Serbis de Brillante Mendoza

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Affiche de Serbis

Synopsis

Un cinéma d’Angeles qui projette des films érotiques et répond au nom de Family, géré en famille par les Pineda et tout particulièrement par ses femmes ; les habitants, les clients, les occupations de chacun, leurs histoires, et celles sur lesquelles on ferme les yeux ; une journée, les Philippines, les allers et venues, et la prostitution.

Critique personnelle

Un lieu comme un programme : un cinéma avec tout ce qui peut graviter autour, à la fois maison et lieu de rencontres, de passage comme de passes. Une ambiance interlope évoquant les cinémas permanents qui hantent une certaine littérature américaine, ceux où l’obscurité rend tout possible – la chaleur des Philippines en plus – ou encore une idée warholienne du cinéma où le film compte moins que la salle, parce que c’est là que sont les acteurs. Parti comme ça il y a le risque du cliché trash, du faire joli en s’encanaillant un peu et sans risque. Lorsque Brillante Mendoza filme dans le noir les gosses alignés contre le mur avec le foyer incandescent de leurs cigarettes qui brille tandis que se chuchotent les propositions, ça peut passer pour une des plus belles esthétisation de la prostitution.

Serbis Le Family

Serbis est un film superbe, navigant des tons chauds aux ombres bleutées et avec des personnages hauts en couleurs. Une belle gueule en vidéo parce que dans le cinéma Philippin d’aujourd’hui c’est ainsi que s’énonce la liberté, avec un hommage pour la pellicule, la vraie. Pourtant dans tous ces aspects, là où il ne pourrait y avoir que fantasmes, stéréotypes, hommages, tout est battu en brèche. L’indistinction première du cinéma comme maison et lieu public, entre qui est de la famille et qui ne l’est pas marque tout le film d’une ambiguïté riche en possibilité, qui permet de dépasser rôles, catégories, attentes. La distribution des rôles – figure du client, de l’adolescente, de l’épouse… – qui semblait s’installer clairement déborde. Qui est le client, qui paye ; quels liens entre les personnages, quelles identités. Il suffit d’une poursuite qui interrompt les embrassades, d’une adolescente qui devient femme mais ne l’est pas encore, d’une mère au détour d’un regard se retrouve aux croisements de lignes sentimentales ou sexuelles… de légers déplacements ou d’un changement de rythme et les identités et catégories ne coïncident plus. Passer un coup de peinture pour recouvrir les graffitis, n’est qu’une couche de plus, qui dissimule à peine les strates et offre une page blanche aux prochaines inscriptions. Royaume des signes, royaume des sens.

La part des corps est largement prépondérante dans la manière dont Brillante Mendoza parvient à donner une certaine consistance au film, une dimension manuelle, tactile. D’un côté des corps, irréductibles et perpétuellement traversés, corps désirés, corps en transformation, corps hygiénique ou malade – attention pour les sensibles, furoncles – ou corps au travail. De l’autre le cinéma autour duquel les situations s’ordonnent, ses escaliers et ses couloirs qui gagnent quelque chose de tout aussi organique, décor et personnage à part entière sinon le premier où tout est possible, tout sauf obéir au commandement négligemment accroché sur une colonne « Ne pas traîner ici ».

La grand-mère

Avec un tel sujet, un tel lieu, on présume que tôt ou tard on aura la petite image réflexive cinéma-voyeurisme. Serbis commence par un premier corps découvert au travers d’un petit garçon dans l’embrasure de la porte qui va tout cafter. Ca c’est fait. Les images obscènes croisées dans le film de Mendoza sont parfois vues entre deux portes sans pour autant posséder un caractère outrageusement libidineux. Ou comment à l’écran un nettoyage de toilettes peut être plus frappant qu’un sexe. Serbis est un film moite, menacé d’étouffement à de nombreuses occasions sans son habilité à rompre l’attendu et à changer de rythme – rien que ce dernier point suffirait à le distinguer de Goodbye Dragon Inn de Tsai Ming-Liang auquel il a été si souvent comparé. Emporté par sa chaleur et ses plus turbulents personnages il y a de quoi en sauter, comme une chèvre.

Références

  • Acteurs : Gina Pareño, Jaclyn Jose, Julio Diaz, Coco Martin, Mercedes Cabral, Roxanne Jordan.
  • Année : 2008
  • Durée : 1h33
  • Pays : Philippines

[rating:4]