Jacques Baudou (dir.) Les Noëls électriques

Contes de Noël

Couverture des « Noëls électriques »

Note :
5/5
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L’argument

19 récits de magie et de mystère, annonce la couverture. Et effectivement, pendant 19 récits écrits par les plus belles plumes du fantastique et de la SF contemporaine, on se dit que jamais Noël n’aura été raconté de façon aussi magique, aussi palpitante, aussi intense.

Qui est vraiment le Père Noël ? Quel âge a-t-il ? Comment fait-il pour distribuer ses cadeaux en à peine une nuit ? Mange-t-il réellement tous les gâteaux et boit-il tous les verres de lait offerts par les enfants ? Et la « magie de Noël », ça consiste en quoi, exactement ?

Vous saurez tout cela, et bien d’autres choses, en lisant ces histoires qui font du Père Noël la figure nodale d’une économie et d’une politique désenchantées.

Ça commence comme ça

Adaptation (de Connie Willis)

« Le vent est froid, pousse le feu !
Mais il peut souffler tant qu’il veut
Notre Noël sera joyeux »

Sir Walter Scott

Marley était mort, pour commencer.

Le récit de Dickens, Un Chant de Noël, qui s’ouvre sur la phrase précipitée, est quant à lui bien vivant et disponible dans un nombre considérable de versions. Au rayon librairie de chez Harridge’s, où je travaille, nous en avons dix-neuf, y compris Le Chant de Noël de Mickey, Le Chant de Noël des Muppets, Le Chant de Noël de Gros Nounours, et un autre avec des photos de chiens déguisés en Scrooge et en Mrs Cratchit.

Nous avons aussi tout un choix d’articles sur le thème du Chant de Noël, des livres de cuisine, des calendrier de l’avent, des puzzles, et même une cassette audio où tous les rôles de l’histoire sont tenus par le commandant Jean-Luc Picard de la série télé Star Trek: the Next Generation.

Ce sont toutes, bien sûr, des adaptations, des versions abrégées, modifiées, ou diversement édulcorées. Plus personne ne lit l’original, même si nous l’avons toujours en livre de poche. Depuis deux ans que je travaille ici, nous n’en avons vendu qu’un seul exemplaire, et c’est moi qui l’ai acheté.

Avis personnel

Plus que des contes de Noël électriques, ce sont des contes de Noëls électrifiés qui nous sont offerts dans ce recueil. Les textes vont du conte au conte policier, en passant par le conte fantastique, le conte SF…

Sur 19 récits, seulement 2 ou 3 brodent sur l’innocence et la douceur de Noël : L’arbre et les corneilles de Mélanie Fazi ou L’étoile de Noël de Bernard Jagodzinski, font figure d’exceptions. Les autres sont des révisions et variations assez radicales des histoires de bonhomme en manteau rouge, accompagné de gentils lutins et de braves rennes.

Les lutins des Noëls électriques sont syndiqués et vont chez le psy (Un léger moment d’absence, de Fabrice Colin). Les Pères Noël sont produits à la chaîne et tournent maboules (Évasion à Gui 5, de James Powell). Quant aux rennes… ils semblent passablement consternés par l’attitude du Père Noël et légèrement déboussolés par les lutins. Oh oh oh !

Noël sert aussi parfois de métaphore, ou d’arrière-plan lointain à des histoires cruelles, sanguinolentes, telles que Tchingumabob et Bienvenue à C** Island d’Hervé Jubert, ou Les harpes d’or de James Powell.

Certains contes projettent Noël dans des mondes où il est un fondement et un enjeu politique, comme Un contrôle de Noël de Johan Heliot, dont le totalitarisme fait froid dans le dos, ou Du chauffage au sol considéré comme arme d’attaque de Xavier Mauméjean, qui fleure bon la dérision et le pastiche policier. D’autres développent l’aspect commercial et économique de Noël, et le mettent à l’épreuve de l’esprit de Noël, tels Noël dans la cathédrale de Reims de David Calvo, qui parodie les débats et buzz contemporains des plateaux télé et radio, ou Winter Wonderland Inc. de Léa Silhol.

Personnellement, j’ai un gros faible pour Évasion à Gui 5 et Winter Wonderland Inc. Le Poney de Connie Willis aussi m’a touchée : qui n’a jamais été déçu par la « magie de Noël » ? Qui n’a jamais rêvé qu’un jour, que quelqu’un-e, enfin, offre ce dont on a vraiment, intensément envie, mais qu’on osera jamais réclamer ?

Il y en a pour tous les goûts, chaque texte est original et rondement mené. Le recueil déploie 19 visions de Noël qui, si elles ne sont pas franchement gaies, voire carrément cyniques, n’en laissent pas moins la part belle à l’esprit de Noël.

Bref, un recueil à consommer sans modération !

Le grain de sable

Deuxième tome de la série « Fiction spécial » des Moutons Électriques, Les Noëls électriques sont en voie de d’épuisement… donc dépêchez-vous de les commander !

Gramophone

« Le Pire Noël » de Baby Boom (album Sonate en solde, 1989)

Sur le mur

Toutes les décorations de Noël possibles et imaginables. Des guirlandes au-dessus du bureau, des branches de houx sur la table à manger…

Dans la même veine

Les nouvelles mises en lignes sur le site Destination Noël de la ville de Reims, origine de l’idée de ce recueil électrique.

A propos du Père Noël

Le Père Noël n’a pas toujours existé. Bien avant Jésus et Coca-Cola, on fêtait le solstice d’hiver, avec moult banquets et réjouissances. Puis Odin fut rebaptisé Saint-Nicolas, qui récompense les gentils enfants le soir du 5 décembre. Enfin, via la migration massive d’Allemands au États-Unis, Saint-Nicolas conquiert l’Amérique du Nord dans les années 1820.  On doit au poème de Clement Moore The Night Before Christmas, A Visit from St Nicholas de 1822 l’américanisation du saint européen, et aux illustrations de Thomas Nast de 1863 les premières représentations canoniques du Père Noël. La campagne publicitaire de Coca-Cola de l’hiver 1941, réalisée par Haddon Sundblom, pérennise l’image que nous avons du Père Noël.

Informations tirée de la Postface d’André-François Ruaud.

Liens et sources

Le site web des Moutons électriques

Destination Noël, de la ville de Reims.