Cherie Priest Boneshaker

Tape-cul steampunk

Note :
5/5
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L’argument

Seattle, 1880. Alors que la guerre civile fait rage, une partie de la ville est condamnée, encerclée par un mur fortifié, envahie par un gaz terriblement dangereux qui transforme les humains en zombies. Du côté sauf, Briar Wilkes, veuve de l’abominable Dr Blue, à qui la ville doit son malheur, part à la recherche de son fils, qui vient de fuguer du côté contaminé pour comprendre ce qui est arrivé à son père.

Ça commence comme ça

Des sentiers inégaux et démunis de pavés se faisaient passer pour des routes ; ils reliaient les côtes de la nation comme des lacets maintenant une botte, l’attachant à grand renfort de ficelles entrelacées et de doigts croisés. Au-delà de la grande rivière, à travers les plaines, entre les cols des montagne, les colons avaient gagné du terrain en se déplaçant d’est en ouest. Ils étaient peu à peu passés de l’autre côté des Rocheuses, qui en chariot, qui en diligence.

Du moins, c’est ainsi que tout a commencé.

Avis personnel

Un bon petit pavé steampunk, couverture soignée, écriture fluide, histoire prenante, voilà ce qu’est Boneshaker. On se réjouit avant de le lire en soupesant le bébé : pas énorme mais bien rempli. Un beau bébé. Dès lors, on peut se permettre de soupçonner un roman bien fourni, un scénario avec juste ce qu’il faut de complexité et d’action. On découvre par la suite qu’on avait bien raison.

Cherie Priest ne se contente pas de ressasser les clichés du steampunk pour vomir un reste de rouages rouillés et de bottines victoriennes, elle préfère mélanger aisément les genres, flirtant avec les zombies – appelés « les Pourris » pour l’occasion – et les westerns spaghettis. J’ai souvent imaginé Clint Eastwood faisant une entrée remarquée après avoir dézingué du pourris avec seulement un vieux Colt et sa vision acérée. Une recette détonante au caractère bien trempé.

Un peu comme l’héroïne : une femme forte, détestée de tous puisqu’elle était la femme du scientifique à l’origine de la destruction de leur ville et de la mort de leurs proches. La masse populaire est prompte à juger sans savoir et Briar Wilkes en fait les frais, mais reste droite dans ses bottes. Elle élève seule son fils, moins enclin que sa mère à comprendre la haine des gens à leur égard. Deux personnages qui, comme tous ceux croisés au fil de l’histoire, s’avèrent suffisamment charismatiques et tangibles pour qu’on y croit. Aucun n’est transparent, insipide, utilisé seulement comme faire-valoir d’un autre. Chacun porte lui-même ses cicatrices et ses motivations.

Dès que Briar franchit le mur qui sépare son quotidien désolé de la ville détruite, on vit un tourbillon d’aventure, de suspense et de questions, sans temps mort, sans ennui, sans envie de refermer le bouquin pour quelque raison que ce soit. Tout à la fois simple et captivante, l’écriture nous entraîne avec elle, et Seattle, monstre de fer et de pierre (et de portes de saloon j’imagine), nous emprisonne jusqu’au dénouement. Une partition composée non seulement de muscles et d’armes, mais aussi de troubles et de doutes: Les personnages sont-ils ce qu’ils prétendent être ? Les alliés rencontrés sont-ils tous dignes de confiance ?

Une véritable perle parmi les romans d’aventure. Et pour les amoureux du genre, un petit trésor.

La maison d’édition Eclipse qui a édité pour la première fois en français Boneshaker – ainsi que sa « suite », Clementine – est malheureusement portée disparue. Cependant, outre les livres d’occasion, ce titre est disponible en format numérique, tout du moins en anglais, allemand et espagnol et, mieux encore, il semble qu’une réédition, en français cette fois, soit prévue chez Panini books (collection Eclipse). Cet éditeur nous fera donc certainement la joie de publier le troisième tome du Siècle mécanique qui n’a jamais vu le jour dans nos françaises contrées, et si on a de la chance, les tomes suivants.

Le grain de sable

Boneshaker est le lauréat du Prix Locus du meilleur roman de science-fiction 2010. Le troisième tome du Siècle mécanique, Dreadnought, a reçu le prix Endeavour en 2011.

Sur le mur

L'affiche de la Victoria Steam Exposition, de mai 2010

L’affiche de la Victoria Steam Exposition, de mai 2010

Gramophone

The cog is dead – Steam powered stories (album)

Dans la même veine

  • Clementine, de Cherie Priest. Il s’agit de la « suite » de Boneshaker. En fait de suite, c’est une autre histoire dans le monde du Siècle mécanique. On peut très bien le lire sans connaître le premier tome. Les personnages sont différents et seules quelques allusions sans importances sur l’histoire sont faites de-ci de-là.

A propos de Cherie Priest

Cherie Priest est née à Tampa, Floride en 1975. Elle est diplômée de la Southern Adventist University (baccalauréat) et de l’University of Tennessee (master en rhétorique/écriture). Mariée depuis 2006, elle a déménagé de la ville qui l’a vu naître à Seattle, avant de revenir en 2012 dans le Tennessee.

Elle est l’auteur de plusieurs séries de romans dont Le Siècle mécanique, Eden Moore et Cheschire Red Reports, ainsi que d’autres romans, nouvelles et travaux.

Références

Editions Eclipse, 2010, 480 pages

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