Jean Cocteau La Belle et la Bête

Conte fantastique

Affiche de « La Belle et la Bête » de Cocteau

Note :
4/5
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Synopsis

Quelque part en France, à l’époque où l’on écrivait des contes. Un veuf d’âge mûr, au bord de la faillite, a trois filles et un fils (plus le camarade de ce fils, qui ne le quitte guère). Les deux filles ainées, Adélaïde et Félicie, se font servir par leur cadette, Belle, comme par une servante ; quant aux deux garçons, ils ne sont pas bons à grand-chose.

Parti à la ville pour tenter d’arranger ces affaires, le père s’égare sur le chemin du retour dans les profondeurs d’une vaste forêt. Il y découvre un vaste palais enchanté déserté par le seigneur des lieux. Avant d’en repartir, il se remémore la promesse faite à sa fille Belle de lui ramener une rose. En ayant cueilli une dans le parc, il voit soudain apparaître le seigneur du palais, une bête vêtue en homme, qui le condamne à mort, puis accepte qu’il envoie, à sa place l’une de ses filles.

De retour chez lui, le père raconte sa mésaventure à ses enfants. Belle est décidée à prendre sa place et à honorer la promesse faite au monstre. Elle part en cachette sur le cheval magique prêté par la Bête, rejoindre le palais. Elle y est à son tour somptueusement accueillie, par une bête mi-sauvage, mi-civilisée, qui lui témoigne le plus grand respect et aussi le désir ardent de l’épouser. La Belle refuse, chaque jour, la demande en mariage qui lui est faite.

Critique personnelle

Qui n’a pas déjà vu l’affiche si connue représentant Jean Marais en bête, se penchant sur la très éthérée Josette Day ? Ce film a cela de particulier qu’il fait partie d’une avant-garde, c’est le premier du genre. Jean Cocteau est le premier à faire entrer le spectateur français dans le monde imaginaire du conte et de la féerie, à l’aide de nombreuses trouvailles et une bonne dose d’ingéniosité. On est bien loin de nos effets spéciaux, de nos toiles bleues si habituelles qui permettait de fondre nos héros dans des univers dépassant l’entendement, tout devait être maitrisé, le fantastique ne reposait sur rien de moins que la réalité. Ce film a été fait avec très peu de moyen à cause de la fin de la guerre (quand on dit très peu, ce sont des bâches noires dans un grenier !). Il a été tourné en grande partie dans des décors simples et épurés. La puissance évocatrice du film ne tient qu’au talent inouï du directeur de la photographie, Henri Alekan, et à l’héritage du clair obscur propre aux ambiances et décors des gravures du grand illustrateur français, Gustave Doré.

Les chandeliers de l'entrée

On retrouve notamment les escaliers tels qu’il les représente, par exemple dans la Belle au bois dormant, ou encore les banquets du Chat Botté. Doré est présent dans l’essence même du film… comme si ils avaient essayé de retranscrire une gravure en image cinématographique, en effet  il n’y a pas de flou ou de fondu dans la Belle et la Bête, Cocteau n’en voulait pas parce que pour lui il était synonyme d’imaginaire dans l’inconscient collectif et qu’il voulait en créer un nouveau.

Si Gustave Doré domine l’imaginaire du film, c’est Vermeer qui domine le réel. L’ambiance de la petite propriété du marchand est en effet celle des tableaux flamands, dans leurs costumes (les chapeaux en sont un exemple flagrant, de ceux en paille en passant par le drapé de celui de Belle), dans la décoration d’intérieur, ainsi que dans l’ambiance générale.

La différence entre le monde réel et le monde imaginaire du château de la bête est marqué par ces lumières changeantes, comme des écrans que doit passer le père pour pénétrer dans un univers plus lumineux et bien plus étrange. Il y a peu de dialogues, cela vient du fait que les deux protagonistes se voient peu. La journée Belle se promène, seule, dans la mystérieuse demeure. Quant à elle, la bête est l’incarnation même d’une solitude violente, contradictoire puisqu’à la fois volontaire (il a honte de son animalité) et involontaire (il est rejeté à cause de son physique). Il se traine, par tristesse commet des crimes, ce qui est visible puisqu’à chaque fois ses mains voir son corps entier dégage une âpre fumée.

La Belle et la Bête

Tout le film repose sur ces deux pôles, la Belle qui est l’image de l’innocence, de la beauté de l’âme alors que la bête incarne ainsi que les autres personnages, la part bestiale et horrible de l’âme humaine. Ce n’est sans doute pas anodin que dans la dernière scène deux personnages échangent leur visage.

Ce film est l’image d’une époque, bien sûr, mais par sa simplicité, l’ingéniosité de son traitement, ses images, il a un petit goût d’éternité. De nombreux films viendront après lui et s’en inspirons. Jean Cocteau a mis en place les balises d’un nouvel imaginaire d’après guerre et il n’est pas étonnant qu’il ait tant inspiré la version de Walt Disney qui lui doit les objets vivants et l’ambiance même du palais.

C’est un bijou du cinéma français à découvrir ou à redécouvrir, un diamant brut – Jean Cocteau utilise les coupures brutes entre ses plans, et ne s’embarrasse pas tellement des cohérences de lumières ou de la place d’un objet d’un plan à l’autre, mais comme tout l’univers semble vivre, cela n’étonne personne que Belle soit aussi lumineuse alors qu’elle se trouve sous un arbre. Elle rayonne, tout simplement.

L’enfance croit ce qu’on lui raconte et ne le met pas en doute.
Elle croit qu’une rose qu’on cueille peut attirer des drames dans une famille.
Elle croit que les mains d’une bête humaine se mettent à fumer et que cette bête en a honte lorsqu’une jeune fille habite sa maison.
Elle croit mille autres choses bien naïves.
C’est un peu de cette naïveté que je vous demande et, pour nous porter chance à tous, laissez-emoi vous dire quatre mots magiques, véritable « sésame ouvre-toi » de l’enfance : Il était une fois…
Jean Cocteau

La Belle et son miroir

Références

  • Acteurs: Josette Day, Jean Marais
  • Année : 29 Octobre 1946
  • Durée : 1h 36min
  • Genre: Fantastique
  • Pays: France