Lee Bermejo Batman : Noël

Conte néo-gothique

Couverture de « Batman : Noël »

Note :
5/5
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L’argument

Gotham City, Noël. Un père raconte à son fils l’histoire d’un homme aussi froid que l’hiver, un homme puissant et égoïste, qui ne voit plus que le mal, où qu’il regarde. Cet homme, qu’il nomme Scrooge, est en fait le Batman, que sa quête de justice à rendu très seul, et qui, malade et affaibli, va passer la nuit la plus étrange de sa vie.

Ça commence comme ça

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Avis personnel

Dès les premières pages, Lee Bermejo nous happe dans son histoire. Sa mise en page est presque cinématographique, le décor ne s’arrête pas aux cadres des images, il est tout autour de nous.

On voit d’abord la neige, au-dessus de nous, comme lorsque l’on penche la tête en arrière pour découvrir les flocons surgir du néant blanc d’un ciel d’hiver. Mais avant d’avoir mal au cou de garder cette position, on rabaisse un peu la tête, découvrant les cheminées et les antennes, puis les toits, d’un quartier ancien. Les publicités géantes au-dessus des bâtiments, les guirlandes lumineuses, illuminent les immeubles de la ville sombre et sale, recouverte de neige. Quelques lumières brillent derrière les fenêtres, mais tout semble désert.

Bienvenue à Gotham City.

Bien plus qu’une bande dessinée, c’est un roman graphique que nous offre l’auteur pour Noël. Chaque image est sublime, chaque détail minutieusement réussi. De pleines pages de décors, ambiance fantasy urbaine, graphique, avec sa cité si noire, sa neige si blanche et les quelques lumières de Noël, colorées mais faibles, comme étouffées par la crasse et le désespoir de l’endroit. Si frêles, qu’elles rivalisent de gaieté avec les gyrophares de police arpentant la ville.

Le Batman, loin de l’archétype du héros (fort, courageux, juste et compatissant), ou de l’anti-héros d’ailleurs (faible et trouillard), est ici l’équivalent du Scrooge d’Un conte de Noël de Dickens, duquel il est adapté : certes non coupable d’avarice, mais devenu sinistre, misanthrope à force d’accomplir soir après soir la difficile mission qu’il s’est imposé. Riche mais seul, il ne différencie plus les gens biens poussés au crime par la misère et la peur, des gens mauvais. Il voit en chacun un coupable à mettre hors d’état de nuire. Il n’a plus goût à rien. Humain, malgré son statut de « super-héros », il tombe malade, tourmenté par la toux et la fièvre.

Comme dans le conte de Dickens, il reçoit le soir de Noël la visite inattendue de son ancien partenaire décédé : Robin. Moins causant que l’apparition de Marley dans l’histoire originelle, mais annonciateur tout de même de l’étrangeté de la nuit à venir. À l’instar de Scrooge, Batman va devoir composer avec des visions du passé, du présent et de l’avenir. Celles de Batman semblent plus réalistes tout de même. Scrooge était visité par les esprits des Noëls passés, présent, et futurs, et voyageait à travers le temps afin de revivre les chaleureuses fêtes de son enfance, découvrir le repas prévu par son neveu auquel il est convié et apercevoir le futur qui sera s’il ne change en rien.

Batman, lui, croise des personnages existants bel et bien dans son univers. Son amie et amante, Catwoman, pétillante et téméraire, lui rappelle l’insouciance de sa jeunesse. Superman, inhumain de bonté, et particulièrement à part dans cet univers qui n’est pas le sien, arborant des couleurs vives et une aura brillante de paix, l’emmène voir ce qu’est le présent, là où Batman ne regarde pas. Et le Joker, toujours aussi taré, lui montre un avenir de ténèbres en le traînant au cimetière pour l’y enterrer vivant.

C’est une adaptation intelligente, moderne, libre mais fidèle à son modèle, incroyablement respectueuse de l’œuvre de Dickens. On y sent le froid mordant d’une nuit d’hiver et de solitude, la chaleur humaine étouffée sous l’angoisse. On y sent le cuir des costumes, la buée que l’on souffle dans ses mains pour les réchauffer, la neige crissant sous les bottes, l’effervescence de la ville, l’agitation des rues, l’espoir d’un Noël.

Le grain de sable

Depuis sa parution en 1843, ce n’est pas la première fois que le célèbre conte de Dickens est adapté. En effet, il en existe différentes versions. Parmi celles-ci, nous pouvons citer :

  • Le Noël de Mickey (court-métrage des studios Disney, 1983)
  • Fantômes en fête (film américain de Richard Donner, 1988)
  • La nuit des fantômes (téléfilm anglo-américain de David Hugh Jones, 1999)
  • Un chant de Noël (film d’animation germano-britannique de Jimmy T. Murakami, 2001)
  • Le drôle de Noël de Scrooge (film d’animation américain de Robert Zemeckis, 2009)

Sur le mur

December Batman, une oeuvre de Duss005, membre de Deviantart, batmanophile convaincu: http://duss005.deviantart.com/

Gramophone

Ô Holy Night version boîte à musique, pour le décalage.

Dans la même veine

À propos de Lee Bermejo

Autodidacte, il commence sa carrière à 19 ans, au studio WildStorm Productions à San Diego (plus tard racheté par DC Comics), en tant que dessinateur stagiaire. On peut voir son travail sur les albums Joker, Luthor, Batman: Deathblow, Resident Evil (bande dessinée inspirée du jeu vidéo), et les couvertures de Filthy Rich et Dark Entries, ainsi que sur des séries, comme celle consacrée à Superman dans Wednesday Comics, WildcatsHellblazer. Batman: Noël est le premier projet qu’il écrit lui-même en plus de l’illustrer, bien que la colorisation revienne à Barbara Ciardo, italienne travaillant essentiellement sur des comics américains. Parmi ses futures publications, on attend Before Watchmen: Rorschach en 2013.

Références

Editions Urban Comics, sous licence DC Comics (version originale), collection DC Deluxe, 2012, 112 pages.

Liens

  • Le blog de Lee Bermejo (en anglais)
  • La page « dossier » consacrée à Batman : Noël sur le site d’Urban Comics. Le texte qu’on y trouve est en fait la préface de la bande dessinée
  • Interview de Lee Bermejo au Comic Con France, sur Comicsblog