Mildred Davis La Chambre du Haut

Roman à suspens gothique

Couverture de « La Chambre du Haut » de Mildred Davis

Note :
5/5
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L’argument

Gene Swendsen, chauffeur aux manières peu conventionnelles, entre au service de la famille Corwith et prend ses quartiers dans le domaine familial. Dans cette propriété désolée, les membres de la famille comme ceux du personnel agissent comme si le ciel s’apprêtait à leur tomber sur la tête. Ils aiguisent la curiosité du nouvel arrivant qui, de sa position, observe et écoute tout ce qui se passe, découvrant ainsi les personnalités de chacun. Il y a le père Corwith, distant et hagard ; Lewis, le jeune fils bègue et craintif ; et il y a les trois sœurs. Dora, l’aînée, exubérante et superficielle.

La troublante Hilda qui noie sa terreur dans l’alcool. Et puis il y a Kitten. Soeur cadette et ancienne célébrité locale qui vit désormais cloîtrée dans la chambre du haut. Sœur accidentée et malade que personne n’a le droit de voir et dont on ose à peine murmurer le nom mais qui est pourtant dans toutes les conversations.

Que cachent les visages ravagés beaucoup trop maquillés, les regards fuyants et les silences trop lourds ? Quel est donc le terrible secret qui pèse sur le manoir des Corwith ?
L’obstination de Swendsen à trouver la vérité bouleversera à jamais la vie des membres de cette mystérieuse famille, tous hantés par une chambre, en haut d’un escalier…

Ca commence comme ça

« La voiture stoppa sur la chaussée déserte, juste avant le tournant. Le conducteur s’étira sur son siège et frotta ses mains engourdies.
– Tu ferais mieux de descendre ici. Au cas où il y aurait quelqu’un à la fenêtre.
Son compagnon acquiesça sans grand enthousiasme. Se penchant par-dessus le dossier, il souleva une valise, poussa la portière et descendit sur le sol durci par la gelée.
– Ça m’a l’air drôlement rupin, pour un coin du Bronx, fit-il remarquer.
L’homme au volant l’observa en fronçant légèrement les sourcils.
– On dirait que ça ne te plaît pas, Gene…
– Quoi ? Le Bronx ?
– Ce boulot.
Tout en boutonnant son pardessus, l’homme contemplait la route qu’ils venaient de suivre. Son visage était légèrement bleui par le froid. Il haussa les épaules et souleva sa valise.
– Salut, Mart. Je te tiendrai au courant. »

Avis personnel

La Chambre du Haut (LCDH, dirons-nous affectueusement) est un des livres les plus enthousiasmants que j’aie pu lire. Il possède ces qualités rares qui poussent, dès la dernière page tournée, à reprendre l’ouvrage du début. Pour ne pas quitter les lieux, ne pas dire adieu aux héros. Parce qu’on vient de vivre un truc indescriptible et qu’il est impossible que ça s’arrête comme ça. Il est rare de pouvoir lire une histoire intelligente et bien construite, à la fois servie par un style impeccable et des personnages denses et attachants. Et l’on s’étonne de trouver chez un si jeune auteur une telle maturité et une telle capacité à dépeindre la psychologie et les enjeux complexes de ses protagonistes. Le style est simple et nerveux, les descriptions imposent sans peine une ambiance au cordeau.
Les deux figures principales sont des anti-héros si brillamment dépeints que l’on pourrait les sentir et presque les toucher. Leurs interactions sont attendues à chaque page et débouchent sur quelques scènes inoubliables qui insufflent une vraie fraîcheur à ce roman intimiste qui se dévoile au fur et à mesure, prend de l’ampleur et fini par une surprise dont vous me direz des nouvelles. Tous les ingrédients sont au rendez-vous : végétation malade, manoir gothique, pièce interdite et bon gros mystère. Quant au petit côté vieillot de la prose -qui date de 1948, rappelons le- il donne un charme tout particulier à ce livre indispensable.

Le grain de sable

Mildred Davis a reçu pour ce roman le Edgar Allan Poe Award, haute distinction attribuée outre-atlantique aux meilleures fictions (littérature, cinéma, théâtre…) de mystère.

Gramophone

Pour retrouver l’ambiance de LCDH, quelques pistes musicales à explorer : La sonate au clair de Lune (Beethoven), Georgia on my mind (Ray Charles), ainsi que de vieux tubes américains d’après guerre.

Sur le mur

Christina’s World (1948) d’Andrew Wyet.
Bien que l’imagerie diffère un peu de celle du livre, je n’aurais pas pu trouver mieux. Le ciel menaçant, l’isolement et l’inquiétude qui planent. Le personnage féminin et sa prison invisible. Toute l’atmosphère de LCDH transpire de cette image.

Christina's World

Dans la même veine

Difficile, dans le genre, de trouver de quoi égaler La Chambre du Haut. L’auteure elle-même n’a d’ailleurs pas fourni beaucoup d’autres romans qui lui arrivent à la cheville. Ayant lu presque tout ce qui fut traduit, je vous conseille quand même aux Editions Payot & Rivages : Un homme est mort, autre roman de jeunesse au style nerveux et à l’intrigue subtile, avec des personnages presque aussi attachants que ceux de LCDH ; et Passé Décomposé, variation séduisante sur le thème de l’amnésique menacée par ce dont elle ne parvient pas à se souvenir, avec une atmosphère assez étrange faite de folie et de confinement.
Et pour retrouver l’ambiance gothique de LCDH, vous pouvez quitter le thriller psychologique pour aller chercher du côté de la littérature fantastique du XIXème, dont La Chute de la Maison Usher d’Edgar Allan Poe est un des fleurons (La chute de la maison Usher et autres nouvelles aux Editions J’ai lu, Librio).
Côté Cinéma, on retrouve un suspens et un traitement psychologique assez similaires dans l’œuvre d’Hitchcock. Et si vous voulez pousser plus loin, je vous conseille aussi la pièce de théâtre Soudain l’été dernier de Tennessee Williams (chez 10/18) et son adaptation cinématographique par Joseph L. Mankiewicz.
Sur un registre beaucoup plus teinté d’humour noir, l’excellent Cluedo de Jonathan Lynn (adaptation du célèbre jeu des frères Parker) retranscrit à merveille l’ambiance gothico-policière des années 50.

A propos de Mildred Davis

C’est avec La Chambre du Haut que Mildred Davis livre son premier roman. Nous sommes en 1948, elle est alors âgée de 17 ans ! Pourtant, malgré sa jeunesse, la critique est unanime : Mildred est le nouveau génie américain du crime. La Chambre du Haut est un énorme succès et est rapidement traduit en Europe. Mais la jeune femme est encore sur les bancs du lycée et cinq années s’écoulent avant qu’elle ne remette le couvert avec They Buried a Man (Un Homme est Mort, Payot & Rivages -1994). Elle sera plus prolifique dans les années 60 et 70 bien que beaucoup s’accordent à dire qu’elle ne reproduira jamais plus le coup de maître de son premier roman. Sûrement manquera-t-il aux récits de sa période housewife, la nervosité et le caractère incisif de ses œuvres de jeunesse. Les traductions françaises de ses autres romans, beaucoup plus tardives, se feront de manière éparse. On notera –entre autres- Dark Place (1955), Passé Décomposé (1967), Crimes et Chuchotements (1966), tous publiés dans les années 90 chez Payot & Rivages.
Elle vit aujourd’hui dans le comté de Westchester, état de New York.

Références

Editions Gallimard (1997) – Série Noire. Première parution : 1950 – Série Blême. Environ 250 p.
Traduit de l’américain par Lola Reinova. Edition originale: The Room Upstairs, 1948.

Liens et sources

(an anglais)
http://www.mildreddavis.com/ (actuellement en reconstruction)
Rare site consacré à cette auteure méconnue où il vous est possible de télécharger la novella Suicide Hour, édité en 1954 dans un magazine et jamais republiée depuis.

http://www.murderinmaine.com
Après presque 30 ans d’absence Mildred Davis co-écrit avec sa fille : The Avenging of Nevah Wright. Ceci est le site officiel du livre.