Tim Burton Batman le défi

« Bat » conte gothique

Coup de cœur de La Lune Mauve

Affiche de « Batman le défi »

Note :
5/5
Note des Lunemauviens : 2 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 52 votes, average: 5,00 out of 5 2 vote(s). Moyenne : 5,00 sur 5.
Loading...

Synopsis

À peine né, Oswald Cobblepot est abandonné dans les égouts de Gotham City parce qu’il est difforme. Devenu adulte, il ressurgit sous le nom du Pingouin et prend plaisir à semer la terreur, accompagné de sa bande de malfrats, des saltimbanques effrayants. Afin de mieux frapper la ville de Gotham, il décide de s’associer à Max Shreck, un vil magnat des affaires projetant la construction d’une centrale d’énergie.

Batman va donc devoir s’opposer à ces deux ennemis, mais un autre personnage s’introduit dans l’équation : Catwoman, électron libre et félin qui fut la secrétaire timide de Max Shreck avant que celui-ci ne la tue… Mais comme tout bon chat, Catwoman est revenue à la vie, en disposant de huit autres. Et si elle semble attirée par l’homme chauve-souris, lui aussi étant sous le charme, elle n’en fait cependant qu’à sa tête.

Batman saura-t-il relever le défi lancé par ces ennemis et ramener la paix dans Gotham ?

Bande-annonce

http://www.youtube.com/watch?v=n8WdklPpu_o

Critique personnelle

Batman le défi n’est pas la première incursion du réalisateur Tim Burton dans l’univers de l’homme chauve-souris. Il a auparavant sorti, en 1989, un Batman dans lequel le héros éponyme était confronté au Joker interprété de façon époustouflante par un Jack Nicholson en très grande forme. Batman y était incarné par Michael Keaton, que l’on retrouve dans ce second volet des aventures de l’homme chauve-souris, sauce Tim Burton.

Il est d’ailleurs regrettable que l’acteur, très bon au demeurant, ressemble à un animateur français bien connu, mais, fort heureusement, son talent lui permet de nous faire vite oublier cet instant de flottement ! Tim Burton, qui a déjà eu l’occasion d’asseoir sa réputation grâce à Beetlejuice (1988) et Edward aux mains d’argent (1990), s’étant vu commandé un nouveau Batman, nous propose donc un film qui restera dans les annales. Et pour cause !

Bruce Wayne est Batman (Michael Keaton) dans Batman le défi

Tout d’abord, le film porte une empreinte burtonienne indéniable : dès le générique, entre les flocons dansant dans la nuit et le zoo où les sculptures des animaux, tordues, noires et presque fantastiques, le tout porté par la musique de Danny Elfman, le spectateur qui connaît le réalisateur se sent en territoire familier.

L’esthétique du film dans son ensemble porte cette même empreinte visuelle caractéristique de Tim Burton. Les comparses du Pingouin, tous issus du cirque, utilisent du matériel bariolé, semblables à des jouets, des sucreries et autres objets enfantins détournés pour semer la destruction. Là encore, on ressent l’univers du réalisateur. Les tours de Gotham, le costume de Catwoman fait de pièces de cuir cousues de gros fil blanc… mais cette empreinte forte ne porte aucun préjudice à l’univers de Batman, au contraire, les deux se complètent fort bien !

L’aspect « conte gothique » apporté par Tim Burton souligne la noirceur qui habite Gotham et son héros, la tristesse de la solitude de Batman, le côté presque schizophrénique de sa double identité, la folie des malfrats qui agissent dans l’ombre des rues.

La façon dont sont traités les personnages témoignent aussi de cette main-mise de la créativité de Tim Burton. À commencer par Le Pingouin, interprété avec brio par Danny DeVito. À la fois repoussant et pathétique, ce personnage né dans une famille riche se retrouve abandonné à la naissance à cause de son physique répugnant. Il ne trouvera une famille d’adoption que parmi les pingouins du zoo, d’où son surnom (du aussi à son aspect, bien sûr).

Un tel démarrage dans la vie pourrait provoquer la pitié du spectateur, et Le Pingouin en jouera d’ailleurs pour manipuler la population de Gotham. Que son but — se venger de tous — puisse être compréhensible, il n’en reste pas moins une créature cruelle. Par son enfance malheureuse, Le Pingouin rappelle les créatures tristes et torturées des films de Tim Burton, sauf que celui-ci conjugue nombre de qualités qui en font un être répugnant.

Batman (Michal Keaton) et Le Pingouin (Danny DeVito) dans Batman le défi

Catwoman, quant à elle, s’avère être le personnage phare de ce long-métrage. Michelle Pfeiffer incarne avec une sauvage sensualité la féline qui fait craquer l’homme chauve-souris. Sa prestation est d’ailleurs si remarquable que sa Catwoman demeure dans l’imaginaire collectif comme l’une des meilleures, si ce n’est la !

L’opposition entre son caractère sous le masque de Catwoman et celui qu’elle présente avant de devenir la femme-chat témoigne de ce comportement erratique qu’elle conserve sous son costume. Catwoman fait cavalier seul, agit comme bon lui semble, et se joue des frontières entre le bien et le mal. À la fois caressante et redoutable avec Batman, ce dernier ne sait comment séduire la belle !

Catwoman (Michelle Pfeiffer) dans Batman le défi

Que devient donc Batman, face à ces deux personnages hauts en couleur, dans ce conte burtonien ? S’il paraît plus effacé, l’accent étant mis sur ses ennemis, il est tout de même présenté comme souffrant de sa solitude — d’où, d’ailleurs, son attirance pour Catwoman, qui mène une double vie comme lui et qu’il perçoit comme la compagne idéale, à cause de ce trait commun.

Batman est à la fois l’homme de la situation et vulnérable : le Pingouin s’efforcera de noircir son image dans l’esprit de la population de Gotham lors d’une scène d’anthologie où Oswald apparaît comme un véritable gamin insupportable et cruel. En somme, s’il est un peu en recul, dans l’ombre, même, on peut y voir ce qu’il est : éternellement oublié de Gotham, qui se focalise sur ceux qui sème le désordre et le crime. Une préfiguration de sa chute, si l’on veut.

Batman est un être de la nuit, qui mène son combat en solitaire, à l’opposé de Bruce Wayne, riche homme d’affaires invité aux soirées luxueuses. Cette fracture radicale entre ces deux facettes n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Catwoman, à ceci près qu’elle assume alors que Batman ne semble pas conscient du caractère quasi schizophrène de son personnage, partagé entre personne publique, super héros de la nuit et homme solitaire.

La seconde rencontre des univers de Tim Burton et de Batman constitue une pépite qui se situe entre le conte gothique urbain et le film de superhéros. Toute la poésie noire, mélancolique et fantaisiste du réalisateur apporte un véritable cachet à Gotham City et ses célèbres protagonistes, au point que ce mélange semble être la marque même du monde dans lequel évolue Batman et fait de ce film un des meilleurs de tous ceux ayant mis en scène le célèbre homme chauve-souris.

Le grain de sable

Au départ, Tim Burton ne voulait pas réaliser un nouveau film autour de Batman. Les studios ne le convainquirent qu’en lui accordant carte blanche, d’où, sans doute, l’aspect très burtonien de ce long-métrage.

Références

  • Acteurs : Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken
  • Année : 1992
  • Durée : 2 h 06
  • Pays : États-Unis, Royaume-Uni