Espido Freire Irlanda

Roman onirique cruel

Couverture de "The Fantasy world of Josephine Wall"

Note :
5/5
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L’argument

Après le décès de sa soeur Sagrario suite à une longue maladie, ses parents envoient Natalia, l’aînée, passer l’été à aider ses cousins Roberto et Irlanda à restaurer la vieille maison familiale. D’abord fascinée par sa si parfaite cousine, la rêveuse et fantasque Natalia tente de s’ériger à sa hauteur et de grandir. Mais les stratagèmes d’Irlanda et leur trop grande divergence de caractères ne risquent-t-ils pas de transformer cette fascination en haine ?

ça commence comme ça

Sagrario est morte en mai, après de nombreuses souffrances, et pour son enterrement l’église était pleine à craquer. Il y a eu beaucoup de fleurs sur sa tombe la première semaine, et ensuite plus rien. Tous les jours, la petite et moi nous nous rendions au cimetière pour éviter que les couronnes ne s’abîment. La petite chassait les chats qui se faufilaient sous la grille de l’entrée, elle prenait des palmes et des fleurs des bouquets, et me demandait si l’une d’elles était vénéneuse. Nous les attachions avec soin pour les faire sécher dans mon herbier. Ma mère voulait composer un album avec ces fleurs, les rubans et la tresse de cheveux qu’elle avait coupée à ma soeur.

Avis personnel

Irlanda est un roman troublant et il déroute dès le début, par son titre. La narration étant à la première personne, on s’attend à ce que ce soit Irlanda dont on entende la voix. Mais on s’aperçoit bien vite que c’est Natalia qui parle, qu’Irlanda est en fait l’antagoniste du récit.
L’étrange esprit de Natalia déroute davantage. L’adolescente est enfermée dans des rêves éveillés, des rituels maléfiques qu’elle s’invente, et le rêve se mêle au réel de si curieuse façon qu’on met du temps à démêler le vrai du faux. De plus, l’emploi du « je » accentue l’identification du lecteur à Natalia et cela rend le récit d’autant plus troublant.
Car Irlanda est un roman qui nous prend au coeur, qui remonte en nous les douloureux souvenirs de ce moment charnière où, entre enfance et adolescence, on hésite entre le chemin vers l’âge adulte si raisonnable et le retour à nos rêves d’enfant, cet âge si cruel où la moindre différence provoque moqueries et blessures de l’âme.
Mais Irlanda, c’est aussi la cruauté que dissimule l’innocence, les failles de l’être humain, car au détour d’une phrase, la voix qui semblait si semblable à la nôtre change soudain de ton et semble bien lointaine de nous… ou est-ce nous qui refusons de voir nos failles, ces failles si terribles ? Et ainsi vous refermerez ce roman avec une sensation douce-amère, un trouble de l’âme, un sentiment entre attirance et répulsion envers Natalia qui mettra du temps à s’effacer.

Le grain de sable

Irlanda fait partie des lectures conseillées par les personnes atteintes de schizophrénie, qui ont vu en Natalia une autre malade.

Gramophone

The bower of despair , de Collection d’Arnell Andréa, dont les notes sombres et éthérées s’ajustent parfaitement à la voix de Natalia.

Sur le mur

Le tableau Ophélie de John W. Waterhouse, réalisé en 1905. Le portrait de ce personnage qui perd la raison au milieu des fleurs pourrait être aussi celui de Natalia, qui tient un herbier et vit entre le rêve et la réalité.John Waterhouse - Ophélie

Dans la même veine

Si vous avez aimé Irlanda, vous aimerez Nous avons toujours habité le château de Shirley Jackson (Pocket, 1998), L’amant vampire de Tanith Lee in Ecrit avec du sang (L’Oxymore, 2002) et Le papillon écarlate de Nicolas Valinor in Emblèmes 15 : Trésors (L’Oxymore, 2005). Dans tous ces textes plane l’ombre de la folie, mêlée à une touche dérangeante de fantastique.

A propos d’Espido Freire

Espido FreireEspido Freire est née en 1974 à Bilbao, au pays basque espagnol. Elle possède une licence de littérature anglaise et un master en édition. Son premier roman est paru en 1998, il s’agissait d’Irlanda. Il a reçu de nombreux éloges, ainsi que le prix français Millepages des libraires pour le meilleur roman étranger, en 1999, et le prix « Que leer » du Meilleur roman espagnol en 2000. Touche-à-tout, Espido Freire a fait paraître, outre d’autres romans, des essais sur le modèle amoureux dans les contes et sur les écrivaines Jane Austen et Charlotte Brontë, un recueil de poésie, des ouvrages pour la jeunesse, des recueils de nouvelles et un ouvrage sur la boulimie. Tous ses livres ont été salués par la critique et l’un d’eux, Pêches glacées, lui a permis de recevoir le prix Planeta, équivalent du Goncourt en Espagne. Alors âgée de 25 ans, elle est la plus jeune romancière à avoir reçu ce prix. Espido Freire est également traductrice et collabore avec des journaux nationaux comme El País, La Razón ou El Mundo. Elle a conservé des liens avec l’université espagnole, où elle enseigne la création littéraire, ainsi qu’à l’étranger.

Parmi ses romans traduits en français, on peut retenir Toujours octobre (Donde siempre es octubre, 1999) et Pêches glacées (Melocotones helados, 1999), tous deux aux éditions Actes Sud.

Références

Editions J’ai Lu, 1999, 125 pages

Liens et sources

La plupart des informations de cette chronique sont issues du site officiel de l’auteur.

Le site est en espagnol mais certaines pages sont également traduites (mal) en anglais, français et allemand.