Christopher Nolan The Dark Knight

Bat polar

Coup de cœur de La Lune Mauve

Affiche de « The Dark Knight »

Note :
5/5
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Synopsis

À Gotham City, Bruce Wayne, sous le masque de Batman, poursuit sa lutte contre la criminalité organisée. Il s’associe avec son ami le Lieutenant Jim Gordon et avec le nouveau procureur de la ville, le très apprécié Harvey Dent, pour frapper un grand coup. Mais alors que l’entreprise semble porter ses fruits, une force nouvelle et incontrôlable se dresse face à lui : Le Joker, trublion énigmatique au visage grimé.

Déstabilisé par le personnage, Batman voit sa ville sombrer dans l’anarchie…

Critique personnelle

The Dark Knight de Christopher Nolan

Que les fans de la BD éponyme de Frank Miller se rassurent : The Dark Knight n’est pas une adaptation. Tout au plus y trouvons nous quelques références à l’œuvre papier, ainsi qu’à d’autres albums de la franchise. Non, The Dark Knight est la continuation de Batman Begins, retour aux sources entamé par le réalisateur Christopher Nolan  en 2006. Ceci étant précisé, laissez-moi vous parler un peu de cette pertinente dissertation cinématographique sur le thème de Batman…

En 2006, Nolan nous laisse sur une bonne impression et remplis de pas mal d’attentes. Il met le Bronx dans Gotham et impose l’ombre de son justicier, avant de lui péter sa maison (qu’il avait fort bien située). Après un détour réussi au pays de l’illusion (The Prestige, 2007), dans lequel il retrouve les acteurs Bale et Caine, il nous livre donc la suite de son histoire, et là… Changement radical d’ambiance. Surprise déroutante et empoisonnée. Le film trouble. Le film est complexe. Mais surtout : le film ose des infidélités à l’imagerie du mythe. Où sont les nuées de chauve-souris qui nous ont fait trembler dans Batman Begins ? Quid de l’architecture gothico-tech et des partis pris visuels qui créaient l’identité de la ville? Où est Gotham ?! Nowhere… Everywhere ! Nolan fait là un truc que l’on n’attendait pas : il gomme tous les clichés visuels de la saga pour n’en garder que l’essentiel : les personnages. Ce faisant, il se rapproche d’une façon inédite de l’univers de Batman, l’extirpant de sa bulle auto contemplative de super-héros-carton-pâte pour en extraire la substance de vérité. Gotham n’est que les figures qui la hantent. Batman, Joker, Double-Face, voilà l’intérêt. Des symboles dans une métaphore. Le reste est décorum. Il s’agit donc d’un film de héros humains (bien que super) dont l’action pourrait se situer dans n’importe quelle grande ville.

The Dark Knight surprend aussi par sa forme narrative. C’est un polar ! Un polar extrêmement bien ficelé, extrêmement tendu, et ancré dans le réel, qui nous absorbe immédiatement grâce à une scène d’ouverture diablement efficace, millimétrée et perverse. C’est Le Joker qui ouvre le show, et cela en dit pas mal sur le propos du film. S’en suit une série d’évènements –passages portés par différents héros- imbriquées les uns dans les autres, enchaînés avec maestria pour former un tout riche en contenu : en action, en suspens, et surtout en noirceur. Oui The Dark Knight est un film noir, très. Une descente à la cave qui ne manque pas de mettre mal à l’aise.

The Dark Knight de Christopher Nolan

Les critiques n’ont évidement pas manqué de saluer la prestation de Heath Ledger dans le rôle du bouffon violet: il est impossible de ne pas le faire tant l’acteur se livre à un jeu époustouflant. Il s’est, dit-on, si bien plongé dans l’esprit du Joker qu’il en est resté marqué jusqu’à sa mort prématurée en janvier 2008 –décès qui infuse après coup la pellicule de The Dark Knight. Autour de lui, les acteurs sont tout aussi remarquables et le film bénéficie d’une distribution habitée. Pas une seule seconde nous ne doutons de la réalité des personnages. Aaron Eckart campe un Harvey Two-face aussi crédible dans sa montée vers la lumière que dans sa descente aux enfers.

Christian Bale, quant à lui, se fond dans son costume en kevlar et nous touche d’autant plus quand il quitte le masque de Batman pour apparaître fatigué et tourmenté. La dialectique des deux chevaliers qui tient le film de bout en bout est un moteur propice à une réflexion très intéressante sur l’image des personnages publics –réflexion enrichie par l’utilisation des médias à l’intérieur (et à l’extérieur) du film, et par le personnage du Joker. Au-delà de thèmes universels, le film peint un portrait de Batman d’une justesse rare, un Batman au crépuscule de ses jours les plus sombres.

Si Batman semble en retrait, c’est parce que Bruce entrevoit l’espoir de changer de vie, de céder sa place à un être solaire qui mènera son combat probablement mieux que lui qui pense tellement avoir fait les mauvais choix. Mais entre ces deux héros à l’aura si différente se glisse un personnage insaisissable, une énigme tragique et comique à la fureur inexplicable. Le Joker abolit presque tout espoir et précipite Batman vers le destin auquel il voulait échapper. Vers une voie secrète et douloureuse de l’héroïsme que la franchise crée par Bob Kane incarne comme nul autre.

The Dark Knight de Christopher Nolan

Les thèmes abordés sont nombreux et traités avec finesse au milieu de cette folie anarchique qui apparaît comme une scène de théâtre où le Joker se fait montreur autant que déclencheur. L’image est belle, la réalisation glisse toute seule, et la musique colle au propos de façon impeccable. J’ai aimé The Dark Knight, j’y suis revenue bon gré et mal gré, vivant le film en fascination, en jouissance comme en souffrance, faisant le tour de mes failles, de mes obsessions comme de mes valeurs intransigeantes. A l’issue de ces deux heures trente qui s’achèvent sur un monologue magnifique du bien aimé Gordon (Gary Oldman, toujours aussi touchant), je me retrouve hantée à mon tour, saisie par les questions soulevées, nourrie par le combat du chevalier noir. Aucun film, tous genres confondus ne m’a fait cela depuis V pour Vendetta. Je suis une vraie fane de Batman –je le suis depuis que je suis en âge de parcourir une BD ou de regarder un film- malgré tout, l’esthétique de Gotham (stigmatisé par Tim Burton ne l’oublions pas) ne m’a pas manqué dans cet opus car je pense que Gotham réside en nous et revêt autant de visages qu’elle abrite de héros malchanceux.

Comme celui des contes de fées, l’univers des super héros est une déformation et une extrapolation de caractéristiques humaines sous la forme de symboles qui agissent à un niveau subconscient. C’est un outil d’expression immense que les auteurs d’aujourd’hui ont bien intégré, et que Christopher Nolan a su utiliser dans Batman Begins et surtout dans The Dark Knight pour pointer du doigt les travers de la société. Il nous livre deux réécritures différentes et complémentaires de l’univers de comics le plus riche et le plus beau jamais crée, univers qui se doit de sortir aujourd’hui d’une image figée et vieillotte pour transmettre de plus grands messages. De se mouvoir sans jamais se trahir pour toucher plus profondément. The Dark Knight réussit là où tous les films de super héros du moment échouent. En s’ouvrant sur le monde, il passe de « bon film » à « chef d’œuvre immense » capable de hanter autant les acteurs qui l’interprètent que les hommes et les femmes qui le regardent. S’il pèche par excès de technologie (surtout vers la fin), il est une promesse incroyable injectée en nos cœurs, et probablement un hymne aux sacrifices silencieux garants de l’équilibre du monde. Chapeau bas monsieur Nolan !

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Références

  • Action – Drame – Polar
  • Année 2008
  • Avec : Christian Bale, Heath Ledger, Gary Oldman, Aaron Eckart, Michael Caine, Maggie Gyllenhaal, et Morgan Freeman
  • Scénario de : Jonathan et Christopher Nolan, d’après les personnages crées par Bob Kane (DC Comics)
  • Musique : James Newton Howard et Hanz Zimmer
  • 2 h 27
  • Etats-Unis