the wild, c’est avant tout une histoire vraie. On ne peut pas parler du film sans commencer par le début, c’est-à-dire par l’histoire folle mais réelle de ce jeune homme parti réaliser son rêve en Alaska. Son histoire est relatée dans le livre de Jon Krakauer, intitulé en français Voyage au bout de la solitude (Presses de la cité, 2000), avant d’être réédité sous le titre Into the wild suite à la sortie du film. Jon Krakauer, qui est écrivain et alpiniste, a par ailleurs connu lui aussi l’expérience de la nature sauvage, ayant survécu à une tragique ascension de l’Everest.

A la fin des années 90, l’acteur-réalisteur Sean Penn, connu pour son investissement dans le cinéma indépendant, lit l’ouvrage de Jon Krakauer et décide d’en faire un film. Il faudra attendre 2007, soit près de dix ans, pour que ce projet voit le jour. La raison? Sean Penn désirait avoir l’accord de la famille de Christopher McCandless. Elle n’est d’ailleurs pas oubliée puisque remerciée dans le générique de fin.

J’ai visionné le film avant de lire l’ouvrage qui en a été la base. Très honnêtement, j’ai trouvé que l’adaptation de Sean Penn contenait beaucoup plus d’âme, d’émotion que l’ouvrage. Le réalisateur a ici livré un véritable chef-d’oeuvre! Quant à l’ouvrage en lui-même, il apporte quelques informations supplémentaires à qui voudrait tenter de mieux comprendre les motivations de Chris McCandless. Mais Into the Wild, le film, se place bien au-dessus. Il contient un véritable souffle, si bien que le spectateur ne peut rester indifférent face au destin du jeune homme.  Les critiques ne s’y sont pas trompées, le film ayant reçu  l’Environmental Media Awards en 2008 (feature film), le Gotham Award en 2007 (meilleur film), le Premier Prix du Festival de Rome en 2007 et d’autres récompenses.

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C’est aussi un film particulièrement riche. Un seul visionnage ne suffirait pas à appréhender le nombre de messages et de questionnements véhiculés. Ne serait-ce déjà que parce tous, je dis bien tous, les éléments du film apportent leur pierre à l’édifice. Ainsi la bande originale, composée par Eddie Vedder, a elle aussi quelque chose à dire. Sur les thèmes de la société et de ses dérives, de notre besoin totalement irrationnel de toujours posséder encore plus, etc… Il faut souligner que, dans la version française, un sous-titrage traduisant le propos des chansons lorsqu’elles se font entendre est présent. C’est dire si la musique a son importance!

Mais revenons au film. Into The Wild a été tourné en décors naturels dans son intégralité. Et cela se voit : on est littéralement transporté, envoûté, bouchée bée devant la splendeur des paysages. On reçoit en pleine face la beauté brute de la nature. L’environnement. Le rapport de l’homme à la Nature, avec un N majuscule. Voilà l’un des thèmes du film. A travers le rêve de Chris McCandless, qui est de vivre seul en Alaska, sans autres ressources que celles prodiguées par la nature, le film pousse le spectateur à s’interroger sur sa propre manière de vivre. Ne s’est-il pas trop éloigné de ses racines, de la terre-mère, à force d’être aliéné par la société de consommation? N’a-t-il pas trop oublié la grandeur de la nature, les bienfaits qu’elle lui apporte, sur le plan du corps comme de l’esprit?

Mais la Nature sauvage a ses lois. Celle du plus fort, notamment. Toute erreur, toute faiblesse, se paie impitoyablement. Chris McCandless en fera la tragique expérience… Mais son rapide passage dans la banlieue sordide d’une agglomération nous rappelle que nos propres jungles urbaines, dans lesquelles tout citadin se sentirait moins perdu que dans une forêt sauvage, possèdent aussi cette loi du plus fort.  Si la nature ne pardonne pas, dans les villes, c’est l’homme qui ne pardonne pas aux faibles, aux sans-argent.

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Comme on peut le voir, Into the wild incite à se poser beaucoup de questions sur notre place dans la société, sur la société elle-même, sur la nature. Des questions d’ordre plutôt « général ». Mais le film, au travers de Chris McCandless (qui, je le rappelle, a réellement vécu), pousse également à se poser des questions beaucoup plus intimes. Chris est issu d’une famille en apparence tout ce qu’il y a de plus banal, de plus heureux. Mais derrière le vernis se cache une famille aux lourds secrets.  Entre les disputes parfois extrêmement violentes des parents, et le précédent divorce du père, dans des circonstances troubles, Chris se sent perdu et surtout, trahi.  Si la vérité fait souvent mal, la cacher peut être pire.

La découverte du secret sera un véritable coup dur pour Chris. Sa démarche est donc, aussi, une fuite. Fuir ceux en qui ils avaient confiance et qui l’ont trahi en dissimulant la vérité. Fuir pour y voir plus clair. Mais aussi avancer dans sa quête de lui-même. Car la solitude, si souvent décriée dans notre société contemporaine, était célébrée comme une vertu par les ermites.  Et pour cause : comment avancer sur le chemin de la vie si nous ne savons rien de nous-mêmes? Comment pouvons-nous vivre sans trop de heurts dans notre société si nous n’avons pas pris la peine de nous connaître? Tout le long de sa route solitaire vers l’Alaska, Chris apprendra qui il est.

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Le rapport à l’autre a également une grande importance dans le film : au fil de ses rencontres, Chris s’enrichit et enrichit également les autres. Du fait de la brièveté de sa présence sur les lieux, un réel s’échange s’opère entre Chris et ses connaissances d’un jour. Le spectateur découvre ainsi la découverte de l’autre, l’échange dans sa véritable essence. Et aspire à des échanges plus vrais avec ceux qu’il côtoie quotidiennement. Dans notre société où tout va plus vite chaque jour, prenons-nous parfois le temps de nous arrêter pour échanger avec quelqu’un?

Into the wild, c’est un chef d’oeuvre d’émotions. On est tour à tour exalté et meurtri, et c’est le coeur serré que l’on assistera au dénouement. Chris McCandless est allé jusqu’au bout de son rêve et a beaucoup appris. A travers son parcours, le spectateur ressort en ayant lui aussi beaucoup appris, et surtout, en ayant appris à se poser les bonnes questions. Car si le film provoque un fourmillement de questions dans notre esprit, il n’apporte que peu de réponses. C’est à nous de les trouver, de nous-même, par la suite. Into the wild, c’est une invitation à se lancer sur notre propre chemin, à chercher nos propres réponses.

En un mot : Into the wild n’est pas que le récit initiatique de Chris McCandless. Il est aussi celui du spectateur. Pour qu’il devienne le véritable acteur de sa vie.

Ces mots de Jack London, dans Tales of Adventure, expriment tout à fait la pensée de Chris et la trace qu’il a laissée à travers Into the Wild :

I would rather be a superb meteor, every atom of me in magnificent glow, than a sleepy and permanent planet. The proper function of man is to live, not to exist.

Références

  • Acteurs : Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt
  • Année : 2007
  • Durée : 2h46
  • Genre: Drame
  • Pays: Etats-Unis