Kim Newman Anno Dracula

Romans vampiriques

Couverture de « Anno Dracula » de Kim Newman

Note :
5/5
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L’argument

Le Comte Dracula est bien décidé à répandre le vampirisme sur le monde, et sa première cible est l’Angleterre, son premier trône celui de la reine Victoria. Mais rien ne se passe comme prévu, et si le royaume se compose rapidement de sang-chauds, de non-morts, de ressuscités et d’Aînés, le plan impérialiste de Dracula se voit contrecarré par un petit groupe de personnages qui se dresseront sur sa route en 1888, 1918 et 1959. Dracula, Scalpel d’Argent, le Baron Rouge et le Bourreau Écarlate vous feront relire l’Histoire à la sauce gothique et steampunk : ça va saigner !

Genre

Romans vampiriques, au cœur gothique et baroque, et de veine steampunk uchronique.

Ça commence comme ça

« Nous, les Szekeley, avons toutes les raisons d’être fiers, car dans nos veines coule le sang de maintes tribus qui bataillèrent avec un courage de lion pour affirmer leur suprématie. Ici, dans le tourbillon des races européennes, surgit le clan des Ugriques, descendu d’Islande et possédé par l’amour du combat que leur avait légué Thor et Odin. Leurs Berserkers montrèrent une telle férocité que toutes les rives de l’Europe, d’Afrique et d’Asie, que les populations terrifiées crurent que c’étaient des loups-garous. Et c’est ici aussi qu’ils s’opposèrent aux Huns dont la furie guerrière avait submergé les terres tel un incendie meurtrier, jusqu’à ce que les mortels portent dans leur sang celui de ces vieilles sorcières qui, chassées de Scythie, s’étaient accouplées avec les démons du désert. Fous d’humains ! (…)
Comte Dracula »

Avis personnel

Kim Newman réussit à mêler vampirisme, steampunk et clins d’œil aux personnages de fiction marquants de chaque période abordée avec brio. Que vous soyez amateur(e) de Dracula, des frères Holmes ou du Docteur Moreau, vous trouverez votre compte dans ces trois romans (bientôt quatre !) qui dépeignent les ambitions impérialistes et raciales du Comte Dracula.

Car c’est bien d’empire(s) dont il s’agit : ceux de l’Europe de la fin du 19e siècle, de la Première Guerre mondiale et de l’aurore des années folles ; ceux de la science médicale, mécanique, aéronautique ; ceux des mythes, entre histoire et fiction – Jack l’Éventreur, le Baron Rouge, la Mère des Larmes. Articulés entre eux, ces empires de Dracula donnent aux romans leur coloration steampunk.

Comme dans beaucoup de séries, nous suivons les (més)aventures de plusieurs personnages récurrents tout au long de ces « anni draculae » : Charles de Beauregard, agent pas si secret du Diogene’s Club, et son ex-fiancé Pénélope Churchward (cousine de feu son épouse Pamela) ; Geneviève Dieudonné, vampirisée au 15e siècle, de la lignée de Chandagnac, amoureuse de Charles ; Kate Reed, jeune journaliste et ressuscitée, dont on suivra les combats intimes avec sa nature de vampire et les combats politiques, féministes et journalistiques, elle aussi éprise de Charles ; Arthur Holmwood, dit Lord Godalming, et Lord Ruthven, aux carrières politiques mouvementées. Ces personnages principaux nous font croiser tour à tour Florence Stocker (femme de Bram Stocker, porté disparue en 1888), Van Helsing dont la tête perche au bout d’un pieu devant le Palais royal, l’inspecteur Lestrade et Mycroft Holmes (Sherlock est détenu en camp de concentration pour sangs-chauds), Fu-Manchu et Mata Hari, les docteurs Jekyll et Moreau, le Baron Rouge version vampire, Allan Edgard Poe, ou encore un espion nommé Hamish Bond…

Le premier roman de la série Anno Dracula est peut-être le plus saisissant, parce qu’il déjoue les pièges du manichéisme (la misère touche aussi bien les vampires que les humains), et qu’il foisonne de détails historiques : le thème médical de la dégénérescence, la lutte hygiéniste contre la prostitution, la topographie urbaine et sociale de Londres, la situation géopolitique de l’Empire britannique, mais aussi l’histoire de Dracula à travers les siècles : sa garde Karpathe composée d’anciens fidèles du temps où il était sang-chaud, cruelle et adepte du supplice du pal. Si le thème de Jack l’Éventreur, ici rebaptisé Scalpel d’Argent, n’a rien d’original, il permet néanmoins d’articuler tous les aspects en jeu dans le récit.

Le deuxième roman de la série est plus psychologique, s’attardant sur les états d’âme de Poe et Kate Reed, sur l’état d’esprit de cette escadrille vampire et notamment de son meneur, le baron Manfred von Richthofen, dont Poe est chargé de rédiger les mémoires. On suit au plus près la métamorphoses des corps, ceux des poilus dans les tranchées, ceux des pilotes britanniques et ceux des vampires du château de Malinbois.

Le troisième roman est un peu à part, laissant place à une mythologie autre que celle des vampires, celle d’une ville plusieurs fois millénaire, et de sa protectrice la Mater Lacrimosa. Les chapitres ressemblent parfois à des scènes de film, comme celle de la fontaine de la Dolce Vita, ici rejouée par des vampires et interrompue par le Bourreau Écarlate. Des bidonvilles au Colisée, les non-morts ne sont pas les bienvenus, et Dracula ne fait pas exception, rencontrant ici un mythe qui le surpasse.

Je n’avais pas connu un tel plaisir de lire depuis longtemps, et en matière de littérature vampirique, cela faisait bien quelques années que rien ne m’avait enthousiasmée. Tous les personnages sont intéressants et fouillés. Une pointe d’humour de temps à autre, un réel exercice de références éclairées et de parodie, des connaissances historiques solides : Kim Newman nous offre des romans de qualité, comme on a rarement l’occasion d’en savourer. J’attends pour ma part avec hâte la parution du quatrième tome, dont l’action devrait se dérouler dans les années 1980.

Récompenses

Anno Dracula a reçu les prix suivants :

  • The Dracula Society’s Children of the Night Award for Best Novel ;
  • The Fiction Award of the Lord Ruthven Assembly ;
  • The International Horror Critics’ Guild Award for Best Novel (1994) ;
  • le Prix Ozone du « Meilleur roman fantastique étranger » (1999).

Le Baron Rouge Sang a reçu quant à lui le Prix Ozone 2000 du « Meilleur roman fantastique étranger ».

Le grain de sable

Le troisième tome est aussi publié sous le titre irrévérencieux : Dracula Cha Cha Cha.

Le personnage de la vampire Geneviève Dieudonné apparaît dans trois séries de Kim Newman : les Anni Draculae, les romans du jeu de rôle Warhammer (compilation The Vampire Genevieve sortie en 2005), et dans Seven Stars (2000) et The Secret Files of the Diogenes Club (2007).

Une série de nouvelles complète les Anni Draculae, elle est disponible en ligne sur le site de l’auteur.

Gramophone

  • Rob Zombie, « Dragula », album Hellbilly de Luxe, 1998 (pour Anno Dracula).
  • La B.O. du film Assaut de John Carpenter, 1976 (pour Le Baron Rouge Sang).
  • Francis Poulenc, Stabat Mater, 1950 (pour Le Jugement des Larmes).

Couvertures

À propos de Kim Newman

Kim NewmanKim Newman est né à Londres le 31 juillet 1959, et a fait ses études à l’Université du Sussex. Il est journaliste et critique de film, en plus de ses activités d’écrivain. Il écrit aussi des romans pour le jeu de rôle fantastique Warhammer sous le pseudonyme de Jack Yeovil, et il a co-écrit avec son ami Neil Gaiman un essai, Ghastly Beyond Belief: The Science Fiction and Fantasy Book of Quotations (1985). Il est passionné d’histoire, de films d’horreur, de vampires et par Sherlock Holmes.

Références :

  1. Anno Dracula (1992), Éditions J’ai Lu, 1998, 381 p.
  2. Le Baron Rouge Sang (1996), Éditions J’ai Lu, 1999, 382 p.
  3. Le Jugement des Larmes (1998), Éditions J’ai Lu, 2000, 319 p.
  4. Johnny Alucard (à paraître 2012)

Liens :