Guillermo Del Toro Le Labyrinthe de Pan

Fantastique

Coup de cœur de La Lune Mauve

Note :
5/5
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Synopsis

Dans l’Espagne franquiste de 1944, Ofelia et sa mère, enceinte, rejoignent le capitaine Vidal qui lutte contre une bande de maquisards qui se cache dans les montagnes. La petite Ofelia, férue de contes de fées, va vite découvrir un labyrinthe de pierre, au coeur duquel un puits dissimule un faune. Ce dernier lui annonce qu’elle pourrait être la princesse du monde souterrain, disparue depuis des siècles parmi les humains. Trois épreuves sont alors imposées à Ofelia pour confirmer son identité et lui permettre de retrouver ses véritables parents. Mais alors qu’Ofelia s’efforce de réussir ces terrifiantes et dangereuses épreuves, sa mère s’affaiblit de plus en plus, tandis que Vidal mène une guerre sanglante contre les maquisards…

Critique personnelle

En 2006, date de sortie du Labyrinthe de Pan, le réalisateur Guillermo del Toro est déjà bien connu des critiques comme du grand public. Il avait précédemment réalisé Mimic (1997), film fantastique horrifique, Blade II (2002), Hellboy (2004), tous deux adaptés de comics, mais surtout L’Echine du diable (2001), film fantastique dramatique qui se présente comme un dyptique avec Le Labyrinthe de Pan : tous deux ont pour cadre l’Espagne franquiste, lors de la guerre civile, et mettent en scène des enfants confrontés tant à cette période trouble qu’à des éléments surnaturels (un fantôme dans L’Echine du diable, des créatures féeriques inquiétantes dans Le Labyrinthe de Pan.).

L’Echine du diable avait été très bien accueilli et Le Labyrinthe de Pan poursuit la même voie, recevant de nombreuses récompenses aux Oscars (meilleure photographie, direction artistique et maquillage), à la cérémonie des Goyas (meilleur scénario original, meilleure révélation féminine, meilleurs effets spéciaux, entre autres) et plusieurs autres prix.

Il est difficile de classer Le Labyrinthe de Pan dans un genre car il se situe au croisement du film de guerre et du conte de fées. Film de guerre, car il évoque avec une réalité crue la guerre civile espagnole. Que ce soit par la figure de l’arrogant et cruel capitaine Vidal, franquiste, dont la froide violence est des plus terrifiantes, ou par celle Mercedes, jeune domestique du baraquement qui risque sa vie pour aider les rebelles, dont son frère fait partie.

La guerre montrée dans ce qu’elle a de plus terrible et de plus sanglant. Et au milieu de ce déluge de souffrances, de combats et de sang, se tient Ofelia. Ofelia, petite fille rêveuse au prénom prédestiné, perdue dans la cruauté d’un monde qu’elle ne comprend pas.

Elle n’a plus de père et son seul repère sûr est sa mère, hélas souffrante et faible. Alors elle se réfugie dans ses histoires de fées. Et quand le faune apparaît et lui dit qu’elle est peut-être la princesse du monde souterrain, elle voit d’abord dans cette hypothèse un moyen de fuir pour de bon le monde réel et son chaos plutôt qu’une véritable quête pour regagner son identité. Mais des épreuves lui sont imposées. Et c’est là que l’on se rend compte bien vite que même le monde féerique peut se montrer aussi sombre que le monde réel en proie à la guerre civile.

Ici, pas de fée gentillette et lumineuse, mais de gros insectes qui imitent la forme des fées. Pas de belle robe de princesse toute de joyaux brodée et immaculée, mais de la boue et des sortes de sangsues bien dodues. Pas de fée marraine, mais un faune au comportement ambigu, un peu inquiétant, guide d’Ofelia mais dont on ignore si l’on peut lui faire confiance ou non.

Les épreuves d’Ofelia sont terrifiantes, mais simples à accomplir si l’on en respecte les règles. Mais lors de la seconde épreuve, Ofelia découvre qu’elle doit plus se fier à son intuition qu’aux règles fixées, réussissant ainsi une partie de l’épreuve. Est-ce cette découverte qui l’incite à céder à la tentation du fruit interdit? Ou son caractère humain? Les privations de la guerre? Toujours est-il qu’elle mange du raisin de l’ogre endormi, réveillant ainsi le monstre. Ofelia a échoué et le faune en colère la condamne à demeurer à jamais sur Terre.

Monde féerique, monde humain, même noirceur, mêmes monstres terrifiants :  ogre pour l’un, le capitaine Vidal pour l’autre. Le monde féerique semble plus sûr que celui des hommes, empli du chaos de la guerre et où la violence peut frapper à tout moment sans prévenir. A cause de ces règles édictées. Mais quand on réalise que même ces règles comportent des pièges à déjouer, alors tout bascule dans l’obscurité : qui croire? Où aller pour trouver un monde meilleur?

L’histoire s’emballe et la fin tragique du film, que pourtant nous connaissions dès le début, dès la scène d’ouverture, arrive inéluctablement malgré notre fol espoir que cela s’arrange, tout comme Ofelia tente tout ce qu’elle peut pour améliorer l’état de sa mère, comme sa propre situation.

Hélas! La fin arrive telle que le début nous l’a présentée. Et libre ensuite au spectateur d’en interpréter le sens : Ofelia a-t-elle tout imaginé ou était-elle vraiment cette princesse du monde souterrain? Pour ma part, je penche pour la seconde interprétation.

Le Labyrinthe de Pan fait partie de ces films qu’on n’oublie pas. Il touche, il remue, il blesse, il laisse des ruisseaux de larmes sur nos joues, nos tripes nouées, notre coeur serré. Il nous hante des jours et des jours après son visionnage, la triste berceuse de Mercedes résonnant en nos têtes comme un chant funèbre. Film de guerre, oui, montrant le hideux visage de celle-ci, mais conte de fée aussi, l’aspect féerique sombre renforçant davantage la noirceur du monde réel, où une enfant tente de préserver son innocence. Un film magistral, joué merveilleusement bien par des acteurs habités par leur personnage, au point qu’à la fin, pour nous, c’est comme s’ils avaient existé.

Entrer dans ce labyrinthe, c’est en ressortir l’âme à nu, tremblante d’émotions. A moins que l’on y soit encore, perdu pour toujours.

Le grain de sable

Björk a composé le titre Pneumonia (album Volta, 2007) après avoir visionné Le Labyrinthe de Pan, qui l’a beaucoup émue, alors qu’elle souffrait d’une pneumonie.

Références

  • Acteurs : Ivana Baquero, Sergi López, Doug Jones
  • Année : 2006
  • Durée : 1h52
  • Pays : Espagne, Etats-Unis, Mexique