Michel Gondry La Science des Rêves

Histoire d'amour fou-fou

Affiche de « La Science des Rêves »

Note :
4/5
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Synopsis

Fraîchement débarqué à Paris pour travailler sans grande conviction dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu’il compense en rêvant. Pour échapper à cette réalité, le jeune homme s’invente une émission de télévision sur le rêve qu’il anime, force recettes excentriques et borborygmes, devant des caméras en carton.

Un jour, au détour d’un déménagement haut en couleurs, Stéphane rencontre Stéphanie, sa voisine, dont il tombe rapidement amoureux. Bien que Stéphanie soit d’abord charmée par les excentricités de ce garçon ayant plus d’un tour dans sa poche, la jeune femme se lasse et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire malgré tout, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l’imagination est reine: les rêves.

Critique personnelle

Dès les premières minutes, Stéphane (Gael Garcia Bernal) nous explique, depuis les locaux imaginaires de la non moins imaginaire « Stéphane TV », le dosage de chaque ingrédient qui constitue nos rêves. Comme si le spectateur lui-même était lentement en train de quitter le monde réel pour assister au plus imaginatif, saugrenu et poétique des films de 2006, bien vissé dans son fauteuil. On assiste alors à une histoire d’amour naissante, à haute teneur en romantisme – tantôt mutin, tantôt désespéré -, sublimée par des séquences d’animation image par image fantaisistes et dépaysantes.

Michel Gondry, Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg

Perçue par le héros, l’action alterne sans cesse entre ce qui lui semble être le réel – marqué par des collègues nonchalants et par la disparition récente de son père -, et ses rêves, dont on ne sait plus très bien s’ils se contentent de rester dans sa tête, ou bien s’ils ont en effet des répercussions sur le monde qui l’entoure. Ce qui frappe surtout, c’est l’aspect artisanal des séquences animées du film, qui contrastent avec la surcharge d’effets spéciaux à laquelle nous a habitués Hollywood. Ici, rien de tel: des papiers de bonbon translucides remplissent les baignoires et les lavabos; les caméras sont en carton et les nuages en coton; et le petit cheval si cher à Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), fort de son statut de jouet, finit par galoper devant ses yeux incrédules. Nageant nous aussi en plein bonheur, on croise également des pistes de ski en tissu et des pistes noires tracées d’un bout de laine colorée, des mains soudain hypertrophiées sous le coup de la colère, ou encore une curieuse machine à remonter – ou à avancer – le temps d’une seconde.

Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg

Bien sûr, la créativité inouïe de Michel Gondry se ressent à chaque instant, non seulement dans le scénario (l’histoire d’amour défiant le réel nous rappelle évidemment Eternal Sunshine of the Spotless Mind, toutefois sans aucune redite), mais bien sûr dans la mise en scène: la caméra de Gondry est libre, légère, suivant Stéphane nageant en plein délire, ou se faisant la complice de petits désordres amoureux au détour d’un escalier exigu, semblant alors flirter avec le format documentaire.

Mais « La Science des Rêves » ne serait pas aussi jouissif et divertissant s’il n’était pas porté par des acteurs en état de grâce, jouant de manière très fluide des situations ubuesques, et se jouant avant tout d’eux mêmes. On retrouve ainsi un Alain Chabat en pleine forme, s’amusant comme un petit fou en campant un personnage grossier et obsédé sexuel, dont certaines vannes ne sont pas sans rappeler l’humour des Nuls.

Charlotte Gainsbourg apporte une finesse et une grâce incroyables au film, tandis que Gael Garcia Bernal détourne avec beaucoup d’ironie et de candeur le rôle classique de jeune premier. Les seconds rôles eux aussi sont surprenants de justesse. L’histoire d’amour, de format classique, surprend et émoustille grâce à un subtil mélange entre scènes délirantes, rêves érotisants et retours à la réalité brutaux. Le tout magnifié par une bande son excellente, des décors uniques et une bonne humeur palpable.

Enfin, c’est le spectateur lui-même qui est invité à apprivoiser ses rêves et à ne rien regretter. Stéphane mènerait une vie fort ordinaire s’il n’avait ce petit excès d’ingéniosité, ce grain de folie, qui fait de sa vie un heureux amalgames entre rêve et réalité, fantasme et gueule de bois, amour fou et désespoir. On ressort de ce film grandi, émerveillé comme un enfant, reconsidérant avec le plus grand sérieux ces petits riens qui font de notre vie une vie pas tout à fait ordinaire, carpe diem à fond la caisse.

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