Barbara Hambly Fendragon

Fantasy épique

Couverture de Fendragon de Barbara Hambly

Note :
4/5
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L’argument

Au cœur des Pays d’Hiver, Jenny Waynest la magicienne et Lord John Aversin, surnommé par la légende « le Fendragon », vivent à l’écart de la Cour, dans un territoire abandonné du pouvoir royal. Survient un messager, Gareth, naïf et idéaliste, envoyé pour quérir la présence de John dans la capitale dévastée par un dragon : Morkeleb le Noir. Loin des ballades épiques que le jeune homme aime à réciter, l’aventure les mènera en pleine bataille politique entre la favorite du Roi et le peuple magique des Gnomes.

Ça commence comme ça

Souvent, des bandits se tenaient en embuscade dans les ruines de la vieille cité, au carrefour des quatre chemins – Jenny Waynest se dit que, ce matin, ils devaient être trois.
Elle n’était pas certaine que ce fût la magie qui lui disait cela ou, plus simplement, l’habitude qu’elle avait des bois et l’instinct du danger propre à tous ceux qui avaient réussi à devenir adultes dans les Pays d’Hiver.

Avis personnel

Fendragon est un texte assez court, comparé aux romans fleuves et aux séries à n’en plus finir qui hantent le genre de la fantasy. Court et dense, avec des personnages, des enjeux et un dénouement complexes. Si Gareth, le jeune courtisan plus haut placé qu’il n’en a l’air, vient semer des touches d’innocence et de lyrisme dans le récit, et si l’écriture même de Barbara Hambly émet une poésie subtile, il ne faut pas s’y fier : Fendragon est un roman sombre, poisseux, souvent amer. L’auteure réussit à faire vivre le monde de son roman et ses personnages avec réalisme : il n’est pas seulement question de magie ou de guerre intestine au royaume, mais de choix de vie, d’accomplissement et de renoncement à ses rêves.

Jenny Waynest et Lord John Aversin forment un couple étrange : lui tente de faire survivre son fief hiver après hiver, en dépit des brigands, des pillards et des monstres qui rôdent dans les terres du Nord, elle se consacre tant bien que mal à sa magie, alternant réclusion studieuse et rares moments familiaux avec John et leurs deux enfants. L’un a donné naissance à la légende du « Fendragon », après en avoir tué un jeune et flamboyant spécimen qui dévastait ses terres, l’autre a renoncé à la grandeur en amputant son étude de la magie du temps qu’elle passe à guérir les habitants des Pays d’Hiver, et à aimer et conseiller John.
Lorsque Gareth arrive des Pays du Sud, où règnent le Roi et ses lois, la paix et la richesse, pour annoncer les ravages d’un autre dragon et réclamer l’aide du légendaire John Aversin, il vient en toute naïveté troubler le fragile équilibre qui lie Jenny à ses terres et à sa famille. Car les dragons ne sont pas que des monstres magnifiques, terribles et destructeurs, ce sont des êtres de savoir, les dépositaires d’une magie et de connaissances incomparables à celles des humains et des gnomes. Morkeleb le Noir n’est pas seulement la pièce pivot dans le complot de la favorite du Roi, la magicienne Zyerne, pour s’emparer des souterrains des gnomes et ainsi de leur or, leur érudition magique et du pouvoir royal ; ce vieux dragon d’une douzaine de mètres est aussi la voix du destin et une voie possible pour Jenny, qui la confronte à nouveau à son choix : une vie ordinaire de femme humaine ou la possibilité de développer ses capacités à leur maximum.

Le choix de Jenny est assez ordinaire pour les femmes de nos sociétés contemporaines : un compromis entre les sacrifices nécessaires à une vie familiale sereine ou la dévotion totale à sa carrière ? Car la magie fait partie de son être, et Morkeleb le Noir attise son appel en mettant Jenny face à sa conviction et son renoncement les plus amers : sans John, sans les enfants, quelle magicienne serait-elle ? Quelle puissance serait la sienne ?

Le récit entrelace ces réflexions de batailles, les unes faites de railleries et d’intrigues de Cour, les autres imprégnées de boue, de roches, de sueur, de sang et de cadavres. Le cœur de Jenny et le cœur du royaume se recouvrent dans le récit, et les intrigues de Zyerne dévastent leur être profond, leur corps et leur âme. Combattre des êtres magiques, c’est faire l’expérience de la beauté et de la mort tout en même temps, c’est le traumatisme de survivre pour constater son impuissance et ses limites, la douleur et le désir de vivre.

Si certaines tournures de phrases ou certaines images peuvent être parfois trop faciles, trop stéréotypées, comme la force tranquille et indéfectible de John Aversin, l’ensemble du roman en fait une œuvre délectable et originale, qui tient la lectrice de bout en bout.

Le grain de sable

Le roman a reçu le Prix Julia-Verlanger en 1992.

Gramophone

Yuki Kajiura, « Ensei », My-HiME Original Soundtrack Vol. 1, King Records, 2004.

Sur le mur

Une illustration disponible sur le site de Barbara Hambly :

Morkeleb le Noir

Dans la même veine

Fendragon est en fait le premier opus du cycle des Pays D’Hiver (Winterlands), dont aucun autre tome n’a été traduit en français.

  • Fendragon [Dragonsbane] (1985)
  • Dragonshadow (1999)
  • Knight of the Demon Queen (2000)
  • Dragonstar (2002)
  • Princess (2010, nouvelle centrée sur le personnage de John Aversin. Disponible sur le site de Hambly.)

À propos de Barbara Hambly

Portrait de Barbara Hambly Barbara Hambly est née à San Diego, Californie, en 1951. Passionnée de J.R.R. Tolkien et de dragons, elle a été professeure d’histoire médiévale et a travaillé – entre autres – dans l’édition. Elle a été pendant 2 ans la présidente de l’association des Auteurs Américains de Fantasy et de Science-Fiction (1994-1996). Son premier roman a été publié en 1982, et ses œuvres ont souvent été primées. Hambly a écrit du fantastique vampirique (Le sang d’immortalité), de la fantasy épique (la trilogie de Darwarth), des pastiches et des adaptations de Sherlock Holmes, ainsi que du policier historique (la série des Benjamin Janvier).

Références

  • Fendragon, Éd. du Seuil, 2006. Traduction par Michel Demuth (première édition, 1993).

 Liens