Lucile Chaufour Violent Days

Portraits rockabilly

Note :
4/5
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Synopsis

La plupart d’entre eux n’étaient pas encore nés mais ça ne fait rien, ils sont restés accrochés aux années cinquante, au rockabilly, à l’Amérique. Ils ont toujours un tatouage quelque part, des chemises à carreaux ou en jeans, leurs enfants s’apellent Suzy, Elvis ou Johnny (comme Johnny Burnette, nuance). Les quatre premiers rencontrés à l’écran démarrent de Paris vers Le Havre pour aller à un concert, y croiser tout les autres et les entendre se raconter, eux et le rock’n’roll.

Avis personnel

Le générique de début annonce les nombreux morceaux à venir, comme une programme ou une promesse – qui n’est pas sans se retourner, pour le coup, personne ne pouvait prévoir une telle version de Peggy Sue – et trace les frontière d’un territoire entre la grande époque et le revival : la part des classiques dans la liste des morceaux n’est pas tellement plus grosse que celle des années deux mille.

La couleur se précise vite, le revival dont il est question, c’est plutôt le monde des puriste que celui de l’ambiance idéalisé du glamour fities. Au programme presque tout pour ne pas le transformer en paradis vintage : la pauvreté, l’alcool, le sexisme, des rebels et quelques drapeaux confédérés… L’image prolo du rock en milieu pas facile, chômage, bière, banane, baston.

De l'importance de la banane

Un, un film qui se tourne avec attachement sur un milieu musical donné pour autre chose que pour en dire son éternelle admiration et tolérer au passage tous ses écarts, est déjà assez peu fréquent pour pouvoir attirer l’attention. Deux, il faut voir Violent Days jouer avec aisance de son dispositif plus riche qu’il n’en a l’air, alternant interviews et passages clairement scénarisés.

Bien mieux que Rude Boy par exemple qui a bien d’autre avantages mais pêche un peu de ce côté là. La légère trame fictive – principalement centrée sur un groupe, trois garçons une fille, prenant la route et se disputant – est un fil qui n’est pas sans susciter des situation, des discussions et être l’ingrédient parfait pour venir compléter les portraits.

Il en est d’ailleurs un très beau en soi. Si certains interviewés ont été rencontrés avant, les rencontres et questions posées au hasard du concert où ils se rendent ont été déterminantes pour faire de Violent Days ce qu’il est, un ensemble de portraits heurtés et disparates de ceux pour qui le rockabilly n’est jamais mort.

Et quand il y a bagarre dans le film, même si ça correspond aux histoires racontées, c’est du cinéma, mise en scène comme il faut – sans se prendre pour du Scorsese – et ça vaut son pesant d’or lorsque ça glisse sur l’occasion d’interroger un acteur amateur sur ce qu’il fait, de l’entendre parler de chez Renault, du travail, des dégoûts, des espoirs.

Il est beaucoup question d’espoir dans ces interviews diverses, même si c’est pour en rire tout de suite comme lorsque le couple du groupe s’imagine leur pavillon, et à l’inverse de résignations, de la part de ceux qui n’ont rien ou peu, ou pas d’autre horizon que le prochain samedi pour se venger du boulot, de la famille et du monde entier.

Alors, dans l’incertitude de la distance entre ceux devant et derrière la caméra, vient toujours à l’esprit le risque de la complaisance, comme toujours possible. Autant d’échappées seront trouvées dans d’autres récits qui n’abandonnent pas ou dans les possibilité de la fiction, en particulier dans les personnages féminins. Dans un monde aussi typé masculin, elles prennent plutôt dans la gueule tout du long.

C’est par elles que pourra le plus s’esquisser une réflexion sur les phénomènes d’identification au milieu, de reconnaissance à un mode de vie riche et pauvre à la fois, voire timidement de rejet – lui-même compliqué par les rêves, la dépendance affective ou les habitudes – afin d’amorcer la voie vers un pas de côté, encore petit mais présent.

Violent Days

Sur la manière d’intégrer la musique au film, là aussi Violent Days se démarque, en refusant de jouer à la dramatisation. Le concert n’est pas le « moment fort » à attendre, les groupes qui se suivent sur scène ou les titres de la bande son sont tantôt accompagnés d’un sentiment de plaisir, d’habitude ou d’indifférencee. Envie, pas envie, ou d’être ailleurs, la qualité de la musique n’est pas en jeu, avoir quelque chose d’autre en tête et c’est tout.

Le film de Lucile Chaufour sait habiter les moments faibles, la salle et ceux restés sur les côtés, les couloirs ou les glaces des toilettes (indispensable pour se refaire la banane) ; une soirée pleine d’allers retours, de discussions toujours aux mauvais moments… Un rythme qui n’oublie pas l’ennui, les temps morts comme on peut en trouver dans les films de Jarmusch, avec un échantillon bien plus large de personnages et un goût sacrément plus amer dans la bouche : une pauvreté bien moins romantique, les histoires ancrées dans le gris des murs, de l’usine, des garages, Le Havre et son vent glacé glacé en fin de nuit.

Une autre échappée de Violent Days viendra de son joli noir et blanc qui, peut-être pour déjouer le portrait au noir, se balade en tons clairs, met en avant la lumière des espoirs qu’il recueille. Paroles, musique et images sur les rêves qui laissent des cicatrices.

Références

  • Acteurs : Frédéric Beltran, Franck Musard, François Mayet, Serena Lunn
  • Année : 2004
  • Durée : 1H44
  • Pays: France

Des bandes-annonces, des photographies, des interviews inédites ou l’annonce d’événements liées à la sortie sur le site du film.