Mike Nichols Wolf

Fantastique lupin

Affiche du film "Wolf" de Mike Nichols

Note :
5/5
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Synopsis

Will Randall est un éditeur new-yorkais en fin de carrière. Sa maison d’édition a été rachetée par un magnat de la finance, Raymond Alden, qui souhaite se séparer de l’éditeur, au profit du protégé de Will, Stewart, dont l’hypocrise n’égale que la longueur de ses dents rayant le parquet. Une nuit, sur une route de campagne, Will heurte un loup. Pensant l’animal mort, il le tire hors de la route mais le loup le mord et s’enfuit. Après une période de fièvre, de malaises et de fatigue, Will se sent renaître. Ses sens s’affûtent. L’éditeur à bout de souffle va trouver un regain de combativité et tomber sous le charme de la belle et rebelle fille d’Alden, Laura. Mais avec l’esprit du loup dans ses veines, ce n’est pas seulement un nouveau souffle de vie qui anime Will. Les instincts les plus sauvages du prédateur sont présents aussi…

Bande-annonce

Critique personnelle

Grande amatrice de la figure fantastique du loup-garou, je ne suis pourtant pas adepte des films d’horreur qui le mettent en scène. Et pour cause : le loup-garou y est souvent un monstre vecteur de sang et de terreur, sans plus de profondeur. Mais Wolf, réalisé par Mike Nichols, est différent. Avant ce film, le réalisateur a déjà un bon palmarès à son actif, dont des longs-métrages tournés avec de grands acteurs comme Dustin Hoffman (Le Lauréat, 1967), Meryl Streep et, déjà, Jack Nicholson (La Brûlure, 1985). Quand Wolf arrive, en 1994, le réalisateur retrouve donc le célèbre acteur de Shining (réalisé par Stanley Kubrick, 1980). Et il faut bien dire que l’acteur campe merveilleusement bien le rôle de cet homme victime de la fameuse métamorphose. Victime ? Pas seulement !

Will Randall (Jack Nicholson) dans Wolf

L’intérêt de Wolf réside principalement dans sa façon de prendre le mythe pour mieux dépeindre le rude milieu du travail, où les loups sont bien souvent des hommes. Ainsi de Stewart, prêt à tous les coups bas pour satisfaire son ambition démesurée. Will, quant à lui, ne se montrera plus combatif qu’après avoir été mordu, comme si la présence du loup en lui le poussait à faire valoir sa place, alors qu’auparavant l’éditeur semblait plus passif devant les événements. Par ailleurs, la personnalité de Will, bien que changée, demeure. Le spécialiste qu’il ira voir lui confirmera d’ailleurs que la présence du loup n’est en rien forcément signification de mauvaise. Seule une personnalité déjà mauvaise fera le lit d’une bête cruelle, ajoute-t-il. Une phrase qui trouvera exemple quand un autre loup fera son apparition. Un loup qui déjà, en tant qu’homme, ne reculait devant rien…

L’autre intérêt du film est le fait qu’il se concentre sur la transformation du personnage principal. Une transformation qui prend un bon mois – quelques plans sur la lune montrera ainsi où l’on en est dans ses phases. Et là, il faut saluer l’excellent jeu de Jack Nicholson, qui reprend mimiques, attitudes, postures de l’animal tapi en l’homme lorsque la bête se réveille tout juste et que la transformation n’est pas encore physique. Une métamorphose lente, qui laisse admirer la progression du loup en l’homme grâce au formidable jeu de l’acteur. Une métamorphose loin des transformations horrifiques des films d’horreur habituels. D’autant plus que, même durant les scènes violentes où Will laisse se déchaîner la bête en lui, c’est le prédateur dans son essence qui nous est montré. Un loup qui se défend, qui chasse, qui se bat pour demeurer chef de meute (en l’occurrence, éditeur en chef). Un loup qui séduit tout en effrayant, qui fascine.

Will (Jack Nicholson) et Laura (Michelle Pfeiffer) dans Wolf

La relation avec Laura Alden n’est pas non plus dénuée d’intérêt. Elle focalise l’attention et l’énergie de Will qui, par amour pour elle, tentera de museler le loup en lui avec l’aide du spécialiste. On notera aussi l’originalité du film qui indique que la transformation en loup-garou n’est pas seulement due à la morsure d’une bête, mais aussi à son amour.

Ainsi, dans Wolf, le loup-garou n’est pas un monstre. C’est un animal qui prend les traits de l’homme qu’il habite. Et si l’homme qu’il habite a déjà des penchants dominateurs et sans pitié, une fois celui-ci devenu loup, inutile de dire que là, c’est au monstre classique que nous avons affaire ! Mais un monstre d’autant plus terrifiant que c’est simplement sa personnalité qui est exacerbée. La scène où ce loup mauvais en question tente de violer Laura est encore plus terrifiante et glaçante que n’importe quelle scène gore de loup-garou déchaîné, en raison de cette fusion humain/loup.

Wolf offre donc une vision du mythe plus profonde que le fera un classique film d’horreur sur le sujet. Il propose une vue du loup-garou en tant que tel, c’est-à-dire en tant qu’être mi-homme, mi-loup. Avec tout ce que cela peut impliquer, de bien comme de mauvais. Il propose de voir notre société moderne comme pire que la vie sauvage que peut mener une bête. Au fond, Will est tout de même une victime. Mais pas du loup qui l’a mordu. Non, il est victime du monde impitoyable des hommes, de leur injustice, de leur soif de pouvoir et d’argent. Et l’on ne peut s’empêcher, au fond, de prendre fait et cause pour Will, malgré le loup en lui, malgré ses instincts sanglants de prédateur.

Will Randall (Jack Nicholson, dans Wolf)

Le grain de sable

Il est amusant de constater que Michelle Pfeiffer, qui incarne dans Wolf la femme qui s’éprend de Will devenu loup-garou, a joué auparavant le rôle d’Isabeau dont l’amant se transforme la nuit en loup, à cause d’une malédiction (Ladyhawke de Richard Donner, 1985).

Références

  • Acteurs : Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer, James Spader
  • Année : 1994
  • Durée : 2h05
  • Pays : États-Unis