Edouard Brasey (dir.) Sortilèges et enchantements

Contes précieux

Couverture de "Sortilèges et enchantements" dirigé par Edouard Brasey

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L’argument

Huit contes de fées datant de l’époque de Louis XIV et Louis XV, destinés à divertir les nobles de la cour, sont réunis ici. Il y a Cadichon du Comte Anne-Claude-Philippe de Caylus où le héros éponyme est un enfant choyé, d’une fratrie de sept enfants, tous jouets de la rivalité entre une gentille fée qui leur veut du bien et une, méchante, qui en veut à leurs parents.

Dans Le Prince invisible de Louise Leveque, un jeune prince, doté d’une pierre magique le rendant invisible, lutte contre le génie de l’air qui a enlevé la femme qu’il aime. Vert et bleu, de Charlotte-Rose de Caumont La Force, sont les noms d’un prince et d’une princesse qui s’aiment mais Zélindor, fils d’un magicien, va tout faire pour les séparer.

C’est sans compter l’aide de la fée ayant élevé Bleu. Suivent cinq contes de la Comtesse Marie-Catherine d’Aulnoy : Le Roi magicien où un roi séquestre une jeune princesse, ignorant que son fils, amoureux d’elle, se chargera de la délivrer ; Fortunio où un enfant trouvé va s’appliquer à se construire une grande destinée, aidé d’un magicien ; Le Bienfaisant ou Quiribrini qui suit les mésaventures d’un jeune prince ayant en sa possession un secret l’aidant à se métamorphoser en animal ; Fortunée parle d’une jeune fille dont les seuls biens sont un oeillet et un jonc et L’Oranger et l’abeille d’une princesses échouée dans un pays où vivent des ogres.

ça commence comme ça

« Cadichon », le Comte Anne-Claude-Philippe de Caylus

Il était une fois un roi et une reine qui avaient un fort petit royaume à gouverner. Le roi se nommait Petaud ; c’était un fort bon homme, assez brusque, d’un esprit simple et très borné ; mais du reste le meilleur roi qu’il y eût au monde : ses sujets étaient presque aussi grands maîtres que lui ; car dans les moindres circonstances ils donnaient tout haut leur avis, sans qu’on le leur demandât ; et chacun voulait qu’on eût égard au sien, et qu’il fût suivi.

Avis personnel

L’aspect seul de Sortilèges et enchantements est si soigné qu’il en fait un petit bijou agréable à manipuler. La démarche même est du plus grand intérêt : offrir au lecteur contemporain une réédition en plusieurs volumes du Cabinet des fées, cette compilation de contes en 41 volumes qu’avait établi le chevalier Charles-Joseph de Mayer au XVIIIe siècle.  Il rassemblait ainsi les textes de quarante conteurs (dont Charles Perrault) rédigés aux XVIIe et XVIIIe siècles .

Des contes de fées, donc. Et en effet, fées, magiciens, princes et princesses, sortilèges, abondent au fil des pages. Ces contes étaient, pour beaucoup, destinés à la cour et cela se voit : personnages tous issus de la noblesse, sans exception, étalage de toilettes riches en pierreries et autres extravagances destinées à bien souligner la richesse considérable de la personne ainsi vêtue… Les fées, pour bien marquer leur puissance, disposent ainsi de pierres précieuses et de palais si inouïs qu’on en sourit : auraient-elles été contaminées par le goût des nobles pour le faste et le luxe?

Par ailleurs, elles sont loin d’être ambiguës : elles sont soit mauvaises, soit gentilles. De même pour les autres personnages, qu’ils soient magiciens ou rois. Le manichéisme est ici souverain. J’ai noté même que certains « méchants », présentés au début d’un récit comme non cruels  (il en est ainsi du Roi magicien, d’abord dépeint comme un veuf éploré), se voient ensuite affublés de ce rôle de vilain de l’histoire et suscitent l’acharnement, des personnages « bons » comme de l’auteur!

Personnellement, j’ai eu du mal à apprécier ce recueil. Cela vient sans doute du fait que je préfère les fées qu’on ne peut pas classer comme « bonnes » ou « mauvaises » aussi facilement. La répétition des schémas m’a également fatiguée à la longue : deux nobles se rencontrent, s’aiment, doivent affronter des obstacles divers pour vivre leur amour en paix, aidés ou contrecarrés par des fées et des magiciens.  Une histoire agréable en soi, mais répétée quasi systématiquement, malheureusement. Il y a aussi que ces contes, tout aussi enchanteurs et riches en péripéties soient-ils, ne me laissaient pas opérer de lecture plus profonde. Or, les contes classiques de Grimm ou Andersen, ou encore Perrault, sans oublier les Mille et une nuits, possèdent plusieurs niveaux de lecture et c’est ce qui fait leur richesse. Les contes du Cabinet de fées m’ont paru strictement divertissants, pas désagréables à lire mais oubliés sitôt lus, comme un bonbon qu’on aurait suçoté. Ce qui, au fond, n’a rien d’étonnant vu que leur but premier était de divertir…

On recommandera donc cet ouvrage aux férus de contes de fées qui veulent compléter leurs connaissances en la matière, aux historiens du genre ou aux curieux amateurs de féerie.

Le grain de sable

Certains des auteurs au sommaire ont eu un destin fort agité, les uns menant une vie très libre (trop, pour l’époque), d’autres condamnés pour leurs opinions politiques trop tranchées.

Gramophone

Von den Elben de QNTAL

Sur le mur

Cette illustration d’Edmund Dulac pour le conte de La Belle et la Bête de Mme Leprince de Beaumont.

Dans la même veine

Si ce recueil vous a plu, vous apprécierez très certainement l’autre volume de la collection Le Cabinet des fées aux éditions du Chêne : Créatures fantastiques et merveilleuses, dirigé par Edouard Brasey (2010). Egalement, Le Cabinet des fées, dirigé par Elisabeth Lemirre (éditions Philippe Picquier, 2000) ainsi que le recueil de contes illustrés de Mme d’Aulnoy, Perrault et Mme Leprince de Beaumont (éditions du Chêne, 2006).

A propos d’Edouard Brasey

Edouard Brasey est né en 1954 dans le Sud de la France. Il a suivi des études de droit, sciences économiques et sociales, de cinématographie ainsi qu’un cursus à Sciences Po. D’abord journaliste pour Lire et L’Expansion, il se lance dans l’écriture à 33 ans. Il est aujourd’hui l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages. Parmi ceux-ci, on peut retenir la trilogie de La Malédiction de l’anneau qui reprend la saga des Nibelungen (Belfond, 2008-2010), des essais portant sur les revenants, les loups-garous, et de nombreux livres consacrés aux contes et au merveilleux comme la série L’Univers féerique (5 vol., Pygmalion, 1999-2000) ou les Encyclopédies du merveilleux (3 vol., Le Pré-aux-Clercs, 2005-2006). Edouard Brasey donne par ailleurs des conférences sur le sujet ainsi que des spectacles de contes.

Références

Edition du Chêne, contes choisis et présentés par Edouard Brasey, collection Le Cabinet des Fées, 2010, 239 pages

Liens et sources