Robert Wise La Maison du diable

Terreur spectrale

Affiche du film "La maison du diable" de Robert Wise

Note :
4/5
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Synopsis

Hill House traîne une sinistre réputation, puisque la première femme de son constructeur et propriétaire mourut à peine entrée dans le parc, que sa seconde femme périt d’une chute dans l’escalier puis, plus tard, sa fille décéda de son grand âge, suivie peu après de sa dame de compagnie, qui se pendit. Des rumeurs disent même que la maison était maudite avant toutes ces morts.

Le Dr. Markway, qui s’intéresse vivement au surnaturel, décide de mener une expérience scientifique sur Hill House. Il convie des personnes triées sur le volet. Seules Theodora, qui possède un esprit clairvoyant, et Eleanor, jeune femme fragile, répondent à l’appel. Est également présent Luke, futur héritier de la maison et indécrottable sceptique face au surnaturel.

Le petit groupe va donc passer plusieurs jours et nuitées sous le toit de Hill House. Et cette dernière va très tôt révéler sa véritable nature…

Bande-annonce

http://www.youtube.com/watch?v=_DDOTyk6PE4

Critique personnelle

Robert Wise pourrait surprendre en tant que réalisateur d’un tel film d’épouvante. Et pour cause : l’un de ses plus célèbres films est West Side Story (1961), une comédie musicale inspirée de la pièce Roméo et Juliette de William Shakespeare. Mais le réalisateur avait déjà touché au film fantastique, avec La Malédiction des hommes-chats (1943), son tout premier film et suite de La Féline (1942) de Jacques Tourneur. Avec La Maison du diable, Robert Wise adapte le roman Maison hantée de Shirley Jackson, que Stephen King estime comme le meilleur exemple de ghost story. Shirley Jackson, réputée pour ses écrits gothiques et terrifiques, est également l’auteur de Nous avons toujours habité le château.

Les 4 cobayes de Hill House (La Maison du Diable, Robert Wise)

Mais revenons à La Maison du diable. Le film demeure assez fidèle à l’histoire d’origine, dans le sens où il exploite davantage l’aspect psychologique de la maison hantée plutôt que de verser dans des effets spéciaux à tout crin. C’est, d’ailleurs, un choix sage étant donné l’âge du film. Ainsi, il peut se visionner encore aujourd’hui sans avoir pris une ride, grâce à cette économie de moyens. Cela n’en reste pas moins efficace au niveau de la tension et de l’oppression, qui monteront crescendo tout au long du film. Le choix du noir et blanc participe également à l’ambiance du film. Ainsi, tous les plans de la maison nous montre une demeure à l’architecture tortueuse, fantasmatique, et à l’intérieur meublé de façon gothique, rococo, foisonnante. En couleurs, cela aurait sans doute provoqué le rire. En noir et blanc, cela donne véritablement une maison inquiétante, bizarre, excentrique.

Theodora (Claire Bloom) et Eleanor (Julie Harris) dans La Maison du diable de Robert Wise

Les personnages sont remarquablement bien campés par les acteurs, en particulier celui de Theodora (interprétée par Claire Bloom), femme quasiment médium et celui de Eleanor, interprétée par Julie Harris (actrice hélas décédée il y a quelques jours). Eleanor est, avec Hill House, le personnage phare du film. Après nous avoir présenté les événements dramatiques survenus à Hill House, puis le projet du Dr. Markway, c’est Eleanor que nous suivons. Nous pouvons même entendre ses pensées et, ainsi, découvrir la psyché de cette jeune femme fragilisée par une vie difficile. En effet, elle vit chez sa soeur après avoir perdu sa mère, qu’elle a soigné durant onze ans. Et le séjour à Hill House – dont elle ignore le terrible passé – équivaut pour elle à un nouveau départ, une nouvelle vie.

Aussi, lorsqu’elle est témoin la première, avec Theodora, des manifestations maléfiques de la maison, lui est-il difficile de décider de partir. Elle s’entêtera à rester jusqu’au bout, même lorsque, de toute évidence, il semble que la maison ait pris un ascendant sur elle et que les autres membres du groupe tentent de l’éloigner pour la sauver.

Hill House

Mais qu’en est-il de cette maison ? Pas un fantôme ne montrera le bout de son drap, pas un objet ne voltigera dans les airs. Non. À la place : coups assourdissants sur les murs et contre les portes, rires et pleurs inquiétants, boutons de porte qui semblent remuer et ces points où l’air devient glacé, sans raison. Point de grands effets, vous ai-je dit, et cela n’en rend la hantise de la maison que plus effrayante. Il n’empêche que la terreur des personnages, vite dépassés, la façon de filmer du réalisateur – noir et blanc, mouvements de caméra, gros plans sur des pièces calmes en apparences – et la bande-son forment un cocktail qui fonctionne et que le spectateur, s’il ne ressentira certes pas une terreur similaire à celle des personnages, sentira des frissons lui remonter le long de la colonne vertébrale et une certaine tension l’habiter. Le tout, jusqu’au final grandiose du film où il sera laissé perdu, à la frontière typique du genre fantastique : y avait-il bien quelque chose dans Hill House ou tout cela n’est-il né que de l’esprit torturé d’Eleanor ?

À cela nous laisserons l’auteur du roman d’origine répondre, par cette phrase que Stephen King reprit en citation dans son roman Salem :

Le silence régnait dans la demeure et l’être qui y marchait y marchait seul.

Le grain de sable

Certaines rumeurs disent que le château dans lequel fut tourné le film était réellement hanté.

Références

  • Acteurs : Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson
  • Année : 1963
  • Durée : 1 h 52
  • Pays : États-Unis, Royaume-Uni