Catulle Mendès Les Oiseaux bleus

Contes de fées

Les Oiseaux Bleus

Note :
4/5
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L’argument

Les Oiseaux bleus est un recueil paru initialement en 1888. Il regroupe 27 contes de fées dans la tradition d’un Charles Perrault et d’une Madame D’Aulnoy, mais avec une approche souvent humoristique et moderne.

Ça commence comme ça

On l’avait jetée, pendant cette fête, de voiture en voiture ; lancée au hasard, attrapée, lancée encore, elle avait été comme le volant de ces exquises raquettes que sont les mains des Parisiennes ; puis, un badaud l’ayant mal agrippée, elle tomba dans la boue, parmi l’herbe rase et humide ; et personne, d’abord, ne s’inquiéta d’elle ; et, plus tard, dans la fête mouillée, mille pieds la piétinèrent, sous la gaieté languissante des lampions et des verres de couleur, tandis que sonnaient les grosses caisses et les trombones des baraques foraines. C’était une toute petite églantine rose, presque en bouton encore, avec une longue tige épineuse.
« Le Soir d’une fleur »

Avis personnel

Dans la continuité d’un Charles Perrault et d’une Madame D’Aulnoy, ces contes de fées possèdent les ingrédients qu’il faut : des princesses et des princes, des fées marraines, des sorcières, des pauvres bergères et des mendiants qui se métamorphosent en riches élégants… Un monde enchanté et parfois cruel où la magie a toujours le dernier mot.

Mais dans cette recette de base, Catulle Mendès a ajouté sa touche personnelle : quelques grains de poésie, d’humour et de modernité. Et le résultat n’en est que plus savoureux. Prenez par exemple La Belle au bois rêvant. Ici, on retrouve la trame, on s’en doute, de La Belle au bois dormant. Mais la fin est tout autre : ne trouvant pas le prince qui vient la sauver à son goût et préférant rester à rêver, la princesse préfère se rendormir ! Dans Isolin/Isoline, une malédiction pèse sur une princesse : lors de sa nuit de noce, celle-ci se transformera en homme. Humour et magie sont ici au rendez-vous. Dans Le Mauvais convive, un prince anorexique se meurt car il ne souhaite goûter que la nourriture des fées. Cette occasion arrivera mais bien mal lui en prit ! Ici, l’humour noir défit le traditionnel des conte de fées.

Autre originalité du recueil : la bonne morale des contes n’est pas toujours au rendez-vous. Dans Le Chemin du Paradis, Aymeri trouvera l’aide divine des anges, mais jusqu’à un certain point. Aymeri les ayant vexés, ils se vengeront sans remords. Dans Les Trois bonnes fées, l’auteur va jusqu’à transformer une fée en prostituée ! Tout commence sur un ton emprunt de naïveté, ce qui rend la fin d’autant plus étonnante. Ce conte est aussi marqué par une certaine modernité qui a trait à d’autres contes.

Moderne, dans le sens où l’auteur n’hésite pas à briser la barrière du féerique pour mettre en lumière le monde réel. C’est le cas dans La Bonne trouvaille. Ici, l’Amour et la Beauté personnifiées se rendent au guichet des objets trouvés dans l’espoir de retrouver ce qu’ils ont perdu : le respect et l’adoration des humains. Dans La Dernière Fée, la forêt de Brocéliande a été rasée au profit d’un projet immobilier. Oriane, la dernière fée, aura du mal à trouver sa place dans un monde où la science et le progrès ont laissé derrière eux la magie et la féerie. La fin enfonce le clou, dans un mélange d’amertume et d’humour noir.

Outre ces aspects originaux, on trouve des contes plus classiques. A ces récits plus traditionnels, Catulle Mendès ne manque pas d’apporter une ombre poétique qui met au second plan cette naïveté souvent présente dans les contes de fées. C’est le cas dans Les Baisers d’or, La Princesse oiselle et Les Mots perdus. L’auteur rend aussi hommage à Shakespeare en mettant en scène son Puck, ce lutin aux farces pleines de conséquences. On le retrouve dans deux contes.

La variété est donc au rendez-vous. Elle ne manquera pas de garder l’attention du lecteur intacte. Quant aux originalités présentes, elles font de ce recueil une lecture étonnante tout en restant ancrée dans la tradition des contes de fées. A noter, la préface riche en informations de l’étonnant Gérald Duchemin apporte un plus au recueil.

Le grain de sable

Le titre du livre fait références au conte L’oiseau bleu de Madame d’Aulnoy.

Gramophone

L’album Kywitt! Kywitt! de Caprice.

À propos de Catulle Mendès

Catulle MendèsNé en 1841, Catulle Mendès fait partie des auteurs fin de siècle et se fait, en son temps, une grande renommée. Durant sa vie, il écrit de nombreux poèmes, fonde des revues, écrit des contes et des pièces de théâtre, reçoit la légion d’honneur, rencontre Wagner… Auteur prolifique, il écrivit près de 100 volumes, dit-il en 1895. Il épouse Judith Gautier, fille de l’auteur des Contes fantastiques, la quitte pour la compositrice Augusta Holmès avec laquelle il a cinq enfants dont les filles ont été peintes par Auguste Renoir. En 1909, son corps broyé est retrouvé à Saint-Germain-en-Laye. On raconte qu’il se serait crû arrivé en gare et serait descendu trop tôt…

Références

  • Editions le Chat Rouge, 2013, 234 pages
  • Préface Loin du cours ordinaire des choses de Gérald Duchemin
  • Paru initialement en 1888

Liens et sources

Le livre sur le site de l’éditeur