David Cronenberg Vidéodrome

Complot fantastique

Videodrome de David Cronenberg

Note :
4/5
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Synopsis

Max Renn (James Wood) dirige une petite chaîne de télévision spécialisée dans le porno. En décryptant un signal pirate, il découvre des vidéos snuff, images qui le fascinent et dont il cherche à identifier la provenance. Tout en essayant de démêler si elles sont ou non simulées, il rencontre Nicki (Debbie Harry) Brand, devient sujet à des hallucinations et va entrer en contact avec une organisation poursuivant un but obscur.

Avis personnel

David Cronenberg ou le réalisateur qui rend effrayant la télé, les cassettes vidéos et les nombrils. Videodrome couple les objets des peurs intimes ou collective dans un cauchemar technologique nourri de répulsions tout à fait physiques. Dans une contamination réciproque une indistinction s’installe entre les objets et les personnages, tous deux parcourus d’un réseau nerveux composé de chair et de tubes, sensible en son moindre point et potentiellement menaçant. Le fait que Cronenberg aie voulu se mesurer à une œuvre difficilement adaptable comme celle de William Burroughs surprend peu tant ce titre de machine molle pourrait si bien glisser de l’un à l’autre. Embrayant au passage un cycle similaire : addiction, hallucination, schizophrénie ; au musée des horreurs les écorchés vifs nouvelle époque ont des circuits imprimés.

Videodrome

« Video New Flesh ». Ca claque comme slogan pour un complot, non? Un soupçon de peur millénariste dans une grande ville sans identité avalée par le vice et deux camps qui se dessinent sans qu’aucun des deux n’aie quoi que ce soit qui le ferait être le bon. Les images de snuff movies, en plus de cette incertitude sur la réalité ou le caractère réel ou effectif de la douleur, ont cette troublante ressemblance avec celles des tortures et exécutions politiques. Tout est virtuellement possible dans le schéma inhabituel de cette conspiration qui ne laisse rien pour s’accrocher entre la politique de la peur ou les cinglés religieux. Le héros à la dérive est renvoyé de l’un à l’autre, messager et bras armé, pas plus important qu’un objet, plutôt moins d’ailleurs puisque ce sont d’abord les objets qui produisent le récit et la conspiration, même le gourou qu’est le Professeur O’Blivion ferait presque figure de marionnette. Côté personnages féminins, qui ont souvent une longueur d’avance sur Max Renn, on navigue un peu entre les figures types de la maman, la fille et la putain, avec une place de choix pour Debbie Harry. Et en même temps les places s’échangent, le héros au cours de ses mutations glisse vers une identité composite qui va jusqu’à se traduire par des marques physiques sur son corps.

La possession par les machines des personnages se fait par une hybridation monstrueuse, ces technologies de communication se mettent à charrier intensités et fluides, et pour le coup informent réellement Max Renn, devenu lui aussi simple objet technique de reproduction, de transport d’informations. Le motif fréquent de la prise du pouvoir par les machines au cinéma est comme inversé dans Videodrome : à la froide machine de laquelle les humains triomphent grâce à leurs sentiments, celles de Cronenberg sont machines désirantes, objets sexués ou fétichisés, tantôt œils ou bouches, déclenchant fascination et répulsion. En pleine époque des effets spéciaux par prothèses, le spectateur aura droit à des kilos de résine rougie, effet gore un peu cheap, qui a toutefois des chances de ne pas provoquer que des rires. L’ambiance de série Z ne va pas sans un réalisme paradoxal, à commencer par les décors, bâtiments de mauvais goût sans traits distinctifs ni identités, comme de n’importe où au bord des grandes villes en période de fin de siècle. D’ici là à voir demain sa télévision commencer exprimer sa libido, peut-être pas, mais gare au vieux sac de cassettes vidéos entreposés dans un coin, juste au cas où.

Videodrome

Références

  • Acteurs : James Woods, Sonja Smiths, Leslie Carlson, Peter Dvorsky, Deborah Hary
  • Année : 1983
  • Durée : 1H28
  • Genre: film de complot fantastique avec une touche de gore
  • Pays: Canada