Collectif L'Ombre tapie dans le coin et autres histoires de fantômes

Histoires de fantômes

Couverture de l'Ombre tapie dans un coin

Note :
4/5
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L’argument

Avez-vous déjà ressenti ces déjà-vus glaçants, ces pressentiments inquiets ou ces visions cauchemardesques qui vous font douter de votre état d’éveil ou de votre santé mentale ? Les fantômes des onze nouvelles de cette anthologie d’auteures victoriennes susciteront en vous tour à tour le doute, l’incrédulité, l’angoisse et l’effroi.

Qu’ils soient apparents ou cachés, devinés ou avérés, la lecture de leurs histoires laissera en vous une empreinte certaine, qui vous mènera à interroger du regard les ombres tapies dans les coins de votre maison et celles qui ondulent dans le coin de votre œil, lorsqu’elles pensent que vous ne les regardez plus…

Ça commence comme ça

Rien de plus facile pour moi que de vous raconter une histoire de fantômes : j’en entends depuis mon enfance. On m’a appris à croire en eux. Je ne parle pas des récits de bonnes femmes qui évoquent des spectres en suaires, des crânes ricanants ou d’effroyables gobelins. Je parle des authentiques apparitions, après leur mort, de personnes bien connues en ce monde et revêtues des vêtements qu’elles portaient lorsqu’elles évoluaient parmi nous.

Avis personnel

Je suis tombée sur cette anthologie un peu par hasard, et le quatrième de couverture, bien qu’intéressant, m’avait laissée sceptique : superstitieuse et nyctophobe, les histoires de fantômes ne sont pas ma tasse de thé. Mais par désespoir littéraire, je m’y suis mise. Quelle bonne surprise ce fut !

Il faut dire que Jacques Finné, traducteur et responsable de cette anthologie, n’en est pas à son premier coup : en 2000, il avait déjà fait paraître une anthologie similaire, intitulée Les fantômes des Victoriennes, chez le même éditeur.

Il récidive, rassemblant onze nouvelles de dix auteures, écrites à cheval sur la fin du règne de Victoria et celui d’Édouard VII, en plein déclin de la culture victorienne et de ses carcans. Car s’il existe un point commun à presque toutes ces auteures, c’est leur refus des conventions sociales et littéraires.

Inspirées des New Women, voire carrément du féminisme, ces auteures ont participé au renouveau de la littérature britannique et même américaine, aux côtés d’Henry James, Charles Dickens, Joseph Sheridan Le Fanu ou encore Oscar Wilde. Aujourd’hui peu connue, voire oubliée, leur production souvent prolifique et leur rôle dans le développement des magazines littéraires modernes n’ont pourtant rien à envier à leurs collègues masculins, passés, eux, à la postérité.

Si leurs histoires de fantômes respectent certains poncifs, tels la brume, le mauvais temps, des paysages et des demeures lugubres, elles recèlent surtout nombre de nouveautés pour les ghost stories de l’époque, marquées par l’influence littéraire de Henry James – et, bien que Jacques Finné n’y fasse guère allusion, par l’influence de William James sur l’engouement pour la psychologie.

La forme de ces histoires peut ainsi être inhabituelle : La Vérité, toute la vérité, rien que la vérité de Rhoda Broughton (1873) est un récit épistolaire, où le fantôme, non content d’être aussi discret et invisible qu’une pièce secrète, se révèle de manière indirecte, par fragments, lettre après lettre – originalité qu’on ne retrouvera qu’en 1897 avec la publication de… Dracula.

D’autres récits privilégient aussi un accès particulier au surnaturel, un medium spécifique qui est souvent le regard d’un être apparemment innocent : un enfant (La Villa Lucienne d’Ella D’Arcy, 1896), un chien (Une promesse est une promesse de Mary Cholmondeley, 1890), ou encore un point de vue précis, tel qu’un emplacement sur une route déserte (La voiture pourpre d’Edith Nesbit, 1910).

Dans cette dernière nouvelle, le fantôme n’est d’ailleurs pas une personne, mais, chose plus rare dans la littérature fantastique victorienne, un objet, une machine moderne. Enfin, si certains fantômes apparaissent pour eux-mêmes, délivrant un ultime message (Ce qui se passa à la gare de Grover de Willa Cather, 1900), ressassant les jours heureux et leur fin tragique (Le portrait disparu de Mrs. Alfred Baldwin, 1895), ou protégeant un endroit qui leur fut cher (Terrain à vendre de Mary Eleanor Wilkins-Freeman, 1903), d’autres sont de pures rémanences, sédiments venimeux et indélébiles, comme celui de l’histoire qui donne son titre à l’anthologie, L’Ombre tapie dans le coin de Mary Elizabeth Braddon (1879), où une jeune fille se trouve acculée par le destin funeste du précédent occupant de sa chambre.

Toutes ces histoires de fantômes se distinguent par la finesse de leur écriture : l’attention aux détails dans la description des paysages et du décor, des toilettes et des mœurs ; la place accordée à la psychologie des personnages, leurs émotions et leurs motivations ; la dimension ouverte des récits, c’est-à-dire la non résolution de toutes les facettes de l’histoire, qui leur permet de hanter, à leur tour, celles et ceux qui les lisent.

Laissez donc le frisson de peur et de plaisir s’insinuer en vous, ces œuvres des dernières Victoriennes ne vous décevront pas !

Le grain de sable

Les récits ont paru entre 1867 et 1910.

Gramophone

  • Franz Schubert, Der Erlkönig, Op. 1 – D. 328, 1821 (interprété par Fiescher-Diskau).
  • Hector Berlioz, Les Nuits d’été, Op. 7, 1841 (interprétées par Régine Crespin).

Sur le mur

L’ombre mouvante et hypnotisante d’un photophore.

Dans la même veine

  • Jacques Finné, (éd.), Les fantômes des Victoriennes, éd. José Corti, 2000
  • Jean-Pierre Krémer, (éd.), Les fantômes des Victoriens, éd. José Corti, 2000
  • La maison d’édition spécialisée Ash Tree Press.

À propos des Victoriennes

Jacques Finné nous fait l’immense plaisir de consacrer plusieurs pages de bio-bibliographie à chaque auteure (dont une est malheureusement anonyme), ainsi que d’une courte postface qui plante littéralement le décor de cette seconde anthologie.

Portraits des auteures victoriennes de L'Ombre tapie dans un coin

Références

Éditions José Corti, collection Domaine Romantique, 2011, 294 p.

Liens