Régis Loisel Peter Pan

Conte de fée cruel

Couverture de « Peter Pan » de Loisel

Note :
5/5
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L’argument

Hiver 1887, zoom sur les bas quartiers d’une Londres froide et miséreuse où un jeune garçon s’amuse à raconter des histoires, de belles histoires avec « des mots qui font chaud » aux orphelins avant qu’un homme arrive et ne les chasse à coups de pied. Une fois chez lui, c’est sa mère alcoolique qui le remet dans la rue pour qu’il lui trouve une bouteille d’alcool. Tel est le quotidien de Peter.
Quelques pages plus loin on assiste au viol du jeune Peter, ainsi qu’à son expulsion définitive dans la rue par sa mère hystérique et ivre qui le jette dehors dans le froid.

Décidément, Peter déteste les adultes et ne veut jamais en devenir un. Et le ton est donné, amer et cruel.

Et c’est seul dehors en pleine nuit que Peter va faire connaissance avec ce qu’il prendra au début pour une étoile filante. Il n’en est rien, ce petit rayon de lumière n’est autre qu’une minuscule fée qui l’invite à le suivre. Peter prendra son envol, et c’est au dessus des toits de Londres qu’il baptisera sa fée Clochette.
Il finira sa course au pays imaginaire où il y vivra beaucoup de choses.
Au fil des tomes on découvrira entre autre comment Peter est devenu Peter Pan, que Clochette n’est pas toujours une gentille petite fée, qui est vraiment le capitaine Crochet, et tant d’autres choses.
Lui qui ne voulait jamais grandir deviendra Peter Pan, l’enfant éternel.

Ça commence comme ça

Peter Pan, tome 1 planche 3 (page 9)
Peter Pan, tome 1, page 9 (planche 3)

Critique personnelle

On est ici bien loin de la version féérique du Dessin Animé de Walt Disney, et on pourrait qualifier cette adaptation du livre de James Mathew Barrie de beaucoup plus sombre, plus froide. Loisel ne fait pas dans la dentelle!! Cependant il réussit à ne pas nous décevoir et à nous imposer sa vision bien personnelle avec succès.
Que ce soit au niveau de l’histoire, du scénario, où de ses dessins, il n’y a aucune fausse note.
L’intrigue est bien menée, jusqu’au bout Loisel maintient le suspens, et même si l’histoire change radicalement par rapport au Peter Pan que nous connaissons, celle ci ne semble pas improbable.
Les dessins servent à la perfection le récit. Ils rendent les personnages aussi miséreux, pauvres et dérangés que le fait l’histoire, sans les dépourvoir d’un certain charme. C’est un monde à part dans lequel les adultes sont pour la plupart des monstres et les enfants de simples victimes.
Le personnage de Peter Pan est réellement intéressant, il semble si peu maître de son destin.
Loisel nous peint le tableau d’une Londres déshumanisée, enlaidie par le vice où seul l’argent, le sexe et l’alcool semble avoir de l’importance.

Et au milieu de ce sombre tableau on retrouve Peter qui s’envole pour un ailleurs qu’il pensait meilleur mais qui n’est pas aussi idyllique que ce qu’on pourrait croire.

La plupart des personnages ne semblent pas avoir conscience de la dualité morale bien/mal. Ils sont totalement dépourvus de manichéisme, étant parfois blancs, parfois noirs sans jamais vraiment y prêter attention. Cela donne des personnages « décalés » mais auxquels on ne peut que s’attacher.

Loisel signe une magnifique BD avec « Peter Pan » qui nous entraînera loin, au côté de nombreux personnages qu’il faudra pourtant quitter avec regret. Une jolie histoire entre Loisel, Peter Pan et les lecteurs qui aura duré 14 ans, et qui ne semble pas prête de s’éteindre.

Le grain de sable

Merci à Donald Duck, car selon Loisel lui-même, sa vocation de dessinateur serait née en tombant en admiration devant un dessin du célèbre canard disneyien !

Le gramophone

Portishead, « Mysterons » ou « Roads » ; ou toute autre musique sombre et mélancolique ; voir même le bruissement des pages…

Sur le mur

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La fée Clochette par Loisel

Dans la même veine

Je ne peux que vous conseiller « La quête de l’oiseau du temps », l’autre succès de Loisel, certes différent, mais tout aussi captivant que « Peter Pan ».
De même « Magasin général », la nouvelle BD de Loisel réalisée à 4 mains avec Tripp, et dont le premier tome est paru en mars 2006 est un nouveau chef d’oeuvre à découvrir. Pour les impatients, le second tome est prévu pour fin 2006 (aux éditions Casterman).

A propos de Régis Loisel

Régis Loisel est né le 4 decembre 1951.
Peter Pan n’est pas sa première parution, loin de là. Sa carrière commence en 1972, lors de sa première parution dans Les Pieds Nickelés magazine. S’en suit alors diverses parutions dans différents magazines, en autre dans Fluide Glacial et Métal Hurlant.
De sa rencontre avec Serge Le Tendre naîtra « La quête de l’oiseau du temps » qui paraîtra en 1975 dans Imagine.
Durant les années 70, on peut également apercevoir des illustrations de Loisel dans la presse (notament dans Télérama) et dans la publicité.
Dans les années 1980, se produira le premier succès considérable de Loisel avec la réédition de « La quête de l’oiseau du temps » aux éditions Dargaud.
Loisel continue d’expérimenter d’autres domaines durant la décennie 1980, puisqu’il sortira un portofolio, continuera ses apparitions dans la presse et s’occupera même d’affiches de théatre.
Enfin, en 1990, Loisel nous fait découvrir « Peter Pan » (chez Vents d’Ouest) qui ne s’achèvera que 14 ans plus tard.
C’est dans les années 2000 que Loisel réalise un rêve d’enfant puisqu’il va participer à la réalisation de deux Dessins Animés Mulan et Atlantide, l’empire perdu, tous deux sortis des studios Walt Disney. Le premier étant réalisé par Barry Cook et Tony Bandcroft et le second a été réalisé par Kirk Wise et Gary Trousdale. Les deux ont été produits par Walt Disney Pictures. Il travaillera également sur l’écriture du story board du film « Le Petit Poucet » et sur la conception du jeux vidéo Gift.
Bref, Loisel ne se consacre pas uniquement à la BD, ses champs d’actions sont très variés.

Ses deux plus grands succès sont « La quête de l’oiseau du temps » et « Peter Pan » qui lui rapporteront d’ailleurs de nombreux prix, comme l’Alph art du public du festival d’Angoulême en 1991 et en 1995 ou le Prix grand du public du festival de Charleroi en 1994). Mais ce ne sont pas les seuls puisqu’il a également gagné le Grand prix du festival d’Angoulême pour l’ensemble de son oeuvre en 2002, et qu’il a reçu le prix d’Officier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1999, et tant d’autres…
La réputation et le talent de Loisel ne sont plus à prouver et il y a déjà longtemps qu’il a conquis le public, et il continue sans cesse de nous émerveiller.

Loisel compose un univers définitivement imaginaire et fantastique, avec pour thèmes de prédilection l’enfance et le destin.

Références

Editions Vent d’Ouest, 1990, 6 volumes

Liens et source

Le site officiel de Loisel, véritable mine d’information sur notre dessinateur préféré.