Francisco Haghenbeck Le Jour des morts

Biographie & réalisme magique

Couverture du Jour des morts de Francisco Haghenbeck

Note :
5/5
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L’argument

Un petit carnet noir ayant appartenu à la peintre mexicaine Frida Kahlo apparaît puis disparaît mystérieusement. Dans ce carnet, Frida a noté des recettes pour le Jour des morts. Car Frida avait jadis passé un pacte avec la mort, pour gagner des années de vie en plus après un terrible accident. Elle devait chaque année préparer de bons petits plats à la Mort, pour ce jour précis de célébrations des disparus. Et quelle vie elle mena ! Malgré la souffrance, Frida au caractère de feu connaît l’amour, la jalousie, l’art surtout. Une vie colorée et puissante, accompagnée tout du long d’un cavalier sur son cheval spectral, le Messager de la Mort.

Ça commence comme ça

Cette nuit de juillet ne ressemblait à aucune autre. Les pluies s’étaient retirées du ciel en laissant un manteau noir piqué d’étoiles, lavé de ces nuages poisseux qui se délestaient de leurs larmes sur la ville. Par intervalles, un vent léger sifflait tel garnement entre les arbres d’une pompeuse maison bleue qui somnolait dans la torpeur de l’été. Et c’est précisément au cours de cette nuit paisible qu’un martèlement continu envahit les rues de Coyoacán. Les sabots d’un cheval claquant sur les pavés annonçaient à tous l’arrivée d’un étrange visiteur.

Avis personnel

Je connaissais Frida Kahlo, les grandes lignes de sa vie, quelques unes de ses peintures. Mais si ces dernières ne me plaisaient pas forcément, le destin extraordinaire, mêlant douleur et amour de la vie, me fascinait. Aussi, face à ce livre qui prenait le pari de retracer la biographie de Frida sous forme romancée, l’élément fantastique en plus, je n’ai pas hésité. Et je ne regrette pas !

Francisco Haghenbeck respecte en tous points ce que l’on sait de la vie de la peintre, tout en insérant ici et là (évidemment) des dialogues, des données dont on ne sait s’ils sont vrais. Mais parfois même la réalité est plus incroyable que la fiction. Ainsi du détail comme quoi, durant l’accident qui faillit lui coûter la vie et lui laissa tant de douleurs, Frida fut aspergée d’une peinture dorée, que trimbalait un peintre dans le bus. À le lire, j’ai eu un doute. Il me semblait que c’était vrai mais cela paraissait si poétique, si incroyable… vérification faite, il s’agit bien de réalité historique. Et c’est ainsi durant tout le roman, qui mêle habilement Histoire et invention, qui respecte profondément la vie et la personnalité de l’artiste.

Car, oui, sa personnalité exsude de chaque page ! Frida, c’était une femme de caractère, aux idées fortes, au tempérament de feu, aux liaisons passionnées. On retrouve tout cela, et plus encore, car la langue en rajoute ! Les métaphores poétiques et colorées se mélangent harmonieusement à des phrases crues et vulgaires, offrant des mots aussi délicieux qu’épicés. À l’image de Frida, à l’image du Mexique. Mexique que l’on retrouve via ses déchirements politiques, via sa cuisine, via le Jour des Morts, qui donne son titre au livre.

Le Jour des Morts, qui au Mexique est vu comme jour de fête. Et Frida, dans le roman, se voit la Mort s’offrir comme marraine, garde sur elle son ombre tout au long de sa vie, oscillant entre joie et souffrance. Une Mort affectueuse, qui accepte le marché, qui envoie son Messager et ses fantômes tout au long du récit. Un roman de réalisme magique, puisque le fantastique se mêle à la réalité sans aucune once d’étonnement. Que Frida converse avec des spectres ou ait des visions d’une femme suicidée, cela ne s’insère que trop bien dans ce roman chamarré, à la fois si vivant et récit d’une vie achevée.

Pour qui connaît la peintre, Le Jour des Morts permet de la découvrir sous un angle nouveau, et sans doute bien plus réel, malgré ses fantaisies, bien plus près de son art, que les biographies existantes. Pour qui ne la connaît pas, ce voyage joyeux autant que triste à la frontière du pays des morts, en compagnie d’une femme artiste qui laissa une trace scintillante dans l’histoire de l’art, pour qui ne la connaît pas, ce roman sera la meilleure façon de la découvrir pour la première fois.

Le grain de sable

L’ouvrage comprend, après chaque chapitre, quelques pages noires légèrement illustrées où figurent des recettes de cuisine mexicaine, recettes évoquées au fil du roman.

Gramophone

Un corrido, chant traditionnel mexicain.

Sur le mur

L’un des nombreux autoportraits de Frida Kahlo – voire même plusieurs, ceux-ci reflétant différentes étapes de sa vie. Comme elle l’a dit elle-même :

Je peins ma réalité

Dans la même veine

Pour en savoir plus sur la vie de la peintre, Le Journal de Frida Kahlo (publié aux éditions du Chêne) propose de découvrir son journal intime. Plus distancié mais non moins précis sur sa vie, la biographie Frida Kahlo : « Je peins ma réalité » de Christina Burrus (Découvertes Gallimard) vous permettra de découvrir vie et oeuvre de l’artiste avec de nombreuses photographies et reproductions de ses peintures. Enfin, Diego et Frida de J.-M. G. Le Clézio (Folio) retrace la relation tumultueuse qui unissait ces deux artistes mexicains.

À propos de Francisco Haghenbeck

francisco_haghenbeckNé en 1965 au Mexique, Francisco Haghenbeck a eu un parcours éclectique : après une école d’architecture, il travaille dans la télévision, puis créé une maison d’édition de bandes dessinées. Il finit par prendre la plume et son premier roman traduit en français, Martini Shoot (Denoël, 2011) a été primé.

Références

Éditions de L’Herne, 2012, 197 pages.