Alain Guiraudie Le Roi de l'évasion

Comédie

Note :
4/5
Note des Lunemauviens : 0 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 5 0 vote(s). Moyenne : 0,00 sur 5.
Loading...

Synopsis

Armand est en pleine crise de la quarantaine. Bon commercial pour vendre des tracteurs, trop même, à profiter du charme qu’il exerce auprès de ses clients, mais complètement largué. D’ordinaire Armand est homosexuel et plutôt porté vers les hommes mûrs. Sur sa route Curly, seize ans, plutôt déterminée, qui va se jeter sur lui. Ce qui n’arrange ni ses incertitudes sur le désir, ni ses rapports avec le père de celle-ci, un concurrent avec lequel il est plutôt en froid.

Avis personnel

Les films de quarantenaires en crise il en sort une flopée chaque année, c’est du tout vu. Les thèmes, les personnages, l’envie de « s’évader » ou de « changer d’air », et les conclusions plus stéréotypées et définitives tu meurs à là « c’est ça la vraie vie ». Donc à propos du dernier film d’Alain Guiraudie, actuellement en salle, d’emblée, une remarque s’impose : on a rarement vu ça. Il ne faut pas compter sur Le Roi de L’Evasion pour emprunter les lignes de fuites convenues et passer là où on l’attend. Son point de départ n’est pas une simple inversion de la situation, ou une sorte de coming out à l’envers. On est ailleurs.

Hafsia Herzi et Ludovic Berthillot

Ailleurs c’est le cinéma de Guiraudie, et donc un peu le sud-ouest qui y occupe une place de choix. Avant même que ce soit pour y faire l’amour, il y a un vrai plaisir des paysages à l’écran, qui n’est pas tant l’accumulation de belles images, plutôt dans la sensation d’être dans un lieu, dans une lumière, maintenant et sans métaphore – la nature n’est pas une femme, Guiraudie n’effleure pas même ce topos – son évasion n’est pas de se détourner, de dépasser, mais d’être là plus que jamais, et fort. Des bois, une rivière, des champs, quelques images d’Albi, de son centre ville, de sa périphérie, des paysages alentours, d’une aire de drague au bord de la route, le genre de monde semi-rural où le cinéma a peu l’habitude de s’aventurer, soit dans l’un soit dans l’autre ou l’un contre l’autre.

Là encore, et précisément là, on sent l’envie de faire la nique à la représentation habituelle de l’homosexualité au cinéma – et pas qu’ici d’ailleurs – comme phénomène urbain, avec de jeunes garçon cultivés, mignons et de classe moyenne au minimum, et face à ça les campagnes et les banlieues comme réservoirs à réacs. Puis insidieusement à la catégorie tout court, à l’idée du chacun à sa place et personne ne bouge. Même lorsqu’il y a deux phrases qui s’approcheraient un peu de la leçon de vie, ça n’a pas la prétention d’une conclusion définitive, c’est ni normatif ni platement hédoniste. La poursuite des deux amants par tout le monde, c’est même pas le cliché de l’amour contre la société, puisque l’amour est partout.

Le côté pilule du bonheur est assumé, ce n’est probablement pas pour rien que Guiraudie a glissé dans son film les dourougnes, culture fictive d’un paysan pour son usage personnel, entre l’herbe et les champis mais avec un sacré effet aphrodisiaque. Reprenant le goût du conte qui lui est familier, il peut jouer l’espace d’un rêve à comment la princesse peut s’échapper du donjon, c’est dire du grenier d’un magasin de tracteur, plein d’anciens jouets d’enfants. Le tout aidé par un garagiste troisième âge, un papi comme on en rencontre plusieurs, c’est à dire tout à fait déluré ; et sexué.

En mauvaise postureSi Le Roi de L’Evasion est une des meilleures comédies de l’année, c’est peut-être pour beaucoup parce que dans ce domaine aussi les coups sont durs à anticiper. Un certain nombre de gags fonctionnent l’air de rien dans l’enchaînement, sans qu’on les ait sentis s’avancer. Pour de nombreuses raisons qui précèdent on devine qu’il ne va pas être question de se marrer gratuitement sur les vieux, les pédés et les ploucs. L’amour de Guiraudie pour ses personnages, et surtout pour les seconds rôles n’y est pas étranger.

Il est impossible de ne pas dire un mot des deux acteurs principaux, et du couple dépareillé d’acteurs qu’ils forment. Une combinaison étrangère, de corps – âge, taille, jeu – qui ne va pas ensemble, et dont la part monstrueuse n’est pas éludée ; dimension hors norme, non correspondance et insolite du désir. Ne pas avoir peur de ce qui ne va pas ensemble ou ne semble pas évident. Le duo est le carburant rêvé pour cette course poursuite qui traverse le film, course folle et drôle d’histoire. Si ce couple est bien entendu le cœur du film, le personnage interprété par Ludovic Bethillot reste toutefois prédominant dans l’histoire.

C’est bien plus le réveil au désir par la jeune fille que l’éveil de celle-ci, déjà tout à fait éveillée. Hafsia Herzi, toujours à ses trousses, n’est jamais (que quelqu’un me corrige si je me trompe) dans une scène où il n’apparaît pas – pour éviter qu’elle vampirise complètement l’écran ? Malgré cela elle occupe dans le film une place immense, place qu’elle prend au vol et à toute allure, non sans un effet météorite.

Ceux qui l’avait vu briller dans La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche doivent se figurer la chose sans trop de difficulté. Hafsia Herzi est actuellement couverte d’éloge par tout le monde, et sur ce coup tout le monde a raison. Pareil pour le film de Guiraudie.

Références

  • Acteurs : Hafsia Herzi, Ludovic Berthillot, Luc Palun, Pascal Aubert.
  • Année : 2009
  • Durée : 1H37
  • Pays : France
  • Genre : Comédie