Charlotte Bousquet Au Miroir des Sphinx

Nouvelles mythiques

Note :
4/5
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L’argument

Une femme aux origines mystérieuses et une sphinge nouent une relation étrange et passionnée (La Jeune Fille et la Sphinge), une aspirante magicienne se damne malgré elle (Vies volées), trois soeurs aux qualités divines croisent le chemin de deux frères aux tempéraments aussi dissemblables que leurs aspects physiques et leur accordent l’hospitalité, scellant ainsi leur destin (Trinité), un homme envoûté par une femme-louve (Les Confessions d’un Parjure), un autre par une nymphe oubliée (Le Dernier Ulysse)… Autant de femmes victimes des passions qu’elles éprouvent ou qu’elles inspirent. Victimes ? Pas toujours. Parfois le châtiment qu’elles subissent les renforcent et les transforment en des êtres bien plus puissants…

Ça commence comme ça

Le Dernier disciple
Il y a fort longtemps, dans la lointaine Egypte, vivait un philosophe nommé Arius. C’était un homme austère, à la pensée rigoureuse et ferme, qui avait acquis, à la fois par ses qualités morales et sa force spirituelle, une immense popularité à Alexandrie. Il s’était également attiré l’animosité d’un docte chrétien : Athanase – lequel, dans sa démence, allait jusqu’à faire de lui l’Antéchrist.

Avis personnel

Au Miroir des Sphinx porte bien son titre. Ce recueil rassemble des nouvelles disparates mais pourtant reliées par de nombreux fils, comme autant de fragments d’un miroir brisé. Il pousse à s’interroger, à méditer sur certains mystères, sur les ombres de notre psyché et sur celles du destin. Comme l’on regarderait un sphinx dans les yeux, pétrifiés par son regard millénaire. Le recueil est divisé en trois parties et les nouvelles suivent un ordre chronologique, la première s’inscrivant dans un très lointain passé et la dernière à notre époque moderne. Certaines se retrouvent en écho dans d’autres. En ce sens, les nouvelles forment vraiment un tout, et les quelques poèmes et textes introductifs apportent aussi leur pierre à l’édifice.

Mais de quoi parlent ces nouvelles, justement ? De soi, de l’Autre, des passions qui déchirent les êtres, des incompréhensions, des points de bascule, des refus de la volonté et des abandons. De l’amour, de la peur, de la haine, de l’hésitation. Il y a cet amour hors normes entre deux êtres tout aussi étranges (La Jeune Fille et la Sphinge), une histoire touchante et dont la chute glace d’effroi comme de chagrin, devant ces deux êtres malmenés par une divinité cruelle et joueuse. Il y a cette revisitation originale et poignante d’un mythe égyptien avec Trinité. Il y a cet homme incapable d’assumer son amour pour une femme à part (Les Confessions d’un Parjure), cet autre incapable de se laisser aller aux marques d’affection d’une nymphe (Le Dernier Ulysse) ou encore cette acrobate qui oscille entre une vie terne et la tentation de la chute, de la délivrance, de l’envol (Borderline)… des êtres tourmentés, aimants ou aimés, déchirés par leurs émotions ou apaisés dans leur relation mais sur lesquels s’acharnent des être surnaturels peu conciliants.

Au Miroir des Sphinx invite à une promenade mouvementée dans les zones obscures du coeur. Il s’y mêle l’amour et la mort, le désir et la peur. Des sentiments bien humains, en somme. Et à l’énigme du sphinx s’ajoute celle des passions humaines. Un recueil qui ne laisse pas de marbre, qui offre de multiples niveaux de lecture et ne se laisse pas décrypter à la première lecture. Un recueil riche et émouvant.

Le grain de sable


Les différentes parties d’Au Miroir des Sphinx sont introduites par de courts textes inspirés d’oeuvres picturales ou sculpturales que l’auteur a pris soin de décrire à la fin de l’ouvrage, permettant ainsi au lecteur curieux de filer sur d’autres pistes pour poursuivre son décryptage du livre.

Gramophone

Le titre Seductive Flame d’Arcana (issu de l’album Le Serpent Rouge). Ce morceau, entièrement instrumental et aux sonorités légèrement orientales, contient une fausse sérénité car les notes révèlent un profond et inquiétant mystère. Et il y plane comme une attente, comme si l’on était sur un point de bascule. Quoi de plus approprié pour ce recueil où plane la figure du Sphinx et où un simple geste ou parole scelle des destins ?

Sur le mur

Le tableau L’Enigme (1870-1871) de Gustave Doré qui, selon les mots de Charlotte Bousquet à la fin de son recueil, lui a inspiré le titre de l’ouvrage et l’accompagne depuis de nombreuses années dans ses travaux. Et les sphinx comme les situations désespérées apparaissant très régulièrement au fil des nouvelles d’Au Miroir des Sphinx, ce tableau est véritablement un parfait compagnon illustratif pour la lecture de recueil.

Dans la même veine

Pour retrouver cet éclectisme de lieux et d’époques, lié par un même penchant vers l’imaginaire et les créatures divines, avec pour fil conducteur les passions humaines poussées à leur paroxysme, je vous recommande le recueil Douze heures du crépuscule à l’aube de Lélio (Ed. de L’Oxymore, 2005). Egalement, les deux recueils que forment les Contes myalgiques (Griffe d’Encre, 2007 et 2010) de Nathalie Dau, qui se tournent aussi vers le folklore mais n’en contiennent pas moins des émotions très fortes.

À propos de Charlotte Bousquet

Charlotte BousquetNée en 1973, Charlotte Bousquet est une auteur prolifique particulièrement tournée vers les genres de l’imaginaire. Sa première publication, Zaïna et le fils du vent, date de 1999 (éditions Yomad) et a reçu le prix « Grand Atlas » des Lycéens en 2001. Depuis, Charlotte Bousquet a publié nouvelles et dossiers dans la revue Faeries, soutenu à l’université de la Sorbonne une thèse sur les mondes imaginaires, publié d’autres romans (le cycle de l’Archipel des Numinées chez Mnémos, formé par Arachnae, Cytheriae et Matricia (2009-2012); le polar fantastique Llorona on the rocks aux éditions Argemmios (2010)), des recueils (Au miroir des Sphinx ; Prysmes (Le Calepin Jaune, 2008)), des nouvelles au sein d’anthologies, de revues et de fanzines et des ouvrages pour adolescents (La Peau des rêves, cycle en cours aux éditions Galapagos) et pour la jeunesse. Dernièrement, elle s’est essayée au polar historique chez Gulf stream avec notamment Princesse des os (2010).

Références

Au Miroir des Sphinx, éditions Argemmios, 2008, 219 p.

Liens