Ellen Datlow & Terri Windling Blanche Neige, rouge sang

Contes sous LSD

Note :
3/5
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L’argument

Dix-sept contes de fées revisités par autant d’auteurs anglo-saxons, parfois transposés dans le monde moderne, certains teintés d’érotisme ou d’angoisse.

Ça commence comme ça

Le mari de Cristena la délaissa après seulement un mois de mariage, pour un voyage d’affaire dans un pays lointain. Lorsqu’elle l’avait épousé, elle savait déjà que ce serait ainsi, qu’elle serait fréquemment seule. Son rôle serait de vivre dans leur belle demeure au-dessus du lac, comme le centre bleuté d’un mécanisme bien huilé. La maison se nettoyait et se parfumait d’elle-même, elle préparait les repas selon ses ordres, à partir des provisions livrées deux fois par semaine, elle lavait le linge et entretenait même le grand jardin, taillant les arbres, retournant la terre et repiquant, offrant des bouquets d’iris et de roses bleu pâle qui s’accordaient avec le bleu éclatant des vêtements de Cristena.

Avis personnel

Blanche-Neige, rouge sang : une bonne idée dès lors qu’on apprécie les contes et leurs versions revisitées, malheureusement, j’ai trouvé les nouvelles assez inégales entre elles.

J’ai adoré certaines histoires, telles que Le Prince Grenouille de Gahan Wilson et Comme les voix d’une chorale d’ange de Leonard Rysdyk. Dans la première, Grenouille parle à son médecin de ce rêve récurrent dans lequel il est fils de roi, transformé en batracien amoureux d’une belle jeune femme. Délicieusement second degré jusque dans sa chute. La seconde est basée sur un conte dont le titre n’est pas dévoilé, puisque c’est tout l’intérêt de la chose: deviner où l’histoire nous conduit.

Miettes et cailloux, de Lisa Goldstein, est une version moderne, particulièrement sombre et réaliste d’Hansel et Gretel. Ce serait ôté le « plaisir » des éventuels futurs lecteurs d’en dévoiler trop sur son intrigue, mais elle parle de deux soeurs qui se rappellent que leur mère, alors qu’elles étaient enfants, leur racontait beaucoup d’histoire. Beaucoup, mais pas Hansel et Gretel. Parce que cette histoire-là, elle l’a vécu et ne la raconte pas, jusqu’à ce moment où elle tombe gravement malade et où elle sait qu’il ne lui reste sans doute plus guère de temps pour dévoiler enfin la vérité à ses filles.

Perce-Neige de Tanith Lee, s’il ne m’a pas franchement emballé, peut se targuer d’un final excellent. Le Pont du Troll, de Neil Gaiman, se lit avec beaucoup de plaisir et d’envie. Et Les Enfants substituées de Mélanie Tem sont un régal, sorte de thriller de fantasy vraiment captivant. Esther M. Friesner quant à elle, nous offre un chat botté talentueux et martyrisé dans Chaton.

Les deux versions du Petit Chaperon rouge, Carmina de Wendy Wheeler et Je t’égarerai dans les bois de Kathe Koja, sont franchement lourdes. D’ailleurs, elles ne sont pas les seules.

Là, en l’occurrence, le manque d’originalité crève les yeux parce qu’elles sont placées l’une à la suite de l’autre. On a donc systématiquement un loup tout ce qu’il y a de plus humain, clairement obsédé sexuel à tendance pédophile (ils ont des vues très claires sur le petit chaperon rouge). En introduction, on nous fait remarquer que pour ces deux auteures, l’appétit sexuel est une constante chez le personnage du loup. Oui, en effet, on voit ça. Mais enfin, ça touche quand même beaucoup l’être humain comme appétit, pas besoin de se planquer derrière un personnage semi-animal pour ça. Les auteures auraient-elles grandies dans un couvent cerné par les bois ? Heureusement, l’une des deux nouvelles a tout de même droit à un final sympathique, l’autre, pas du tout.

Dans le même registre, on a un ogre qui a sept petites dont on comprend bien qu’il dispose à sa guise, entre autres choses glauques qui se trament dans Petit Poucet de Steve Rasnic Tem. Honnêtement, étant donné certaines idées pires qu’étranges que ce type développe dans ce conte, je n’aimerais autant pas le croiser dans une ruelle sombre, il pourrait m’arriver des bricoles (et je n’ai pas tellement envie qu’on m’arrache la peau du visage pour que le chien la porte comme un masque) (je précise que je n’invente rien, tout est dans l’histoire).

J’aimerais savoir si les auteurs ont vécu une enfance traumatisante pour nous pondre ce genre d’histoires incestueuses bien immondes ?

J’ai été abominablement déçue par La Reine des Neiges de Patricia McKillip. J’en attendais peut-être beaucoup, étant donné que j’adore le conte originel, mais j’ai vraiment peiné à lire cette nouvelle. En prime, l’avoir attendue tout au long du bouquin, puisqu’elle est en toute fin d’ouvrage, pour une telle déception, j’étais contrite à cette lecture.

Gerda devient une nunuche finie, transparente, insipide, ne vivant que pour aimer Kay, un snobinard lançant des œillades de midinettes aux femmes plus sophistiquées que la sienne. D’entrée de jeu, je leur voulais du mal. Arrive la Reine des Neiges, chiante, qui jette son dévolu sur Kay. On se demande bien pourquoi si ce n’est pour coller un tant soit peu à l’histoire d’Andersen. On croise un seul personnage un peu sympa, il s’agit de la fille des brigands qui devient pour l’occasion une voleuse des rues particulièrement motivée par son travail. Seulement vingt-huit pages… mais longues, longues ! J’ai rarement peiné de la sorte. Et puis soyons honnêtes, l’auteur a oublié le meilleur personnage: le renne.

Au final, un résultat en demi-teinte en ce qui me concerne, du très bon, avec de bonnes idées, qui ne sombre pas systématiquement dans le gore pour prouver qu’on en a plus dans le pantalon, et du très glauque, avec tellement d’incestes et de coucheries que je me suis crue dans les bas-fonds de la littérature. (Je n’ai jamais fini Les cent-vingt journées de Sodome, ce n’est pas pour lui chercher des petits frères dans toutes mes lectures.)

Et puis, bon, d’accord, on ne juge pas un livre à sa couverture, c’est vrai, mais là, j’aurais du me méfier : je ne suis pas fan de cette illustration, ni du dessin, ni des couleurs, qui ne m’inspirent grand chose. Et j’aime bien, refermer un livre, et soupirer de contentement parce qu’en plus, je le trouve envoûtant à regarder. Bon, là, vu mon opinion mitigée sur ce que j’ai lu, je n’en ferai pas une affaire d’état.

Le grain de sable

Farfouillant sur le web, je suis tombée nez à pixels avec une autre chronique de ce recueil. Je l’ai trouvé particulièrement bien écrite, très drôle, et si son auteur n’a visiblement pas été enchanté par les mêmes nouvelles que moi, on est au moins d’accord sur une chose : l’illustration de couverture, pourquoi ?

Plutôt que de lui voler sa superbe intro de chronique (j’y ai songé un moment), je rends à Cid Vicious ce qu’il a écrit et vous pouvez le lire ici.

Sur le mur

Vous avez peut-être déjà vu ces versions sombres des princesses Disney qui circulaient sur la toile il y a quelques temps. En voici deux qui apparaissent dans ce recueil : Blanche-Neige et Rapunzel. Pour voir les autres twisted princesses de Jeffrey Thomas, rendez vous sur la galerie consacrée.

Snow White, de Jeffrey Thomas

Rapunzel, de Jeffrey Thomas

Gramophone

Marilyn Manson – I don’t like the drugs (but the drugs like me)

…parce que visiblement il y a des auteurs qui en prennent pas mal.

Dans la même veine

A propos des anthologistes

Ellen Datlow, née en 1949, est éditrice. Elle a été rédacteur en chef d’Omni, magazine de science et science-fiction, et a publié les dix anthologies qui lui sont associées. Son travail est largement reconnu par ses pairs et elle collectionne les récompenses: Prix Hugo et Locus du meilleur éditeur, prix Bram Stocker, prix World fantasy, prix International horror guild et Shirley Jackson de la meilleure anthologie, etc.

Terri Windling est né en 1958 aux Etats-Unis. Enfant, son livre favori était The golden book of fairytales, et il inspira beaucoup son avenir. Aujourd’hui, elle est éditrice, anthologiste, écrivain, peintre, … et se passionne toujours pour le merveilleux, travaillant avec Brian et Wendy Froud, Neil Gaiman ou encore Charles De Lint. Elle est l’auteur de L’Épouse de bois (Moutons électriques éditeurs). On partout son prénom écrit avec un -i à la fin, j’ignore si le -y de la couverture de cet ouvrage est une simple coquille (d’autant plus qu’à l’intérieur, on garde bien le -i).

Toutes deux collaborent depuis des années, elles co-éditent notamment les séries Year’s best fantasy and horror et Best horror of the year. En 2013, elles publient l’anthologie Queen Victoria’s Book of spells.

Références

  • Editions Fleuve noir, Collection « Rendez-vous ailleurs », 370 pages, 2002.
  • Couverture: Peinture de W. Siudmak

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