Charlotte Bousquet Arachnae

Dark fantasy

Couverture d'« Arachnae » de Charlotte Bousquet

Note :
4/5
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L’argument

À Arachnae, de sa cour princière à ses bas-fonds sordides, du Labyrinthe aux alcôves d’une noblesse pervertie, Théodora, la bretteuse libertine, devra s’allier avec Tigran Gracci pour mener l’enquête sur des crimes odieux commis par une secte sanglante. Parallèlement, le Prince Alessio et son fils sont menacés de mort dans une cité qui a toujours été dirigée par des femmes.

Ces alliés que tout oppose parviendront-ils à dénouer la trame des possibles, ou se laisseront-ils engluer dans la toile de la Destinée ?

Genre littéraire

Dark fantasy haletante.

Ça commence comme ça

Celui qui croit pouvoir démêler l’écheveau du Destin est un insensé, car les Moires qui en ont la gardes se jouent des désirs des mortels et les poussent inexorablement dans les chemins secrets qu’elles ont tissés pour eux.

Ainsi commencent les contes, dans l’Archipel des Numinées.

*

Lycosa, Arachnae – 11e jour du mois de la Vieille

Le nez collé à la fenêtre, Théodora regardait la pluie tomber sur les ruines de Lycosa. Depuis la haute fenêtre de l’orphelinat militaire, elle distinguait encore, malgré l’averse, la masse sombre du fortin éventré et les quelques maisons qui, pareilles à des îlots flottants sur un océan de décombres, surnageaient çà et là dans la ville. L’orpheline soupira. Sa maison avait disparu depuis longtemps. Bâtie en bord de mer, elle avait été l’une des premières à sombrer, engloutie par l’immense incendie qui avait dévasté une bonne partie du port, tout au début de la guerre contre Bargella. Sa mère était morte, cette nuit-là. Et son père, vaillant officier, ne lui avait survécu que peu de temps. D’abord terrassée par le chagrin, Théo avait vite compris qu’il lui faudrait mettre sa tristesse de côté, si elle voulait seulement survivre. Dévorée par la peur et la faim, elle avait appris à se cacher, à voler et à se battre. Elle avait été l’une des dernières à intégrer – de force – cette pension qu’elle haïssait.

Avis personnel

Obsédante, méticuleuse et cruelle : tous ces adjectifs collent parfaitement pour décrire l’histoire contée par Arachnae. Et pourquoi pas cinématographique, aussi, puisque le roman foisonne de détails permettant de se représenter chaque scène et chaque personnage avec précision, et de rebondissements dignes des meilleurs films d’aventure.

La diversité des lieux, des caractères et des capacités des personnages, ainsi que le choix de prénoms et de noms recherchés séduisent. Charlotte Bousquet a réussi à créer une mythologie nouvelle et la rendre en tout point crédible. Si l’auteure n’est pas assez moralisatrice et est trop douée pour dresser un parallèle simpliste avec notre propre société, son œuvre n’est pas dénuée de clins d’oeil à des faits réels, voire à d’autres ouvrages (le thème de l’orphelinat dans lequel a grandi Théodora n’est pas sans rappeler La Petite Princesse de Frances H. Burnett, tandis que les crimes perpétrés sur les enfants et leur aspect spectaculaire trouvent hélas un écho morbide dans les crimes pédophiles largement relayés par les journalistes ces dernières années).

Arachnae est l’étendard d’une fantasy aux antipodes de son cliché : les enfants y sont soit abandonnés, soit affreusement torturés, les femmes sont fortes, aussi conspiratrices et agressives que les hommes, et rien ne finit bien. On en ressort secoué.

Au-delà de la nature du roman de Bousquet, c’est la plume de l’auteure, son rythme si particulier et son choix d’un vocabulaire rare et soutenu qui rendent Arachnae si addictif. Les mots sont choisis avec soin, et la musicalité de l’œuvre compense les méfaits contés page après page…

Quelques regrets tout de même : alors que le début du roman semblait faire d’Artemisia, la plus jeune des enfants du prince Alessio, un personnage central, troublante princesse-pythie, le déroulé de l’histoire la relègue loin, très loin derrière les personnages principaux, au point qu’on finit par oublier l’avoir un jour croisée. De même, on n’a pas bien compris le raccourci qui fit de Théo une fausse compagne docile de Dario…

Qu’à cela ne tienne, le roman est un livre captivant, mêlant aventure, mysticisme et érotisme sur fond d’enquête et de crimes sanglants.

Le grain de sable

Rares sont les romans de fantasy qui abordent de manière aussi naturelle l’homosexualité féminine. Charlotte Bousquet dresse plusieurs portraits de femmes passionnants, liées par des liens psychiques et charnels intenses, rarement lus dans ce genre de littérature. Arachnae est un roman placé sous le signe de la Lune, non pas pourpre comme nous en avons l’habitude par ici, mais plutôt noire ébène et rouge sang ; en toute logique, les histoires d’amour qui se dessinent au milieu d’une telle Toile finissent mal, en général…

Gramophone

Forcément quelque chose de pesant et de louche : des ambiances à la Change (In The House of Flies) de Deftones, ou bien du Nine Inch Nails à la louche, au choix.

Sur le mur (virtuel)

Tout au long de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de lier Arachnae et son univers, finement tissé par la plume lettrée de Charlotte Bousquet, au jeu vidéo Atlantis : The Lost Tales. Peut-être est-ce dû aux descriptions ciselées de l’auteure, à ma mémoire sélective, ou aux échos que la dark fantasy trouvent en moi.

Toujours est-il que, pour moi, Arachnae est une forme plus sordide de la cité atlante, telle qu’imaginée dans ce jeu vidéo (qui, certes, commence un peu à dater) :

Atlantis : The Lost Tales

Bibliothèque d'Atlantis

Vaisseau aérien d'Atlantis

A propos de Charlotte Bousquet

Portrait de Charlotte BousquetPhilosophe de formation, passionnée par l’histoire et la mythologie, Charlotte Bousquet est une auteure kaléidoscope qui aime jouer avec les limites imposées par les genres. Ainsi, ses différentes publications sont autant de facettes de son écriture. Convaincue que le rôle d’un écrivain est aussi de s’engager, elle a créé, au sein de CDS éditions la collection pueblos qui a pour but d’aider des organismes humanitaires et écologiques à travers des anthologies thématiques.

Charlotte Bousquet est également membre du Centre de recherches sur les littératures de l’imaginaire (CERLI) et de Modernités médiévales, deux unités de recherches universitaires, et participe activement aux colloques organisés chaque année par ces groupes.

Elle obtient le Prix Merlin 2005 pour Les Arcanes de la Trahison, premier tome de la Trilogie du Cœur d’Amarantha.

Références de l’ouvrage

Mnémos, Icares, roman (France), dark fantasy, 302 pages, avril 2009, 22€ – ISBN : 978-2-35408-050-1

Liens et sources