Elisabeth Ebory Novae

Roman onirique

Coup de cœur de La Lune Mauve

Couverture de "Novae" d'Elisabeth Ebory

Note :
5/5
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L’argument

Alwaïd est une petite fille que sa mère et le mystérieux Charles tiennent cloîtrée, sur ordre de son père. Celui-ci, vivant à l’étranger pour les affaires familiales, craint en effet pour elle et cherche par-dessus tout à la protéger.

Aphélie, beauté à la peau cuivrée et aux cheveux clairs, ne parle pas, car sa voix peut détruire le monde. Elle arrive dans un village en bord de mer, après des années d’errance.

Deux femmes solitaires, mises à l’écart de quelque chose de mystérieux. De quoi protège-t-on Alwaïd et que fuit Aphélie ?

Ça commence comme ça

Tourne.

Au bord de la flamme.

Danse.

La flamme qui danse.

Je viens de cracher du feu.

Je viens de souffler des flammes, dans les étoiles grises de la plage.

Un géant en justaucorps rouge, au bord du cirque, guide ma respiration, pour cracher, comme un dragon, le feu, sur l’horizon.

Aujourd’hui, je suis venue au cirque, sur la plage sauvage. Pour une petite fille qui ne sort jamais – une fleur de neige, une porcelaine, prisonnière -, c’est plus qu’une aventure.

Avis personnel

D’entrée, je l’avoue : Elisabeth Ebory fait partie de mon panthéon d’écrivains favoris. Elle y est entrée à pas feutrés d’abord, au fil des nouvelles égrenées en anthologies, avant d’y asseoir sa place avec un recueil. Novae ne fait pas exception, comme les autres parutions ce court roman conforte la position d’Elisabeth Ebory dans ce petit panthéon personnel.

Car parler d’Elisabeth Ebory, c’est évoquer d’abord son écriture. Elle lui est propre et se retrouve ainsi dans chacun de ses textes. C’est une écriture qui ensorcelle, une écriture qui happe le lecteur, tout entier, et ne le relâche qu’une fois arrivé à la dernière ligne de l’histoire. Et encore… car les mots d’encre lus tournent encore quelque temps dans la tête, murmures de poésie et de magie qui ne nous quittent plus. Et lorsqu’on tente de les garder à tout jamais en mémoire, ils s’envolent, évanescents. Nous voilà condamnés à relire l’histoire, pour entendre de nouveau leurs chuchotis.

Novae n’est pas de ces romans fleuves, et c’est fort heureux. Car une fois commencé, il m’a été impossible de le lâcher. Il me fallait le terminer. Plonger dedans a été comme plonger dans un rêve et, la dernière page tournée, j’en ai émergé comme on émerge du sommeil, les yeux encore piquetés de visions fugaces, étranges, et du sable du Marchand. Et, on le sait bien, un rêve qui dure trop longtemps peut parfois tourner au cauchemar tout comme un sommeil trop longtemps prolongé n’apporte pas de bienfaits.

L’écheveau de l’histoire se déroule avec fluidité, nous emmenant dans de lointaines contrées désertiques tout autant que dans un village en bord de mer et dans une maison bourgeoise. L’époque, quoique non définie avec exactitude, est vite située : au début du XXe siècle, très probablement. De même que les lieux qui, bien que jamais nommés, peuvent être situés, plus ou moins bien, sur la carte du monde. Un flou qui accentue l’onirisme du roman. Car dès le début, tout est dit : l’étrange s’avance dévoilé, des visions de ténèbres se dissimulent au coeur des flammes, une femme se tait pour ne pas détruire le monde de sa voix, le tout mêlé à un décor planté avec assez de détails pour se le représenter et assez de flou pour laisser place à l’imagination. Comme dans un rêve.

Onirisme induit par le chant de l’écrit d’Elisabeth Ebory, onirisme de l’histoire, donc. L’intrigue poursuit en ce sens, les visions d’Alwaïd, dans ses rêves, interférant avec sa réalité. Les souvenirs d’Aphélie affluant dans le présent, par son regard de miroir. Et la fin, enfin, laisse quelques questions en suspens. Mais Elisabeth Ebory a du talent et se paie le luxe de réussir le délicat exercice d’une fin qui ne laisse pas le lecteur sur sa faim tout en laissant quelques questions ouvertes. Présage d’une suite à venir, peut-être, un jour ? Ou simplement espace libre laissé aux bons soins de l’imagination du lecteur ? On se réveille toujours alors que le rêve s’approche de sa fin, sans pour autant aller jusqu’au bout…

Poésie, rêve, mais tragédie aussi. Tragédie de ces deux femmes. L’une se cherche, l’autre se fuit. Iront-elles jusqu’au bout de leurs chemins ? Ne se perdront-elles pas en cours de route, basculant dans ces ténèbres qui guettent et brasillent ? Ou trouveront-elles une étoile pour les guider ?

La réponse se trouve au coeur de ce roman, qui décidément n’est pas facile à chroniquer, car comme pour un songe, on ne peut décrire avec des mots ce que l’on a ressenti pendant sa lecture. Il faut le rêver pour le savoir. Il faut le lire.

Le grain de sable

Novae, titre du roman, est aussi le pluriel de nova, terme qui désigne un phénomène stellaire. L’effet en est une très forte et soudaine augmentation de l’éclat de l’étoile concernée.

Gramophone

Invocatio d’Irfan

 

Sur le mur

Oryx de Sam Weber.

Cette illustration évoque l’onirisme de Novae par son réalisme saisissant où quelques détails, irréels, indiquent que nous sommes un pas en dehors du réel en question. En train de rêver, peut-être.

Dans la même veine

Difficile de trouver des ouvrages dont l’impression est similaire aux sorts d’encre d’Elisabeth Ebory, car sa voix est unique (comme celle de tout écrivain, d’ailleurs!). Mais, outre ses autres textes que je vous recommande chaudement, et si Novae vous a plu, je vous conseille la lecture de l’anthologie Rêves dirigée par Natacha Giordano (Emblèmes n°4, L’Oxymore, 2001) ainsi que celle d’Irlanda d’Espido Freire (J’ai Lu, 1999).

A propos d’Elisabeth Ebory

On sait très peu de choses sur Elisabeth Ebory, et cela est peut-être mieux ainsi –  savoir de quelle manière elle forge ses sorts d’encre leur ferait perdre leurs charmes, assurément ! On a pu lire ses premiers écrits au gré de diverses anthologies : Traverses (L’Oxymore, 2002), Mythophages (L’Oxymore, 2004), Aube & Crépuscule (Griffe d’Encre, 2008), … Elle a publié un premier recueil, A l’Orée sombre, chez Griffe d’Encre en 2009 et continue de parsemer certaines anthologies et revues de sa prose, la dernière parue étant une nouvelle dans le numéro 4 de Fées Divers.

Références

Editions Griffe d’Encre, 2011, 121 pages.