Vénus Noire d'Abdellatif Kechiche

Biographie dérangeante

Affiche de Vénus Noire

Note :
4/5
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Synopsis

Vénus Noire retrace les dernières années de la vie de Saartjie Baartman, connue entre 1810 et 1815 sous le nom de « Vénus Hottentote ». Hendrick Caezar, un Afrikaaner dont elle a allaité les enfants et été la domestique, l’a emmenée à Londres, puis à Paris, afin de l’exhiber dans les freak shows et les salons libertins, tout en lui faisant miroiter des richesses pour un futur confortable de retour au Cap. Ce ne sera qu’une longue descente aux enfers, qui s’achève sur la table de dissection du célèbre anatomiste Georges Cuvier.

Critique personnelle

Abdellatif Kechiche n’en est pas à son premier coup d’éclat. Récompensé pour tous les films auxquels il a participé,  son premier film L’Esquive a reçu 5 récompenses dont le César du meilleur film en 2005, et l’avant-dernier, La Graine et le Mulet a aussi reçu le César du meilleur film en 2008, et été récompensé par le Prix Louis Delluc et le Prix de la Critique international en 2007. Beaucoup de critiques ont déjà été faites sur ce dernier film, Vénus Noire, oscillant entre critères esthétiques et critères politiques. Ce qui peut se comprendre, tant le sujet est sensible.

Abdellatif Kechiche a choisi de raconter l’histoire de Saartjie Baartman (magnifiquement interprétée par Yahima Torres) de manière crue, sans complaisance, mais sans parti pris flagrant. Le film s’ouvre sur l’exposition par l’anatomiste et paléontologue Georges Cuvier (professeur au Muséum d’histoire naturelle et secrétaire de l’Académie des Sciences) de ses analyses de l’anatomie et du crâne de la «Vénus Hottentote» en 1817 à l’Académie de médecine. On est d’emblée confrontée à la version que l’histoire française a retenu et qui est restée en vigueur jusqu’en 1974, date à laquelle les parties génitales, les parties graisseuses des fesses et le cerveau de Saartjie Baartman ont cessé d’être exposées au Musée de l’Homme. Après la scène d’exposition, le film opère un retour en arrière pour dérouler les cinq dernières années de la vie de Saartjie Baartman, de la scène des théâtres de foire et freak shows de Londres en 1810 aux salons et soirées privées, puis aux bordels de Paris, jusqu’en 1815.

Danse de la Vénus Hottentote

Danse de la Vénus Hottentote dans un salon parisien

Le film est juste dans sa volonté de montrer la complexité de cette époque entre esclavage, domination coloniale, savoir-pouvoir des sciences, et show-business/exploitation dans les freak shows, divertissements populaires et mondains, et prostitution. Les faunes londonienne et parisienne, dans toute leur diversité, forment une toile de fond à l’opinion ambivalente, aux revirements imprévisibles. Ainsi, les moments où la «Vénus Hottentote» fait la démonstration de ses talents musicaux, et où le public chantonne en chœur la mélodie qu’elle joue, avant de la tâter et pincer quelques instants plus tard, sous la harangue de Caezar. Les personnages secondaires tissent un véritable réseau de positions destinées à interpeller le public. Les différents maîtres/employeurs/exploiteurs de la «Vénus Hottentote», Caezar et Réaux ; les deux Noirs qui servent d’assistants à Saartjie Baartman et répondent à ses moindres désirs ; la prostituée blanche Jeanne, tatouée «comme un vieux loup de mer», qui participe à l’exhibition sexuelle de Saartjie Baartman mais essuie ses larmes et la soutient de loin tant qu’elle le peut ; le professeur Cuvier et ses obsessions anatomiques & phrénologiques raciales ; l’un de ses assistants qui semble apprécier davantage Saartjie Baartman que les idées & pratiques de son mentor…

Examen naturaliste de Saartjie Baartman

Examen naturaliste de Saartjie Baartman

Cette volonté de ne rien laisser passer, de tout montrer y compris le caractère répétitif de l’exhibition, a cependant un prix : la durée du film. Long, très long (2h40). Mais faire entendre le silence de Saartjie Baartman/Vénus Noire, montrer son corps dans toute sa polysémie (corps d’une femme noire, corps d’un phénomène de foire, corps disséqué par la science, corps d’un mythe) nécessite un temps qu’on peut bien prendre pour en juger.

Le Grain de sable

Ne quittez pas tout de suite la salle : le générique contient le fin mot de l’histoire.

Gramophone

« Créature ratée » de Casey (album Libérez la bête, 2010) (le clip)

Dans la même veine

Bamboozled de Spike Lee (2000, titre fr. The Very Black Show)

Liens et sources

  • CUVIER, Georges, Observations sur le cadavre d’une femme connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus hottentote, 1817.
  • BLANCKAERT, Claude, « Spectacles ethniques et culture de masse au temps des colonies », Revue d’histoire des sciences Humaines, n° 7, 2002/2, p. 223-232. [En ligne]
  • Le programme de recherche BIOSEX

Références

  • Acteurs : Yahima Torres, André Jacobs, François Marthouret
  • Année : 2010
  • Durée : 2h40
  • Pays : France
  • Bande-annonce ici