Jean Epstein La Chute de la Maison Usher

Fantastique

Note :
5/5
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Synopsis

Un vieil homme, Allan, est appelé par son ami Roderick Usher afin de soigner sa femme dont l’état de santé s’aggrave de jour en jour. L’idée de devoir l’accompagner au manoir qui s’élève, isolé, au milieu des étangs effraie les clients de l’auberge où il s’arrête pour demander une carriole. Il lui faudra ouvrir largement sa bourse pour décider quelqu’un de lui conduire… Une fois arrivé là-bas il découvre le train de vie solitaire du couple Roderick, sans autre occupation que les séances de pose imposée à Lady Madeline afin de finir son portrait, séances qui l’épuisent chaque fois un peu plus

Avis personnel

L’idée communément admise du cinéma expérimental est celle d’un cinéma plutôt allergique au récit, au scénario, bref à ce qui fait que la majorité de la production cinématographique passe son temps à raconter des histoires. Cette idée s’est principalement imposée après guerre avec les « grands » de l’expérimental, Deren, Brakhage, Anger, Lemaître… au point de parfois laisser échapper de la catégorie ceux qui n’avaient pas rompu aussi nettement avec l’envie de raconter – le caractère expérimental de plusieurs films de Jacques Rivette ou de Jean Eustache serait par exemple à creuser.

Pour ce qui était de la première avant-garde cinématographique, celle des années vingt et trente, la répartition est bien plus partagée : si des films comme le fameux Un Chien Andalou de Bunuel ou Rythmus 23 de Hans Richter poussent le récit à ses limites (le second poursuivant des recherches de formes abstraites et géométriques), les films de L’Herbier ou justement de Jean Epstein s’appuient au contraire énormément sur les histoires qu’ils racontent pour pousser le cinéma dans ses retranchements – et contribuer à lui donner une légitimité supplémentaire mais c’est une autre histoire de cinéma. Ainsi quand le premier adapte Zola, le second Poe et ce n’est ni au détriment des œuvres originales, ni des films.

La route qui mène à UsherLa Chute de la maison Usher est une superbe vision de cinéaste de deux nouvelles d’Edgar Poe réunies – celle du même nom et Le Portrait ovale – ou se produit ce basculement d’un fantastique sombre en magie lumineuse.

Jean Epstein utilise les possibilités techniques pour multiplier les effets visuels, usant abondamment des surimpressions et des flous pour tracer des figures tantôt brumeuses, tantôt évanescentes. Car contrairement aux éléments comme le faux décor de l’extérieur du château, ce genre d’effet ne vieillit pas et compose une imagerie claire obscure inquiétante, où le mouvement occupe une part déterminante.

Epstein développe une séduisante poétique des vitesses jouant du ralenti et de l’accéléré pour composer ces images et mener le film. Sur ce point La Glace à Trois Faces, autre de ses moyen-métrages (un format très agréable au passage), se faisait course de vitesse, télescopant les routes prises à toute allure et les histoires extraites de la mémoire du personnage – avec de loin en loin quelque chose à la Fitzgerald, élégant et desespéré.

Le montage de La Chute de la maison Usher est tout aussi travaillé, le film étant plus pictural, plus sombre et à la fois incompressible à la suite de tableaux : les surimpressions ne se limitent pas à un mélange ou même une transition entre deux images, ce serait sans compter le temps dans lequel les images se transforment.

Dans le traitement de la pellicule, les empreintes de la lumière ont parfois quelque chose d’un coup de pinceau fuyant, étalant une bande de jour magique. Étrange mélange des arts, le tout garde une ambiance très littéraire. Vitesses, durées, trajectoires, lumière, matières… peut-être faudrait-il décrire le cinéma d’Epstein comme machine alchimique, prête à ramener les morts, et pas uniquement chez Edar Allan Poe.

Surimpressions

Références

  • Acteurs : Jean Debucourt, Marguerite Gance, Charles Lamy, Fournez-Goffard
  • Année : 1928
  • Durée : 1H03
  • Genre: Fantastique
  • Pays: France