Robin Hardy The Wicker Man

Film de cultes

Note :
5/5
Note des Lunemauviens : 2 votes, average: 4,50 out of 52 votes, average: 4,50 out of 52 votes, average: 4,50 out of 52 votes, average: 4,50 out of 52 votes, average: 4,50 out of 5 2 vote(s). Moyenne : 4,50 sur 5.
Loading...

Synopsis

Le très catholique sergent Howie reçoit un jour une lettre anonyme, l’informant de la disparition d’une fillette sur l’île de Summerisle. Il part enquêter et découvre un peuple entièrement dévoué au paganisme. Choqué dans sa foi, il se heurte ensuite aux habitants qui disent ne pas connaître la disparue. Il est pourtant bien décidé à percer ce mystère, et ce quoi qu’il en coûte…

Bande-annonce

Critique personnelle

Il y a parfois des mots dont le sens se dilue, à force d’être utilisés à tort et à travers. Parmi eux, l’adjectif « culte » est sans doute celui qui a le plus perdu de son âme. De nos jours, certains films tout juste sortis sont déjà qualifiés de cultes par quelques fanboys et fangirls un peu excessifs.

Il n’est cependant jamais trop tard pour redonner leur véritable sens aux mots. Par exemple, en parlant d’un vrai film culte, dont on parle encore aujourd’hui, qui influence les artistes de la scène dark (voir Le grain de sable), et qui fût le sujet de livres et documentaires. Et en expliquant pourquoi il mérite vraiment cet adjectif.

Il est mystérieux. The Wicker Man naît d’une idée simple : quelque part en Europe, une communauté vénère encore les dieux anciens, qui furent chassés par les monothéismes. D’emblée, cette idée appelle de nombreux fantasmes chez le spectateur. Comment vivent ces gens ? Que croient-ils vraiment ? Vivent-ils en reclus, coupés de la modernité ? Et surtout : ont-ils des coutumes bizarres ?

Christopher Lee est Lord Summerisle dans The Wicker Man

Toutes les micro-sociétés vivant en marge du monde suscitent une grande curiosité, mêlée de méfiance et d’appréhension. Les Amish, l’Opus Dei, les Mormons dans certains aspects, et tant d’autres groupes comme les franc-maçons. Ici, les derniers païens de l’ère moderne vivent sur une île, ce qui accroît le mystère, et comble du bizarre, une fille que personne ne semble connaître y aurait disparu. De plus, rien ne semble pouvoir se faire sans l’aval d’un maître omnipotent, au mépris des pouvoirs de la police.

Il est religieux. Les scènes mystérieuses qui se succèdent à l’arrivée du sergent Howie ne font pas qu’intriguer le spectateur : elles troublent aussi la foi rigide du bon chrétien. Lorsque Lord Summerisle et le sergent se rencontrent, on assiste à un véritable affrontement théologique. Et l’arrogance d’Howie provoque bien vite, chez le spectateur, un attachement pour les habitants de l’île bons vivants et sans tabous.

Cependant, méfiez-vous. Sur cette île où rien n’est comme ailleurs, les apparences sont trompeuses. Tout le monde se fait balader, le spectateur en premier. Témoin du choc des croyances, il sortira de là perdu et bousculé. Sans révéler le fin mot de l’histoire, disons que ce film qui nous caresse d’abord avec douceur prend brutalement à rebrousse-poil. Et qu’on finit tout ébouriffé, ne sachant plus quoi penser…

La charmante Willow représente la tentation pour le très pieux Howie

Il est sexuel. Difficile pour un croyant très rigide comme le sergent Howie d’accepter l’obscénité des habitant(e)s de Summerisle. Dès son premier jour sur l’île, il n’y voit que chansons cochonnes et indécence en public. Le sexe et la nudité sont très présents, et l’on apprend même aux enfants la danse de la fertilité. Tout en dansant en rond autour d’un piquet de bois droit comme un I, allégorie du sexe masculin, ils chantent ces paroles :

And on that bed there was a girl
(Sur ce lit, il y avait une fille)
And on that girl there was a man
(Sur cette fille, un homme)
And from that man there was a seed
(De cet homme, une graine)
And from that seed there was a boy
(De cette graine, un garçon)
And from that boy there was a man
(De ce garçon, un homme)
And for that man there was a grave
(De cet homme, une tombe)
From that grave there grew a tree
(Et sur cette tombe poussait un arbre)

Cette chanson apprend aux enfants l’éternel renouvellement de la vie, le cycle de la vie et de la mort : un arbre pousse, sur lequel se pose un oiseau, dont les plumes feront le lit où s’allongera le couple amoureux. Une fois mort et enterré, l’homme verra pousser sur sa tombe un nouvel arbre sur lequel se posera un nouvel oiseau… C’en est déjà trop pour Howie, mais le pauvre n’est pas au bout de ses surprises.

Des jeunes femmes nues pratiquent un rite de fertilité

A la taverne de Summerisle, les habitants entonnent une chanson à la gloire de la charmante fille du maître de l’île, Willow.

And, when her name is mentioned
(Et quand son nom est cité)
The parts of every gentleman
(Les membres de tout homme qui se respecte)
Do stand up at attention
(Se lèvent pour prêter attention)

Et quand un jeune homme est emmené auprès de Willow pour qu’elle s’occupe de son éveil sexuel, on entend chanter ceci :

I put my hand all on her breast
(Je pose ma main sur son sein)
She says do you want to be kissed ?
(Elle me demande si je veux un baiser)
I put my hand all on her thigh
(Je mets ma main sur sa cuisse)
She says do you want to try ?
(Elle me dit, veux-tu essayer ?)
I put my hand all on her belly
(Je mets ma main sur son ventre)
She says do you want to fill ‘ee ?
(Elle me dit, veux-tu m’emplir ?)

Le sergent Howie veut re-christianiser Summerisle

Sa bande-son est magique. Paul Giovanni n’avait jamais composé de bande originale de film avant de travailler sur The Wicker Man. C’est peu de dire que pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. Les chansons sont le coeur du film, le symbole de la joie de vivre des habitants de Summerisle, et l’occasion de mettre en scène leur esprit potache et leurs coutumes.

Les instrumentaux sont tout aussi réussis, et confèrent au film cette ambiance passéiste et champêtre, à mi-chemin entre une communauté hippie et un ordre religieux ancien. Malgré tout, c’est la modernité qui vous permet aujourd’hui d’écouter cette musique délicieuse sur Spotify, en suivant ce lien.

Il s’est fait difficilement. Après deux mois d’un tournage difficile dans le froid de l’automne, la nouvelle tombe : les distributeurs veulent amputer le film de plusieurs passages. Le staff est déçu, mais le film sort quand même en version courte, longue de 88 minutes. Satisfait malgré tout, Christopher Lee demande quand même aux distributeurs ce qu’il est advenu des bobines coupées. Et la, stupeur : les négatifs ont disparu, emportés par un camion de déménagement !

La sortie du film fut également très particulière. Pas de publicité, pas de presse : il a fallu tout faire soi-même. Christopher Lee, encore lui, poussa les journalistes à aller le voir, proposant même de payer leur place. Et petit à petit, ce film que toute l’équipe pensait maudit s’est fait un nom et a été acclamé par la critique.

Les habitants de Summerisle pratiquent une danse étrange

Actuellement, un DVD Canal + présente une version très proche de la version longue (96 minutes pour 99 minutes). Les scènes coupées ont été extraites d’une copie en mauvais état, et jurent donc dans le montage final. Cependant, ce côté film maudit, sauvé des coups de ciseaux par des copies providentielles, et porté tout entier à sa sortie par ses acteurs (dont certains n’étaient pas payés), confère à The Wicker Man l’aura qui entoure les oeuvres cultes.

Le grain de sable

La chanson de Willow a été reprise par le groupe de dark folk Nature & Organisation, créé par Michael Cashmore, sur l’album Beauty reaps the blood of solitude (1994). Le chant est assuré par Rose McDowall, ancienne membre de Strawberry Switchblade et collaboratrice régulière des groupes de dark folk les plus fameux, de Death in June à Current 93. Le groupe Faith & the Muse a également repris le morceau.

Références

  • The Wicker Man, 1973
  • Réalisateur : Robin Hardy
  • Scénario : Anthony Shaffer
  • Distribution : Christopher Lee (Lord Summerisle), Edward Woodward (Sergent Howie), Britt Ekland (Willow)
  • Musique : Paul Giovanni