Jesse Bullington La triste histoire des frères Grossbart

Road trip sanguinolent

Note :
5/5
Note des Lunemauviens : 0 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 50 votes, average: 0,00 out of 5 0 vote(s). Moyenne : 0,00 sur 5.
Loading...

L’argument

Au Moyen-Âge, Manfried et Hegel Grossbart, issus d’une fière lignée de pilleurs de tombes fuient leur dernier crime, commis sur des gens bien vivants (avant leur passage), dans le but de rejoindre le pays qu’ils nomment le Gypte, où ils entendent bien faire fortune…

Ça commence comme ça

Dire des frères Grossbart qu’ils étaient des crapules cruelles et sans coeur serait une insulte au plus ignoble des bandits de grands chemins; et dire qu’ils étaient des pourceaux meurtriers reviendrait à conspuer le plus répugnant des verrats. Ils étaient des Grossbart jusqu’au bout des ongles, en vérité, et dans certaines contrées, ce patronyme a encore quelque poids. S’ils n’étaient pas aussi révoltants que leur père ni aussi cauteleux que le géniteur d’icelui, si horribles qu’eussent été ces deux hommes, les frères étaient encore pires. Le sang peut tourner en l’espace d’une seule génération, cependant il peut aussi se distiller à travers les âges pour donner naissance à quelques chose de particulièrement vil, et c’était le cas de ces abominables jumeaux, Hegel et Manfried.

Avis personnel

De foi de lectrice, on a rarement vu un langage aussi châtié dans un roman. Et ça fait du bien, surtout lorsque néologismes et mots mal compris se mêlent à la partie.

La violence des termes rend comique les conversations, d’autant plus que les Grossbart, brutes épaisses persuadées d’agir selon la volonté de la vierge Marie, ne comprennent pas tout, et s’emportent vite ! Malheur à qui s’adresse à eux avec des mots qu’ils ne connaissent pas, car ils soupçonnent d’entrée de jeu leur interlocuteur, qui risque fort de passer de vie à trépas rapidement s’il ne se ressaisit pas.

Pas de temps mort pour les frangins, qui affronteront sorcières, démons, des choses un peu à cheval entre les deux, des faux papes et divers hérétiques.

Le récit est mené tambour battant dès la scène de fuite qui ouvre le bal jusqu’à… et bien je vous laisse la surprise d’une fin qu’on attend pas forcément, qu’on ne devine pas spécialement et qui reste peut-être ouverte.

Mais à part ça, je serai muette comme une tombe. Il faut dire qu’au fil du récit, on ne sait pas si on doit s’attacher aux personnages où les détester tranquillement. Ils ont beau être complètement cinglés, ils nous font rire – bien malgré eux – et arriveraient presque à nous émouvoir un peu.

En prime, comme souvent chez Eclipse, l’aspect du livre est soigné pour rendre hommage à l’histoire qu’il renferme. Ici, le papier et la couverture semblent anciens – sans pour autant ressembler à un livre d’époque : couverture rigide et marque-page en tissu, les titres paraissent tapés sur une vieille machine à écrire et les débuts de chapitres ont droit à leur lettrine.

Le décor se plante dès qu’on pose les yeux sur l’objet.

Le grain de sable

Avant de vous lancer à corps perdu dans la lecture de ce roman, sachez que les critiques glanées ça et là sur le net ne sont pas toutes dithyrambiques. En général : on adore ou on déteste, peu d’avis tièdes sur la question.

Toujours est-il que cette histoire n’est pas à prendre au premier degré pour l’apprécier.

Sur le mur

Une gravure d’époque.

Ou une guillotine, un bras coupé, une statuette de la vierge Marie.

Gramophone

La bande originale d’un Tarantino.

Dans la même veine

  • Pour l’ambiance meurtrière dans un cadre moyen-âgeux : La Compagnie des menteurs, de Karen Maitland ;
  • Pour le côté décalé et fantastique dans une époque passée : Joannes Cabal, le nécromancien, de Jonathan Howard ;
  • Du même auteur, dans un style et un univers sensiblement identiques : Danse macabre, de Jesse Bullington.

A propos de Jesse Bullington

Né en Pennsylvanie, Jesse Bullington est diplômé en histoire et littérature anglaise à l’Université d’Etat de Floride.

Il passe également un an de formation aux Pays-Bas. Dès la fin de ses études, il entame l’écriture de La triste Histoire des frères Grossbart et vit à présent dans le Colorado. Il est également l’auteur de Danse macabre.

Références

Editions Eclipse, 2013, environ 460 pages.

Liens