Mute, le premier artbook d'Akiza

Artbook contrasté

Coup de cœur de La Lune Mauve

Couverture de « Mute » d'Akiza

Note :
5/5
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Akiza. Akiza… Akiza, kézako? Akiza, voyons! Vous avez forcément croisé cet énigmatique prénom au détour de vos promenades sur la Toile. Akiza est une effigie moderne, faite de câbles, de tissu et d’illustrations vectorielles. « Histoire sans parole », « propos graphique » pour son créateur, Akiza est une fée-tish créée et constamment réinventée par Robinson Deschamps.

L’artbook Mute, magnifiquement imprimé sur un beau papier épais, fait non seulement office de bilan des 5 premières années d’Akiza – mais sert aussi de manifeste. La conception de cette étrange poupée graphique aux os métalliques est détaillée avec force détails et anecdotes : où l’on verra même la photo qui servira de base pour le visage de la poupée, où l’on connaîtra l’emplacement de ses divers piercings, et où l’on apprendra que sa coiffure est composée des ouvertures, en négatif, d’un siège de tracteur en fonte !

Des jeux crypto-graphiques des tout débuts, de la première Akiza dédiée (à Loulady), des jeux d’Akiza avec l’alphabet maya ou avec la légende du Styx, en passant par la première expo Akiza au Katabar à l’été 2005, jusqu’à l’emploi des symboles warholiens de la consommation de masse (objets de la vie courante où sont sérigraphiés des centaines de fois le même visage), Mute recense les mille et une créations akiziennes issues de l’esprit de Robinson au fil des ans.

C’est un dialogue entre le blanc et le noir, le compliqué et le simple, l’innocence et l’indécence, l’un et le multiple, la variation et la copie. (Robinson, interview dans Elegy n°36)

Née créature virtuelle, Akiza a rapidement dépassé la simple silhouette de glace et d’ébène. Mute détaille ainsi les multiples métamorphoses de l’effigie so dark, so cute qui, telle un vaste champ magnétique dopé à la dark wave et à l’encre de Chine, recouvre de son design unique vêtements (imprimés à la main), bijoux, sacs, toiles, lithographies, plaques émaillées, galeries d’art et même restaurant – tel le Cosy Box, à Cannes, où Akiza a envahi les lieux pendant l’été 2009 :

Scénographie akizienne au Cosy Box, à Cannes

C’est là le résultat d’un travail de design acharné et passionné – d’aucuns diraient visionnaire -, échappant aux aléas des effets de mode tout en étant très fashion lui-même.

Finalement, c’est peut-être cette pluridisciplinarité, elle-même issue du parcours atypique de Robinson, qui constitue le code génétique de l’énigme Akiza : ce n’est pas un logotype mais un symbole de ralliement, à la croisée du design, du pop art de la typographie, une déclinaison infinie de possibles, vus à travers un miroir bien singulier. Sans couleur, rendue muette par un baillon SM, Akiza ne fait pas sens tant que le spectateur n’y projette pas sa propre culture et ses propres fantasmes. Universelle, atemporelle, voilà bien une figure de la modernité, synthétisant à la fois la culture millénaire du trait et du pinceau, et celle des musiques obscures et des esthétiques underground.

Akiza, test de Rorschach moderne ?Les câbles, les lignes et les aplats noirs, mais aussi les clins d’œils visuels plus ou moins explicites, tantôt à des têtes connues de la scène dark francophone, tantôt à des symboles hérités de diverses mythologies, nous rappellent intrinsèquement notre place dans un univers virtuel où se mélangent sensuellement cultures, origines, goûts et couleurs. La forme, ramenée à une manifestation très pure (du blanc et du noir par seaux entiers, des rythmes graphiques et des silhouettes multipliées), ne dévoile sa toute puissance que lorsqu’elle se mélange aux couleurs chatoyantes de l’imagination.

Oh! Akiza! Attention, addiction : Akiza est une Métamorphe comme on les aime, aussi sexy qu’asexuée, aussi énigmatique que facile à aborder – et à arborer. En sortant son héroïne de l’univers strictement numérique et en en recouvrant t-shirts, sacs et autres badges insolites, Robinson a fait d’Akiza un symbole muet mais reconnaissable entre mille de l’insoumission plus ou moins marquée de ceux qui s’en habillent.

Expo Akiza à la galerie Nadine et Tom Verdier, en 2008

Star de nombreuses expositions et installations (dont une exposition incroyable à la Galerie Nadine et Tom Verdier), le petit personnage en noir et blanc continue son petit bonhomme de chemin en apparaissant, impromptu, au détour des soirées et autres festivités teintées de noir. Ainsi, unis à notre insu par cette amie commune, nous participons ensemble, Lunemauviens akizés, au phénomène du petit monde.

A propos de Robinson Deschamps

Robinson Deschamps (photo : Quentin Deschamps)Robinson Deschamps est un graphiste et typographe français, dont l’imagination n’a d’égale que la très grande rigueur. Issu d’un milieu graphique à côté duquel il pensait être passé, il se lance d’abord dans des études de biologie, avec le modeste objectif de devenir « savant fou ». Il rejoint ensuite l’école le Scriptorium, à Toulouse, où il acquiert la maîtrise du dessin calligraphique. Sa police d’écriture « La Mounira » est d’ailleurs primée par la Fonderie japonaise Morisawa.

Co-fondateur de feu le collectif Tous Les Anges, réunissant graphistes et photographes, Robinson (dés)articule désormais sa poupée de fer et de son avec son amie Yoshii, qui lui donne un sérieux coup de main pour la gestion de son empire, tout en taillant la route en bohème pour faire connaître ses créations, et en continuant à réaliser des travaux sur commande pour les domaines culturels et musicaux.

Le grain de sable

Calligraphe et typographe, Robinson Deschamps est le créateur des logos de Prikosnovénie, de La Nuit des Fées, de Pinkruby, de MissTrip et bien d’autres !

Logo de Miss Trip

Logo de La Nuit des Fées

Logo de Prikosnovenie

Pique et pique et colégram

Autour de la sphère en noir et blanc d’Akiza, on trouve et imagine trouver :

Aubrey Breadsley

Aubrey Beardsley Aubrey Beardsley Aubrey Beardsley

agnès b.

Portrait d'agnès b. Veste agnès b. Skin pour ordinateur agnès b.

Le Japon, Joy Division et l’esthétique fetish

Idéogramme japonais Joy Division Fetish

En savoir plus sur Akiza